Publié le 22 décembre 2025 à 06h40. Une étude de l’Université McGill bouleverse les connaissances établies sur le rôle de la dopamine dans le mouvement, ouvrant de nouvelles perspectives pour la compréhension et le traitement de la maladie de Parkinson.
- Les chercheurs ont découvert que la dopamine ne contrôle pas directement la vitesse ou la force des mouvements.
- Elle crée plutôt les conditions nécessaires à l’initiation du mouvement.
- Cette nouvelle compréhension pourrait conduire à des traitements plus ciblés et efficaces contre la maladie de Parkinson.
Des chercheurs de l’Université McGill ont remis en question une théorie longtemps admise concernant l’influence de la dopamine sur la motricité. Leurs travaux, publiés dans la revue Nature Neuroscience, suggèrent que le rôle de ce neurotransmetteur dans la maladie de Parkinson est plus subtil qu’on ne le pensait, et pourraient modifier la manière dont les traitements sont conçus.
Jusqu’à présent, il était largement admis que la dopamine agissait comme un régulateur direct de la vitesse et de la force des mouvements. Des observations récentes, grâce à des outils de surveillance cérébrale plus performants, avaient même mis en évidence de brèves augmentations de la dopamine lors de l’exécution de mouvements, renforçant cette hypothèse. L’étude de McGill remet en cause cette vision.
« Nos résultats nous invitent à repenser le rôle de la dopamine dans le mouvement », explique Nicolas Tritsch, professeur adjoint au Département de psychiatrie de McGill et chercheur au Centre de recherche Douglas.
« Rétablir la dopamine à un niveau normal pourrait suffire à améliorer les mouvements. Cela pourrait simplifier notre vision du traitement de la maladie de Parkinson. »
Nicolas Tritsch, professeur adjoint au Département de psychiatrie de McGill
La dopamine est un acteur clé de la vigueur motrice, c’est-à-dire la capacité à effectuer des mouvements avec vitesse et force. Dans la maladie de Parkinson, les cellules cérébrales produisant la dopamine se détériorent progressivement, entraînant les symptômes caractéristiques tels que la lenteur des mouvements, les tremblements et les troubles de l’équilibre. La lévodopa, le traitement le plus couramment prescrit, vise à compenser cette perte en augmentant les niveaux de dopamine dans le cerveau.
L’étude de McGill propose une nouvelle analogie pour comprendre le rôle de la dopamine. Selon le professeur Tritsch :
« Plutôt que d’agir comme un accélérateur qui règle la vitesse de déplacement, la dopamine semble fonctionner davantage comme de l’huile moteur. Elle est essentielle au fonctionnement du système, mais pas au signal qui détermine la vitesse à laquelle chaque action est exécutée. »
Nicolas Tritsch, professeur adjoint au Département de psychiatrie de McGill
Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont surveillé l’activité cérébrale de souris effectuant une tâche motrice précise : appuyer sur un levier lesté. En utilisant une technique basée sur la lumière, ils ont pu activer ou désactiver les cellules productrices de dopamine pendant l’exécution de la tâche. Les résultats ont été clairs : modifier l’activité dopaminergique pendant le mouvement n’avait aucun impact sur la vitesse ou la force des mouvements.
En revanche, l’administration de lévodopa améliorait les mouvements en augmentant le niveau global de dopamine dans le cerveau, mais pas en rétablissant les brèves augmentations observées lors du mouvement.
Plus de 110 000 Canadiens vivent actuellement avec la maladie de Parkinson, et ce nombre devrait dépasser les 220 000 d’ici 2050, en raison du vieillissement de la population. Cette nouvelle compréhension du rôle de la dopamine pourrait ouvrir la voie à des traitements plus ciblés, axés sur le maintien de niveaux stables de ce neurotransmetteur plutôt que sur la stimulation de signaux rapides.
Les chercheurs suggèrent également que ces découvertes pourraient permettre de réévaluer les stratégies thérapeutiques existantes. Les agonistes des récepteurs de la dopamine, bien qu’ayant montré une certaine efficacité, sont souvent associés à des effets secondaires en raison de leur action sur de vastes zones du cerveau. Une meilleure compréhension des mécanismes dopaminergiques pourrait permettre de concevoir des thérapies plus sûres et plus précises.
L’étude, intitulée « Subsecond dopamine fluctuations do not specify ongoing action vigor » par Haixin Liu et Nicolas Tritsch et al., est disponible dans Nature Neuroscience. Elle a été financée par le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada, dans le cadre de l’initiative Cerveau sain, vies saines de l’Université McGill et du Fonds de Recherche du Québec.
