Publié le 20 novembre 2024. Une randonneuse a mis au jour dans les Alpes italiennes un site paléontologique exceptionnel, témoin d’un écosystème complet datant de l’ère permienne, il y a près de 280 millions d’années.
- Des empreintes de pas de reptiles préhistoriques, ainsi que des fossiles de plantes, d’insectes et même de gouttes de pluie ont été découverts.
- Le site révèle un aperçu unique de la vie sur Terre avant l’apparition des dinosaures, à une époque marquée par un réchauffement climatique rapide.
- La fonte des glaciers, conséquence du changement climatique actuel, a facilité la découverte de ces vestiges enfouis depuis des millénaires.
C’est en marchant derrière son mari dans le parc de montagne Valtellina Orobie, en Lombardie, qu’une randonneuse, Claudia Steffensen, a fait cette découverte fortuite en 2023. Elle a d’abord cru reconnaître une dalle de ciment, avant de distinguer des motifs étranges.
« J’ai ensuite vu un étrange dessin circulaire avec des lignes ondulées. J’ai regardé de plus près et j’ai réalisé qu’il s’agissait d’empreintes de pas »
Claudia Steffensen
L’analyse des roches a confirmé que ces empreintes appartenaient à un reptile préhistorique. Des investigations plus poussées menées par des paléontologues ont révélé l’existence d’un écosystème incroyablement bien préservé, remontant à la période permienne (entre 299 et 252 millions d’années). Cette période est notamment connue pour avoir été marquée par un réchauffement climatique rapide, culminant avec une extinction massive, surnommée la « Grande Mort », qui a anéanti 90 % des espèces vivantes sur Terre.
Les chercheurs ont identifié des empreintes fossilisées d’une grande variété d’animaux, notamment des reptiles, des amphibiens, des insectes et des arthropodes, souvent alignées en « traces ». À côté de ces empreintes, ils ont également trouvé des vestiges de graines, de feuilles, de tiges, ainsi que des traces de gouttes de pluie et de vagues léchant les rives d’un ancien lac. Ces preuves ont été découvertes jusqu’à 3 000 mètres d’altitude, dans les montagnes, et au fond des vallées, où des glissements de terrain ont déposé des roches contenant des fossiles au fil des millénaires.
Selon Ausonio Ronchi, paléontologue à l’Université de Pavie, en Italie, la préservation exceptionnelle de cet écosystème est due à sa proximité avec l’eau dans le passé.
« Les empreintes se sont formées lorsque ces grès et schistes étaient encore du sable et de la boue immergés dans l’eau des rives des rivières et des lacs, qui périodiquement, selon la saison, s’asséchaient. Le soleil d’été, qui assèche ces surfaces, les durcit pour que le retour de l’eau nouvelle n’efface pas les empreintes, mais les recouvre d’une nouvelle argile, formant une couche protectrice »
Ausonio Ronchi
Les chercheurs estiment que certaines des créatures ayant laissé ces traces pouvaient atteindre la taille de dragons de Komodo modernes (Varanus komodoensis), mesurant entre 2 et 3 mètres de long. Cristiano Dal Sasso, paléontologue vertébré au Muséum d’histoire naturelle de Milan, souligne que, bien que les dinosaures n’existaient pas encore à cette époque, l’animal responsable des plus grandes empreintes était déjà imposant.
« À cette époque, les dinosaures n’existaient pas encore, mais l’animal responsable des plus grandes empreintes trouvées ici devait encore être assez grand »
Cristiano Dal Sasso
Cette découverte offre une fenêtre unique sur un monde disparu, dont les habitants ont péri à la fin du Permien. Les chercheurs estiment que ces découvertes pourraient également nous éclairer sur les défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. La fonte des glaces, accélérée par le réchauffement climatique, a joué un rôle crucial dans la mise au jour de ces fossiles.
« Ces fossiles témoignent d’une période géologique lointaine, mais avec des tendances de réchauffement climatique très similaires à celles d’aujourd’hui. Le passé nous en apprend beaucoup sur les risques auxquels nous serons confrontés dans le monde d’aujourd’hui »
Un chercheur (non nommé dans la source)
Un gros rocher avec des empreintes de fossiles d’amphibiens et de reptiles alignées pour former une piste. Photo : Elio Della Ferrera / Surintendance de l’Archéologie / Beaux-Arts et Paysage des provinces de Côme, Lecco, Monza-Brianza, Pavie, Sondrio et Varese / via Live Science
Les chercheurs ont transféré les fossiles dans un matériau blanc et spongieux pour le transport le 21 octobre 2024. Photo : Elio Della Ferrera / Surintendance de l’archéologie / Beaux-Arts et Paysage des provinces de Côme, Lecco, Monza-Brianza, Pavie, Sondrio et Varese / via Live Science
