Publié le 11 octobre 2025 à 00h13. Le dernier film de Luca Guadagnino, Après la chasse, explore les zones grises d’une accusation d’agression sexuelle dans le monde universitaire, mais échoue à apporter un éclairage nouveau sur un débat déjà saturé.
- Le film met en scène Julia Roberts dans le rôle d’une professeure de philosophie confrontée à une accusation portée par une étudiante contre un collègue.
- L’œuvre évite de prendre position, ce qui la rend confuse et décevante pour certains critiques.
- Après la chasse soulève des questions sur la culture de l’annulation, l’identité et la perception de la vérité, mais sans proposer de réponses originales.
Après la chasse débute comme un drame universitaire classique : Julia Roberts, dans le rôle d’Alma, organise un dîner raffiné pour ses collègues et ses étudiants les plus brillants. Les références à Kierkegaard fusent, illustrant une réflexion sur la condition humaine. Mais cette atmosphère intellectuelle est rapidement perturbée par une accusation d’agression sexuelle portée par Maggie (Ayo Edebiri), l’une des étudiantes préférées d’Alma, contre Hank (Andrew Garfield), un collègue proche. Le film se veut une exploration des enjeux liés à la culture de l’annulation et de l’impact du climat politique actuel sur notre perception de l’identité et des allégations d’inconduite.
Cependant, le film semble hésiter à prendre parti. Alors que le débat sur la culture de l’annulation est omniprésent, et que certains dénoncent son existence même en la réduisant à de la « pensée unique », Après la chasse se contente de soulever des questions déjà largement débattues. Le film semble craindre de s’aventurer dans les eaux troubles des discours les plus controversés, ce qui le rend finalement insipide et ambigu.
Dès le début, le réalisateur annonce la couleur avec une bande-son lancinante et insistante, accompagnant les pas d’Alma sur le campus. Le spectateur comprend qu’un événement majeur est sur le point de se produire. L’introduction du groupe d’intellectuels se fait à travers le regard de Maggie, qui observe avec mécontentement les objets africains exposés dans le salon d’Alma. On assiste ensuite à une scène où Hank rejette Maggie, une étudiante noire et lesbienne fortunée, tout en lui touchant la cuisse et en proférant des généralisations sur la jeune génération. Maggie proteste, remettant en question ces généralisations et dénonçant les limites physiques franchies. Frederik (Michael Stuhlbarg), le mari d’Alma, psychiatre, souligne l’enjeu de la situation : Alma et Hank sont tous deux candidats au même poste au sein du département.
Le film ne montre pas ce qui se passe plus tard dans la nuit. Mais Maggie révèle à Alma que Hank, après l’avoir raccompagnée chez elle et sous l’influence de l’alcool, l’a agressée sexuellement. Le reste du film suit Alma dans sa lutte intérieure, tiraillée entre son désir de soutenir Maggie et sa loyauté envers son ami proche, sans avoir de preuves tangibles de ce qui s’est passé.
Le film oscille entre deux positions. D’un côté, il semble vouloir donner raison aux critiques de la génération Z, souvent accusée d’être immature : Maggie est présentée comme une étudiante médiocre qui profite de son statut et de son identité pour obtenir des faveurs. Mais le film revient ensuite sur cette idée, suggérant que Maggie est elle-même victime d’une exploitation. Elle se bat pour faire valoir sa crédibilité, tandis que les professeurs se livrent à une lutte de pouvoir, cherchant à savoir ce qu’ils doivent croire – ou ce qu’ils pensent devoir croire – pour éviter de se compromettre. Tout le monde semble plus préoccupé par la gestion de la situation que par le bien-être de Maggie.
Ce constat n’est pas nouveau. De nombreuses voix se sont déjà élevées pour dénoncer l’hypocrisie de la culture de l’annulation, tout en continuant à défendre l’importance de croire les victimes. Le film échoue à apporter une perspective originale sur ces questions. Son principal défaut n’est pas de les soulever, mais de ne pas proposer d’analyse pertinente ou d’éclairage nouveau.
La fin du film révèle qu’Alma est contrainte de quitter l’université, non pas à cause de l’affaire Maggie-Hank, mais parce qu’elle a falsifié des ordonnances pour obtenir des médicaments. Dans un épilogue, on apprend qu’elle a été nommée doyenne du département de philosophie, malgré ses actes répréhensibles et son expérience limitée. Hank, quant à lui, disparaît de la circulation. Ces dénouements sont-ils justes ? Le film ne se prononce pas. Peut-être que ces questions auraient eu plus de résonance il y a quelques années, mais le débat est aujourd’hui trop saturé pour se contenter d’une simple conversation.
L’intrigue du film est prévisible. Le réalisateur suggère que le spectateur ne sait pas si Maggie ment, mais il apparaît clairement que Hank l’a agressée. De même, il est évident que Hank et Frederik ont raison de penser qu’Alma ignore les faiblesses de Maggie. Le film martèle l’idée que Maggie utilise ses relations et son identité pour progresser, tout en suggérant qu’elle est également vulnérable. Cette dualité est illustrée par une scène où Hank détruit la cuisine en tentant de justifier ses actions auprès d’Alma. À la fin du film, la véritable nature de Hank est révélée, sans qu’il n’y ait d’aveu officiel de sa culpabilité. Un film sur la complexité des relations de pouvoir et des actions humaines ne peut pas se permettre de simplifier les motivations des personnages.
Le principal défaut de Après la chasse est son manque d’audace. Si le film se propose d’explorer les conséquences d’être noir, queer ou femme dans des environnements traditionnellement exclusifs, il doit prendre des risques. Il doit oser remettre en question les normes établies et provoquer la réflexion. Un film comme Tár, de Todd Field, a su le faire avec brio.
Enfin, le film manque de subtilité. Tout est excessif, des dialogues aux symboles. Malgré sa lourdeur, le spectateur se demandera ce que le réalisateur a voulu dire. Et c’est là que réside le véritable problème : pouvons-nous nous permettre un film aussi ambigu et décevant ?
