L’artiste indien Vatan Singh Rajan, installé à New York, dévoile un premier EP solo, « Alone », qui surprend par son expérimentalisme et son approche singulière du jazz. Fruit d’une introspection profonde, ce projet, né pendant la pandémie, témoigne d’une créativité débridée et d’une sensibilité artistique atypique.
Sorti le 9 novembre 2025, « Alone » est loin des démonstrations de virtuosité attendues. Vatan Singh Rajan, 27 ans, a préféré explorer des territoires sonores inexplorés, imprégnés d’une atmosphère à la fois troublante et envoûtante. L’EP s’ouvre sur une reprise poignante de « And Now The Queen », un morceau de la compositrice Carla Bley, dont la disparition en 2023 a profondément marqué l’artiste.
« J’ai commencé à travailler sur cet album au milieu de l’année 2021, juste pour moi, sans aucune intention de le publier », confie Vatan Singh Rajan à Rolling Stone India. Il a ensuite revisité ces compositions lors d’une résidence du Vatan Singh Rajan Quartet au Bern International Jazz Festival en Suisse, les utilisant pour ouvrir leurs concerts.
L’album se distingue par une attention méticuleuse aux détails : chaque instrument a été conçu sur mesure et chaque microphone a été fabriqué à la main. La pièce « I Am a Microphone », par exemple, explore les domaines de la métallurgie et de la recherche sur les cymbales. « Musashi », quant à elle, évoque le cinéma culte japonais grâce à l’utilisation d’un ensemble de batterie et d’un hochet à pluie.
Vatan Singh Rajan, qui a débuté le piano et la batterie à l’âge de huit ans à New Delhi, a étudié au Global Institute of Music de Delhi NCR à 15 ans, avant de rejoindre The New School for Jazz and Contemporary Music à New York entre 2017 et 2025. Il explique que son approche multi-instrumentaliste est liée à son diagnostic d’autisme : « M’enseigner des instruments a toujours été instinctif et me permet de rester en contact avec cette partie de mon cerveau. » Il considère que chaque instrument possède une personnalité propre.
L’improvisation occupe une place centrale dans son travail. « Une grande partie de la philosophie du jazz consiste à combiner des voix improvisées uniques », souligne-t-il, fort de son expérience au sein d’une dizaine de groupes à New Delhi et de ses collaborations actuelles avec des trios et des quatuors à New York.
L’artiste décrit son arrivée à New York comme une révélation : « J’avais décidé très jeune que si je voulais consacrer ma vie à la musique, je devais me jeter dans la plus grande friture proverbiale que je pouvais trouver, et cela a toujours été New York. » Il a déjà collaboré avec des artistes de renom tels que la pianiste Rachel Z (récompensée par un Grammy Award), les guitaristes Andres Thielen et Maia Van Praag, et le saxophoniste Santosh Sharma.
Vatan Singh Rajan prépare déjà son prochain album, qui explorera la musique classique contemporaine et expérimentale. Il comprendra notamment « Concerto for Bowed Cymbals », intitulé « Blacksmith », et une pièce basée sur ses recherches sur les microtones, « The Archimedes Principle ». Cette dernière composition est d’ailleurs utilisée comme outil pédagogique dans des conservatoires et fera l’objet d’un atelier et d’une résidence au festival de musique avant-gardiste Nu Mu dans le Vermont en août 2026.
Par ailleurs, l’artiste travaille sur un projet avec la chanteuse Anuradha Juju Palakurthi et Juju Productions, consistant à créer des orchestrations modernes de classiques du cinéma indien pour leur projet « Symphony Masala ». « J’ai vraiment hâte de travailler sur ça », conclut-il.
Vatan Singh Rajan recommande d’écouter « Alone » en solitaire, dans un environnement calme, afin de profiter pleinement de ses nuances et de son atmosphère unique.
