Publié le 15 décembre 2025 08:01:00. Volkswagen mise massivement sur la Chine pour relancer ses ventes, en adoptant une stratégie inédite : concevoir des véhicules spécifiquement pour le marché chinois, et non plus simplement assembler des modèles développés à l’étranger.
- Volkswagen investit 3 milliards d’euros dans un centre de recherche et développement à Hefei, le plus important hors d’Allemagne.
- Le constructeur allemand s’oriente vers une conception de véhicules « en Chine, pour la Chine », adaptés aux attentes des consommateurs locaux.
- La concurrence féroce sur le marché chinois, notamment de BYD et Geely, pousse Volkswagen à accélérer son innovation et à s’inspirer des acteurs locaux.
Volkswagen prend un virage stratégique majeur en Chine, le plus grand marché automobile mondial, mais aussi l’un des plus compétitifs. Après des décennies à adapter des modèles conçus en Europe, le constructeur allemand investit massivement dans la recherche et le développement local, avec l’ouverture d’un vaste centre à Hefei, une ville de 10 millions d’habitants. Cette initiative marque une rupture avec le modèle traditionnel des constructeurs étrangers, qui consistait à partager leur technologie avec des partenaires chinois.
Ce modèle, selon Thomas Ulbrich, directeur de la technologie du groupe Volkswagen en Chine,
« a désormais disparu. »
Thomas Ulbrich, directeur de la technologie du groupe Volkswagen en Chine
L’entreprise a entamé une refonte de son approche dès 2022, privilégiant désormais le développement de véhicules spécifiquement conçus pour les conducteurs chinois. Ces modèles, qui pourraient également être commercialisés au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, ne sont pas destinés au marché européen.
L’enjeu est de taille : rattraper le retard pris face à des concurrents locaux comme BYD et Geely, et reconquérir des parts de marché. Rella Suskin, analyste actions chez Morningstar, estime que cette stratégie permettra à Volkswagen de stabiliser ses parts de marché, mais pas nécessairement de retrouver les niveaux d’antan :
« Cela leur permettra de maintenir des niveaux de parts de marché conformes aux niveaux actuels, plutôt que de regagner les parts de marché perdues au cours des dernières années. »
Rella Suskin, analyste actions chez Morningstar
La rentabilité de cet investissement est une question cruciale, car le marché chinois est caractérisé par une concurrence extrême et une pression constante sur les prix. Audi, une filiale du groupe Volkswagen, a ouvert la voie en lançant cette année une nouvelle marque, simplement nommée « AUDI ». Volkswagen prévoit de dévoiler de nouveaux modèles en 2026, développés selon la formule « en Chine, pour la Chine ».
Claire Yuan, directrice des notations d’entreprises pour l’automobile chinoise chez S&P Global Ratings, se montre prudente :
« C’est une question à un million de dollars de savoir si cette stratégie sera payante. Nous devons surveiller, mais je pense qu’ils sont sur la bonne voie pour rattraper leur retard en course. »
Claire Yuan, directrice des notations d’entreprises pour l’automobile chinoise chez S&P Global Ratings
La « vitesse chinoise » est devenue un impératif pour les constructeurs automobiles. Ces dernières années, le marché chinois a connu une transformation radicale, avec une forte croissance des véhicules électriques, qui représentent désormais environ la moitié des ventes de voitures neuves. Les consommateurs chinois exigent également des fonctionnalités numériques avancées, telles que des écrans tactiles de grande taille et des systèmes de conduite autonome.
Volkswagen, qui a débuté sa production en Chine il y a 40 ans avec des berlines assemblées à Shanghai en partenariat avec SAIC, doit désormais s’adapter à cette nouvelle réalité. Les modèles emblématiques comme la Santana et la Jetta ont longtemps dominé le marché, mais ne suffisent plus à répondre aux attentes des consommateurs.
Selon Bill Russo, PDG d’Automobility, un cabinet de conseil basé à Shanghai, la survie sur le marché chinois dépend de la rapidité avec laquelle de nouveaux modèles et fonctionnalités sont lancés :
« Le rythme n’est pas un choix mais une nécessité – et cette pression alimente la compétitivité mondiale. »
Bill Russo, PDG d’Automobility
Les constructeurs chinois de véhicules électriques peuvent commercialiser de nouvelles voitures en 12 à 18 mois, contre trois à cinq ans pour les constructeurs mondiaux.
L’évolution de la Chine est également une source d’innovation. Il y a trente ans, Volkswagen importait toutes les pièces, des sièges aux jantes. Aujourd’hui, presque tout est fabriqué localement, et la conception est désormais réalisée sur place. Pour accélérer le développement des produits, le siège social de Volkswagen a donné plus de pouvoir de décision aux équipes chinoises.
D’autres constructeurs étrangers ont également réagi. Toyota, à l’instar de Volkswagen, a transféré l’autorité à son équipe chinoise, lui accordant « une autonomie sans précédent dans la planification et le développement de produits ». Volkswagen cherche également à s’associer à des start-up chinoises de véhicules électriques, comme Xpeng, pour accélérer le lancement de nouveaux modèles et développer sa propre architecture électronique.
Cette approche témoigne d’une prise de conscience croissante : les constructeurs étrangers peuvent également apprendre de la Chine. Martin Hofmann, cadre de Volkswagen et président de la Chambre de commerce allemande en Chine du Nord, souligne que
« Les flux de connaissances vont dans les deux sens entre la Chine et l’Allemagne. »
Martin Hofmann, cadre de Volkswagen et président de la Chambre de commerce allemande en Chine du Nord
Une récente enquête auprès des membres de la chambre révèle que la moitié des entreprises interrogées s’attendent à ce que leurs concurrents chinois deviennent des leaders en matière d’innovation dans les cinq prochaines années, et 9 % le sont déjà.
