Publié le 2025-12-04 16:03:00. L’ostéoporose, souvent silencieuse, touche des millions de femmes et d’hommes. Un dépistage précoce et une prise en charge adaptée, notamment en période de ménopause, sont essentiels pour prévenir les fractures et préserver la qualité de vie.
- Plus de 500 millions de personnes dans le monde sont atteintes d’ostéoporose.
- Une femme sur trois et un homme sur cinq de plus de 50 ans subiront au moins une fracture ostéoporotique au cours de leur vie.
- La perte de densité osseuse peut être ralentie par un mode de vie sain et un suivi médical régulier.
Dans le tourbillon de la vie moderne, où les femmes jonglent entre carrière, famille et obligations quotidiennes, la santé osseuse et l’équilibre hormonal sont souvent relégués au second plan. Pourtant, l’ostéoporose, une maladie insidieuse, guette. Selon le International Osteoporosis Foundation, plus de 500 millions de personnes dans le monde en souffrent.
« L’ostéoporose ne fait pas mal. La perte de masse osseuse ne provoque ni douleur, ni autres symptômes, de sorte que le patient ne consulte pas un médecin avant qu’une fracture ne survienne », explique le Dr. Andreea Siriteanu, endocrinologue spécialiste chez MedLife.
Cette maladie silencieuse est particulièrement préoccupante chez les femmes ménopausées. Une étude récente, publiée dans JMIR Public Health (2023), révèle que la prévalence de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées atteint 14,05 %, contre seulement 2,62 % chez les femmes préménopausées, sur la base d’une analyse portant sur 7 493 femmes. Cette augmentation est directement liée à la chute des taux d’œstrogènes, qui accélère la perte de masse osseuse et augmente le risque de fractures, notamment au niveau de la colonne vertébrale et des hanches.
Le Dr Siriteanu souligne que l’ostéoporose peut être négligée chez les personnes atteintes de maladies chroniques multiples, ce qui retarde le diagnostic et le traitement. Il est donc crucial de sensibiliser et de dépister les populations à risque.
Des facteurs de risque multiples
Plusieurs facteurs peuvent favoriser le développement de l’ostéoporose :
- L’âge : Le risque augmente avec l’âge en raison de la diminution naturelle de la densité osseuse.
- Le sexe : Les femmes sont plus à risque, en particulier après la ménopause, en raison de la baisse des taux d’œstrogènes.
- Les antécédents familiaux : Un historique familial d’ostéoporose ou de fractures augmente le risque.
- Une alimentation pauvre en calcium et en vitamine D : Ces nutriments sont essentiels à la santé des os.
- La sédentarité : Le manque d’activité physique contribue à la diminution de la masse osseuse.
- Le tabagisme et la consommation excessive d’alcool.
- Certaines affections et médicaments : La polyarthrite rhumatoïde, l’hyperthyroïdie, les maladies digestives affectant l’absorption des nutriments, ainsi que certains médicaments comme les corticoïdes, peuvent favoriser la perte osseuse.
- Une ménopause précoce ou une insuffisance ovarienne prématurée.
Prévention et diagnostic
« L’ostéoporose est une maladie silencieuse. Aux premiers stades, elle ne présente pas de symptômes évidents et le premier signe est souvent une fracture survenue suite à un traumatisme mineur », précise le Dr Siriteanu.
Heureusement, la perte de densité minérale osseuse peut être ralentie, voire évitée, grâce à un mode de vie sain. Le Dr Siriteanu recommande une alimentation riche en calcium et en vitamine D, une activité physique régulière, l’arrêt du tabac et une consommation modérée d’alcool. Elle insiste également sur l’importance d’une évaluation médicale régulière et d’un dépistage de la densité minérale osseuse (DMO) par la méthode DEXA (Absorptiométrie à rayons X à double énergie).
La DMO mesure la quantité de minéraux dans les os et constitue la référence pour le diagnostic de l’ostéoporose. Le test DEXA est rapide, non invasif et permet d’évaluer la densité minérale osseuse de la colonne vertébrale, de la hanche et de l’avant-bras. Il est recommandé aux femmes de plus de 50 ans, ou plus tôt en présence de facteurs de risque, ainsi qu’aux hommes de plus de 70 ans présentant des facteurs de risque similaires.
Le Dr Siriteanu conseille de privilégier les activités à impact modéré, comme la marche, la danse ou le jogging léger, qui stimulent la formation osseuse, ainsi que des exercices d’équilibre et de renforcement musculaire pour réduire le risque de chutes. Elle rappelle également que la vitamine D est essentielle à l’absorption du calcium et qu’une exposition modérée au soleil (10 à 15 minutes par jour, selon la saison et le type de peau) est importante.
La ménopause : un tournant métabolique
« Lorsque le taux d’œstrogène diminue – naturellement pendant la ménopause, ou pour des raisons médicales – la masse osseuse est perdue, augmentant le risque d’ostéopénie et d’ostéoporose, mais aussi de diabète de type 2, de syndrome métabolique et de maladies cardiovasculaires », avertit le Dr Siriteanu.
Elle encourage les femmes à considérer la ménopause non pas comme une fin, mais comme une transformation, un recalibrage du pouvoir féminin. « Chez les femmes, le taux de perte osseuse augmente considérablement au cours des 5 à 10 premières années suivant la ménopause. Mais la ménopause n’est pas une fin, mais un recalibrage du pouvoir féminin – de la fertilité biologique à la fertilité émotionnelle et spirituelle. Les discussions sur la ménopause au sein de la famille, au travail ou dans l’espace public peuvent changer la façon dont les femmes se rapportent à leur propre corps. C’est le moment de redéfinir les priorités et de renouer avec soi-même ».
Traitements et innovations
La prise en charge de la ménopause peut se faire avec ou sans hormonothérapie substitutive. « L’hormonothérapie substitutive reste l’option la plus efficace, mais doit être individualisée. Il existe des formes locales ou systémiques, avec des bénéfices évidents, mais aussi des risques qui doivent être évalués médicalement », explique le médecin.
Pour les femmes qui ne peuvent pas recourir aux traitements hormonaux, des alternatives naturelles, comme les isoflavones de soja, de trèfle rouge ou d’actée à grappes noires, peuvent apporter un bénéfice modéré. Cependant, le Dr Siriteanu souligne l’importance d’acheter des compléments alimentaires auprès de sources fiables et d’en discuter avec un médecin.
Le rôle des tests génétiques
Les tests génétiques permettent d’identifier une prédisposition à l’ostéoporose ou à l’insuffisance ovarienne prématurée avant l’apparition des symptômes. « Les résultats ne permettent pas de poser un diagnostic, mais ils orientent la prévention : si une personne présente un risque génétique accru, elle peut commencer à surveiller plus tôt, ajuster son alimentation, ses suppléments et son niveau d’activité physique », explique le Dr Siriteanu.
Des gènes comme VDR (récepteur de la vitamine D), COL1A1 (collagène de type I) et ESR1/ESR2 (récepteurs des œstrogènes) sont fréquemment analysés. Une recherche publiée dans Frontiers in Endocrinology (2024) confirme l’intérêt des tests génétiques dans l’évaluation du risque d’ostéoporose.
Le Dr Siriteanu recommande ces tests aux femmes ayant des antécédents familiaux d’ostéoporose ou de fractures de fragilité, aux femmes préménopausées ou périménopausées souhaitant prévenir la perte osseuse, et aux personnes présentant des carences chroniques en vitamine D.
Enfin, le Dr Siriteanu aborde le cas délicat de l’insuffisance ovarienne prématurée (IOP), qui peut survenir avant l’âge de 40 ans. Un diagnostic précoce permet de mettre en place un traitement hormonal substitutif, des conseils en matière de fertilité et une surveillance osseuse. Elle cite l’exemple d’une patiente diagnostiquée à 27 ans avec une mutation FMR1, qui a pu préserver sa fertilité et devenir mère grâce à une intervention précoce.
