Publié le 3 décembre 2025 à 04h45. Une enquête du Parquet européen pour fraude aux fonds alloués à la formation de jeunes diplomates secoue les institutions européennes, coïncidant avec des négociations cruciales sur le renforcement de la lutte contre la corruption et ravivant les critiques de l’extrême droite.
- Une enquête du Parquet européen est en cours concernant des allégations de fraude aux fonds européens liés à la formation de jeunes diplomates.
- L’ancienne chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a été interpellée et interrogée dans le cadre de cette affaire.
- Cette affaire intervient alors que l’Union européenne tente de renforcer sa lutte contre la corruption et est confrontée à une méfiance croissante, notamment de la part de l’extrême droite.
L’annonce de l’ouverture d’une enquête pour fraude aux fonds européens, impliquant des allégations liées à la formation de jeunes diplomates, a provoqué une onde de choc à Bruxelles. L’affaire a conduit à l’interpellation et à l’interrogatoire de Federica Mogherini, l’ancienne haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Cette nouvelle affaire survient à un moment particulièrement délicat, alors que les institutions européennes sont déjà fragilisées par des accusations de corruption et une montée en puissance des partis d’extrême droite.
L’enquête coïncide avec les négociations finales, en cours depuis 2023, d’une directive européenne visant à renforcer la lutte contre la corruption. L’ironie de la situation n’échappe à personne, tant les scandales se multiplient ces dernières années. L’extrême droite, en particulier, saisit cette occasion pour attaquer au cœur de l’Union européenne.
« Le marais de Bruxelles ne laisse aucun répit »,
Jorge Buxadé, eurodéputé de Vox
L’eurodéputé de Vox, Jorge Buxadé, a exprimé sa satisfaction face à l’opération policière menée au sein du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) et au Collège d’Europe à Bruges, établissement dirigé par Federica Mogherini et considéré comme un vivier de futurs fonctionnaires européens. Il a dénoncé les « élites sanglantes qui se positionnent et se soutiennent », qualifiant Bruxelles de « marécage de corruption » et promettant d’« éliminer tous les cas de corruption » dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux de son parti, allié du Premier ministre hongrois Viktor Orbán.
Il est important de noter qu’aucun des hauts fonctionnaires placés en garde à vue, y compris Stefano Sannino, ancien secrétaire général du SEAE et actuel haut fonctionnaire de la Commission européenne, n’a pour l’instant été formellement inculpé.
Moscou n’a pas tardé à réagir, profitant de cette affaire pour critiquer l’Union européenne, qu’elle accuse d’ingérence dans ses efforts pour obtenir un accord de paix en Ukraine favorable à ses intérêts. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a affirmé que, tandis que Bruxelles « donne constamment la leçon aux autres », des « millions d’euros circulent quotidiennement par les canaux de la corruption, de l’UE vers l’Ukraine ».
Ces déclarations font écho aux critiques déjà formulées par l’extrême droite à l’encontre de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, accusée de manque de transparence dans l’achat des vaccins Pfizer pendant la pandémie de Covid-19. Le Kremlin avait déjà utilisé une motion de censure infructueuse contre l’Allemande en juillet dernier pour alimenter un récit sur les « dysfonctionnements » des institutions européennes, dans le but, selon des experts en désinformation, de « polariser et affaiblir » l’UE. Analyse d’experts en désinformation.
Cette nouvelle affaire survient alors que le scandale du Qatargate, qui avait révélé une tentative présumée de corruption de députés et d’anciens responsables européens par le Qatar et le Maroc, n’est pas encore clos. L’opération policière qui avait déclenché le Qatargate, le 9 décembre 2022, avait conduit à l’arrestation de l’alors vice-présidente du Parlement européen, Eva Kaili, de son associé Francesco Giorgi et de l’ancien député européen italien Pier Antonio Panzeri, dirigeant de l’ONG Fight Impunity.
Federica Mogherini figurait parmi les membres du conseil honoraire de Fight Impunity, une organisation qui aurait servi de façade aux agissements des personnes impliquées dans le scandale. Bien que plusieurs suspects aient passé de longs mois en détention préventive, aucune date de procès n’a encore été fixée en Belgique. Les mesures de transparence et de contrôle accrues promises par les institutions européennes après le Qatargate n’ont pas encore produit d’effets tangibles.
D’autres affaires ont continué à s’accumuler. Le pouvoir excessif des lobbies à Bruxelles avait été mis en lumière en 2022 avec les Fichiers Uber, révélant les pratiques agressives de la plateforme de transport privé pour s’imposer dans différents pays, y compris au Parlement européen. Plus récemment, en novembre, l’ancien commissaire à la justice belge, Didier Reynders, a été inculpé pour une affaire présumée de blanchiment d’argent.
L’ombre de la corruption plane désormais à nouveau sur les institutions européennes et leurs fondations, comme le Collège d’Europe, qui forme une grande partie de ses fonctionnaires.
« Il est difficile d’imaginer un pire moment pour l’UE face à un scandale d’intégrité publique »,
Alberto Alemanno, fondateur de Le bon lobby
Alberto Alemanno, fondateur de l’organisation Le bon lobby, qui promeut un lobbying « accessible, transparent, responsable et redevable », a souligné la gravité de la situation. Il estime que l’UE « a besoin d’un organe de contrôle spécifique (au-delà du Parquet européen) ».
Manon Aubry, coprésidente du groupe de gauche au Parlement européen (France Insoumise), a appelé « de toute urgence à une instance éthique plus forte qui arrête la corruption à sa source, au lieu d’attendre qu’éclate le prochain scandale ».
Les représentants du Conseil et du Parlement européen ont conclu ce mardi un accord sur une nouvelle directive anti-corruption, harmonisant pour la première fois au niveau européen les définitions des délits de corruption, les sanctions minimales applicables et les règles pour « une enquête et des poursuites plus efficaces ». Cependant, le groupe ECR du Premier ministre italien, Giorgia Meloni, estime que cette directive ne suffira pas à résoudre les problèmes de l’UE. Critique du groupe ECR.
