Publié le 27 décembre 2025 06:00:00. En 2005, l’Irish Times avait imaginé le monde de 2025 à travers le regard de ses journalistes et experts. Rétrospective d’un exercice de prospective qui, étonnamment, a vu juste sur certains points, mais s’est complètement fourvoyée sur d’autres.
- L’Irish Times avait prédit avec justesse une crise financière et une pandémie mondiale.
- La montée de la politique d’extrême droite avait également été anticipée, bien que sa manifestation exacte diffère de ce qui avait été envisagé.
- Les prédictions concernant les technologies se sont révélées plus erronées, notamment en ce qui concerne l’essor des smartphones et du travail hybride.
En janvier 2005, l’Irish Times publiait une édition spéciale, une sorte de « future édition » de son journal du samedi. L’objectif ? Inviter ses journalistes spécialisés et d’autres experts à se projeter en 2025 et à anticiper les mutations du monde. Vingt ans plus tard, alors que nous venons de quitter cette année prophétique, il est temps de faire le bilan. L’exercice est révélateur : certaines tendances se sont confirmées, d’autres ont pris des chemins inattendus, et certaines prédictions semblent aujourd’hui tout simplement saugrenues.
Les contributeurs de l’époque avaient flairé juste sur plusieurs points. Une crise financière était perçue comme inévitable, et les termes de « krach immobilier » et d’« atterrissage en douceur » étaient déjà en circulation. John McManus, alors rédacteur en chef adjoint aux affaires économiques, écrivait ainsi : « Un renversement semble inévitable. Cela pourrait être assez choquant pour les personnes dans la vingtaine ou la trentaine qui n’ont connu que la prospérité économique. Ce sont probablement eux qui ont les plus grandes dettes personnelles. » La grande récession qui a suivi le krach financier de 2008 a confirmé ces craintes, touchant durement toutes les générations, mais particulièrement les millennials, qui ont souffert de « cicatrices de richesse », de « paralysie de carrière » et de « retards dans les étapes de la vie ».
De même, la possibilité d’une pandémie mondiale avait été soulevée par le Dr Muiris Houston, ancien correspondant santé, et Shane Hegarty. Ils avaient mis en garde contre un événement susceptible de « tuer des millions de personnes » et de « déstabiliser les économies, faire tomber les gouvernements, déclencher des guerres et ruiner vos chances de remettre ce rapport à votre patron d’ici lundi ». La pandémie de Covid-19, avec ses plus de sept millions de morts à travers le monde, a malheureusement confirmé cette prédiction, avec des conséquences profondes sur la politique, l’économie et le monde du travail.
L’essor de la politique d’extrême droite avait également été anticipé par Paul Cullen, correspondant pour le développement. Il prévoyait une « réaction violente de l’extrême droite » d’ici 2025, soulignant que « la politique raciale sera un phénomène courant à mesure que des éléments de la culture majoritaire récolteront les votes en s’attaquant à l’insécurité croissante de la population ». Bien que la réalité soit plus nuancée, cette analyse résonne avec les tensions et les dynamiques politiques observées ces dernières années.
En revanche, l’Irish Times de 2005 a largement sous-estimé l’impact de certaines technologies. L’arrivée des smartphones, qui n’était pas prévue avant 2007, a été une véritable révolution. De même, l’essor du streaming en ligne et du travail hybride n’avaient pas été anticipés. Karlin Lillington, journaliste technologique, avait pourtant prédit que le travail à distance deviendrait la norme : « on n’a pas besoin d’aller travailler quotidiennement puisque tout ce dont on a besoin est accessible depuis chez soi via les réseaux à très haut débit ». Elle avait même imaginé l’utilisation d’avatars pour les réunions en ligne, une pratique qui s’est avérée plus proche de la réalité qu’on ne l’aurait cru.
D’autres prédictions technologiques se sont révélées plus fantaisistes. L’idée de robots domestiques capables de s’occuper des personnes âgées et handicapées, ou de micropuces implantées sous la peau pour déverrouiller les portes et surveiller la santé, n’ont pas encore trouvé leur place dans notre quotidien.
Enfin, certaines prédictions, plus légères, n’ont pas résisté à l’épreuve du temps. Mary Hannigan, dans un style satirique, avait imaginé une équipe irlandaise de rugby en difficulté et des Jeux Olympiques à domicile désastreux. Heureusement, ces scénarios pessimistes ne se sont pas réalisés : l’Irlande a remporté les Six Nations en 2024 et a décroché un record de 10 médailles olympiques la même année.
L’exercice de prospective mené par l’Irish Times en 2005 nous rappelle que prédire l’avenir est une tâche complexe, voire impossible. Si certains phénomènes, comme les crises économiques ou les pandémies, peuvent être anticipés sur la base de données et de modèles, les changements sociaux et culturels sont beaucoup plus difficiles à cerner. La mode évolue rapidement, les nouvelles technologies émergent en permanence, et les comportements humains sont souvent imprévisibles.
