Publié le 27 octobre 2023 14:35. La Russie a officiellement suspendu sa participation à l’accord PMDA de 2000 sur la gestion et l’élimination du plutonium militaire, invoquant des actions hostiles de la part des États-Unis et des sanctions économiques. Cette décision marque une nouvelle escalade dans les tensions entre les deux puissances nucléaires.
- La Russie justifie sa suspension par des sanctions américaines et une évolution de l’équilibre stratégique.
- L’accord PMDA visait à neutraliser des quantités importantes de plutonium militaire pour éviter la prolifération nucléaire.
- Moscou et Washington détiennent ensemble environ 8 000 ogives nucléaires, bien que ce nombre ait considérablement diminué depuis la fin de la Guerre froide.
Le Kremlin a annoncé sa décision par un décret du président Poutine, dénonçant « l’émergence d’une menace pour la stabilité stratégique » due aux actions des États-Unis contre la Fédération de Russie. Selon le Moscow Times, la Russie exige également la levée des sanctions imposées après l’annexion de la Crimée en 2014 et une compensation pour les pertes subies à cause de ces restrictions.
L’accord de gestion et d’élimination du plutonium (PMDA), signé en 2000 et entré en vigueur en 2011, engageait les États-Unis et la Russie à éliminer au moins 34 tonnes de plutonium de qualité militaire – une quantité suffisante pour fabriquer jusqu’à 17 000 ogives nucléaires, selon les estimations américaines. Après la fin de la Guerre froide, les deux pays se sont retrouvés avec d’importants stocks de plutonium, dont le stockage représentait un coût élevé et un risque de prolifération.
Le PMDA prévoyait de neutraliser ce plutonium en le convertissant en combustible mixte (MOX) ou en l’irradiant dans des réacteurs à neutrons rapides pour produire de l’électricité. Cependant, en 2016, la Russie avait déjà suspendu sa participation à l’accord, invoquant des sanctions américaines et des actions qu’elle jugeait hostiles, notamment l’expansion de l’OTAN et des modifications dans la manière dont les États-Unis prévoyaient de gérer le plutonium.
La Russie avait alors accusé les États-Unis de ne pas respecter l’accord, en raison de leur décision de diluer le plutonium plutôt que de le convertir en MOX, une méthode qui nécessitait la coopération russe.
La suspension actuelle intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Moscou et Washington, et soulève des inquiétudes quant à la stabilité stratégique mondiale. La Russie et les États-Unis restent les deux plus grandes puissances nucléaires au monde, détenant ensemble environ 8 000 ogives nucléaires, selon la Fédération des scientifiques américains (FAS). Ce chiffre est toutefois bien inférieur au pic de 73 000 ogives atteint en 1986.
La Douma d’État, la chambre basse du parlement russe, avait approuvé la loi autorisant la suspension de l’accord le 10 octobre dernier. Un communiqué accompagnant le projet de loi soulignait que « les États-Unis ont pris un certain nombre de nouvelles actions anti-russes qui modifient fondamentalement l’équilibre stratégique qui prévalait au moment de la signature de l’accord et posent des menaces supplémentaires à la stabilité stratégique. »
