Publié le 17 janvier 2026 à 16h00. L’orientation nord-sud, bien que conventionnelle, n’est pas une loi universelle. Une réflexion sur l’origine de cette convention et sur ce qui se trouve « en dessous » de la Terre, au-delà de notre système solaire.
Il arrive que l’on tombe sur ces cartes du monde inversées qui circulent sur les réseaux sociaux, souvent défendues par ceux qui souhaiteraient voir le sud devenir le nord. Au-delà de cette curiosité, une question fondamentale se pose : pourquoi avons-nous choisi le nord comme point de référence « en haut » et le sud comme point de référence « en bas » ? À quel moment cette orientation est-elle devenue la norme ?
Une recherche rapide révèle que la réponse la plus communément admise réside dans une convention établie par les anciens marins et commerçants européens, et formalisée lors de la création de la carte de Mercator. Une explication plus scientifique pourrait être liée au fait que, depuis environ 13 000 ans, une étoile est presque alignée avec l’axe de rotation de la Terre : Polaris, dans la constellation de la Petite Ourse, qui marque le pôle nord céleste.

En d’autres termes, notre « étoile polaire » est présente depuis suffisamment longtemps pour avoir servi de point de repère pour la navigation et l’orientation, notamment pour les 68 % de la masse terrestre situés au-dessus de l’équateur. Mais qu’en est-il de ce qui se trouve sous la Terre ?
En bas ou en haut ?
À une époque où la science était parfois obscurcie par des idées préconçues – bien que certains historiens nuancent l’image du Moyen Âge en soulignant les progrès empiriques, notamment en médecine – on croyait que la Terre était plate. Les représentations courantes montraient alors un disque soutenu par des éléphants, eux-mêmes posés sur le dos d’une tortue. Une vision radicalement différente de celle des Grecs anciens, qui imaginaient un globe terrestre maintenu par le titan Atlas.
Dans ces représentations, il était aisé de déterminer où se trouvait le « dessous », le sol sur lequel reposaient la tortue ou le titan. Mais avec la Renaissance, les questions ont refait surface : comment prouver la sphéricité de la Terre ? Qu’y a-t-il sous nos pieds ?
Au sens strict, sous nos pieds se trouve le centre de la Terre. Mais pourquoi s’arrêter là et ne pas chercher à comprendre ce qui se trouve de l’autre côté de la planète, au-delà du système solaire ? Est-ce une question même envisageable ?
De haut en bas ?
Ma tutrice de troisième cycle, le Dr Deborah Dultzin, m’a un jour confié une phrase qui résonne encore aujourd’hui :
« Zeus, souviens-toi toujours que l’astronomie est faite par l’ennemi. »
Deborah Dultzin, tutrice de troisième cycle
Elle voulait souligner que nos observations sont toujours relatives à notre point de vue. Et puisque les notions de « haut » et de « bas » n’ont de sens que dans un cadre de référence donné, si nous nous perdions un jour dans l’espace, il serait difficile de répondre à cette question avec certitude.
Lorsqu’on observe à travers un télescope, la lumière est modifiée par les lentilles et les miroirs, ce qui inverse les directions. Ce qui nous apparaît comme étant en bas ou à droite peut se retrouver en haut ou à gauche.

En astronomie, on contourne ce problème en définissant un point de référence commun à tous les observateurs terrestres, puis en attribuant des valeurs positives ou négatives en fonction de la direction de l’observation.
Les mouvements se produisent généralement sur une sphère, et l’on utilise des conventions mathématiques : tout ce qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre est considéré comme positif, et tout ce qui va de l’équateur vers le pôle Nord a le même signe.
Il n’y a pas de direction privilégiée dans l’univers
Comme nous l’avons évoqué dans d’autres articles, la conservation du moment cinétique explique pourquoi les objets en rotation accélèrent lorsqu’ils se rapprochent de leur axe et ralentissent lorsqu’ils s’en éloignent, comme les jupes des danseuses ou les bras et les jambes des patineurs.
Ce phénomène se produit également lors de la formation d’une étoile, comme nous l’avons vu dans un article sur les objets Herbig-Haro. Mais qu’est-ce qui détermine le sens de rotation ? Nous l’ignorons. Toute perturbation externe, même un faible vent stellaire, peut entraîner une rotation dans n’importe quelle direction. L’univers ne privilégie aucune orientation.
Il est fascinant de constater que la plupart des planètes de notre système solaire tournent dans le même sens, si on les observe « par le dessus », c’est-à-dire perpendiculairement à l’écliptique, depuis le pôle nord céleste. Vénus et Uranus font exception, probablement en raison d’impacts majeurs. La plupart tournent dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.
Si l’on s’intéresse au plan galactique, on peut également définir un nord et un sud qui, par commodité, coïncident presque parfaitement avec nos points de référence précédents. Alors… qu’y a-t-il en dessous ? La seule réponse possible est : des étoiles, tout simplement !


