Publié le 2024-02-29 10:35:00. Il était l’ombre de Bud Spencer, son sosie utilisé par le cinéma européen des années 70 pour profiter de la popularité du géant bon enfant. L’histoire méconnue de Fernando Arrien, acteur basque qui a incarné à plusieurs reprises ce double, loin des projecteurs et des génériques.
- Fernando Arrien, acteur basque, a souvent servi de doublure physique à Bud Spencer dans des productions européennes.
- Il a eu plusieurs noms de scène, dont Fred Harrison et Fred Harris, et a mené une carrière discrète mais prolifique.
- Arrien a continué à travailler dans le cinéma après son rôle de « sosie » de Spencer, participant à divers films et même à un documentaire en tant que directeur de production.
Dans le monde du cinéma, certains visages se ressemblent parfois trop pour être le fruit du hasard. C’est le cas de Fernando Arrien, un acteur basque né à Bilbao au début des années 40, dont le physique frappant a fait de lui, un temps, l’alter ego de Bud Spencer. Si Carlo Pedersoli, de son vrai nom, était la star, Arrien était son écho, son double utilisé dans des productions européennes à moindre budget, avides de capitaliser sur la popularité du géant italien.
Il s’est fait connaître sous plusieurs noms de scène – Fernando Bilbao, Fred Harrison ou Fred Harris, selon ses proches – et a rapidement compris que son imposante stature était un atout. Dans le Bilbao des années 70, on l’a même cru décédé à plusieurs reprises, tant ses rôles le vouaient à une fin violente à l’écran. Son corps puissant, presque comique par sa taille, en faisait un colosse idéal pour incarner des personnages similaires à ceux de Spencer : des hommes forts, souvent bienveillants, capables de régler les problèmes à coups de poing.
Arrien n’a jamais cherché à remplacer officiellement Bud Spencer dans ses films originaux. Il a plutôt été utilisé comme une version « locale » ou alternative, profitant de la mode pour ce type de personnages dans les années 70. Ces productions, souvent de série B, voire série C, misaient sur la ressemblance physique et l’attrait du duo, sans forcément se soucier de la qualité artistique. Le cinéma, selon lui, se faisait aussi dans l’ombre, comme il l’a confié à ceux qui l’écoutaient :
« Le cinéma, cela se fait aussi dans l’ombre. »
Fernando Arrien
Avant et après ces rôles de sosie, Arrien a multiplié les petits boulots : acteur de soutien, figurant avec texte, spécialiste occasionnel. Il est apparu dans des films espagnols et italiens aujourd’hui tombés dans l’oubli, survivant sur des cassettes usées et des souvenirs de dîners en famille. Il a incarné des gardes du corps, des voyous au grand cœur, des chauffeurs de camion, des pères maladroits. Il n’était pas un adepte de la méthode, mais un homme qui se laissait porter par la caméra, offrant son corps et son physique sans prétention.
Ses tournages étaient souvent épuisants : journées interminables, répétitions douloureuses, costumes inconfortables, applaudissements qui ne lui étaient pas destinés. Pourtant, Arrien abordait son travail avec une dignité tranquille, une ponctualité à toute épreuve et un esprit d’équipe exemplaire. Il aidait le dernier électricien avant le premier assistant réalisateur, se plaignait rarement et acceptait les contraintes du métier.
Il a tourné son dernier film en 2002, un obscur titre intitulé The Biggest Robbery Never Told. Mais sa carrière ne s’est pas limitée à l’interprétation. En 2006, il a participé en tant que directeur de production au documentaire Il n’y a plus d’ombres : Rufina Cambaceres, témoignant d’une polyvalence insoupçonnée. Selon les archives familiales, il a pris sa retraite à Malaga et y est décédé il y a une vingtaine d’années, après une décennie d’activité cinématographique plus discrète. Une vie passée dans l’ombre des projecteurs, mais riche d’une histoire méconnue.
