Publié le 26 octobre 2023 14:52:00. L’expert en climatologie Valentin Simeonov alerte sur une planification urbaine dépassée face aux événements climatiques extrêmes, soulignant que les catastrophes récentes ne sont pas des anomalies mais les conséquences d’une adaptation insuffisante.
- Les villes sont construites pour un climat qui n’existe plus, avec des infrastructures vulnérables aux inondations.
- Le changement climatique s’accélère, créant un cycle de sécheresse, d’incendies et de tempêtes.
- Les températures urbaines, exacerbées par les îlots de chaleur, représentent un danger pour la santé publique.
Les récentes inondations sur la côte bulgare, notamment dans la station balnéaire d’Elenite, ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une mauvaise planification urbaine, selon le Dr Valentin Simeonov, scientifique à l’Institut de Lausanne. Intervenant sur BTI, il a dénoncé une « catastrophe planifiée », expliquant que la construction sur d’anciens lits de rivières et des pentes instables a rendu la zone particulièrement vulnérable.
« Nos villes sont conçues pour un climat qui n’existe plus. Sous certains boulevards de la capitale, d’anciens lits de rivières coulent encore », a-t-il précisé, soulignant que même Sofia n’est pas à l’abri. Il a donné l’exemple de la rivière Boyana, qui passe sous le tramway n°5 : « Si les canaux se bouchent, le résultat sera le même : une inondation au cœur de la ville. »
Le Dr Simeonov a insisté sur le fait que le changement climatique ne se manifeste plus par des événements isolés, mais par un système de processus interconnectés. « Les vagues de chaleur conduisent à la sécheresse, la sécheresse aux incendies et les terres brûlées n’absorbent plus l’eau. Quand la pluie arrive, elle n’a nulle part où l’absorber et se transforme en tempête. C’est un cycle continu », a-t-il expliqué.
Il a également mis en garde contre les dangers des îlots de chaleur urbains, où les températures peuvent être supérieures de 5 à 6 degrés Celsius à celles des zones rurales. « C’est ce qu’on appelle un îlot de chaleur urbain – béton, asphalte, manque de végétation et de zones d’eau. Le résultat est que les gens meurent de surchauffe sans même s’en rendre compte », a-t-il déclaré.
Face aux justifications officielles qui attribuent l’ampleur de la catastrophe à des précipitations exceptionnelles (entre 200 et 400 litres par mètre carré), le Dr Simeonov a rétorqué que ce n’était pas une excuse valable. Il a rappelé que des pluies plus importantes sont déjà enregistrées ailleurs : « Oui, c’est une pluie importante, mais pas un record. En Grèce, 700 litres sont tombés lors de l’ouragan Daniel. En Inde, de telles valeurs sont rapportées par heure. Nous ne pouvons pas dire “Nous ne pouvons pas gérer cela”. Nous devons planifier pour que nous puissions le faire », a-t-il affirmé.
« Il ne faut pas penser que le Seigneur est bulgare. Quand il s’agit de la nature, elle ne fait aucun compromis. »
Dr Valentin Simeonov, scientifique à l’Institut de Lausanne
Le scientifique a souligné l’urgence d’agir, comparant le réchauffement climatique à une casserole d’eau qui arrive à ébullition. « Ce que nous avons réalisé en un siècle et demi, la nature ne l’a pas fait depuis des millénaires. Lorsque les températures dépassent un certain seuil, les processus se transforment en avalanche. Comme le lait de la cuisinière, rien ne se passe depuis longtemps. Nous sommes déjà au bord de cette ébullition », a-t-il averti. Les prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indiquent que si la tendance actuelle se maintient, la température pourrait augmenter de 4°C d’ici la fin du siècle.
« Le climat n’est plus le même, mais nous vivons comme si rien n’avait changé. Nos villes sont construites pour le passé, pas pour l’avenir », a conclu le Dr Simeonov, insistant sur le fait que l’adaptation au climat n’est pas un luxe, mais une question de survie.
