Publié le 15 novembre 2025 17:03:00. Le journaliste irlandais Carl Kinsella explore avec une acuité déconcertante les méandres de l’anxiété, des troubles obsessionnels compulsifs et de l’impact d’Internet sur la psyché humaine dans son recueil d’essais « Au moins ça a l’air bien vu de l’espace ».
- En août 2021, un simple tweet de Carl Kinsella a créé l’illusion générale à Dublin que le tramway (Luas) était gratuit, entraînant une intervention des autorités.
- Le livre aborde les thèmes de l’identité irlandaise, de la nostalgie et de la quête de sens à l’ère numérique.
- Kinsella jongle avec brio entre satire mordante, observations perspicaces et moments de lyrisme inattendu.
Un tweet anodin, une rumeur virale : en août 2021, Dublin a été en proie à une étrange conviction. De nombreux habitants ont cru que le tramway (Luas) était soudainement gratuit. L’illusion a été si forte que l’aéroport de Dublin s’en est mêlé, et les infrastructures de transport irlandaises ont dû contacter la Gardaí (police irlandaise). La source de cette confusion collective ? Un tweet apparemment inoffensif et légèrement humoristique du journaliste Carl Kinsella.
Dans « Au moins ça a l’air bien vu de l’espace », Kinsella revient sur cet épisode avec une ambivalence teintée d’autodérision. Il confie :
« Je me sentais comme un enfant lors d’une fête d’anniversaire qui avait rassemblé tous ses oncles et tantes en cercle pour qu’ils puissent me regarder faire un nouveau tour sympa, et à la place, je m’étais cogné la tête contre le coin du comptoir de la cuisine et je voulais maintenant que tout le monde arrête de me regarder pendant que je me vidais tranquillement de mon sang. »
Carl Kinsella
Ce fut, selon ses propres termes, sa première expérience de la viralité, à la fois excitante et terrifiante.
Le livre, dans son ensemble, est une collection d’essais qui explorent les implications de l’ère numérique sur l’individu et son imagination. Kinsella se penche particulièrement sur l’expérience d’un jeune Irlandais, souffrant de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) et sujet à des pensées catastrophiques.
Bien que les thèmes abordés soient profonds, Kinsella se révèle un satiriste affûté et un observateur attentif des détails de la vie irlandaise. Il évoque son séjour en tant que jeune vacancier (J1) à New York, analysant « l’empreinte culturelle démesurée » de ce visa, sa promesse alléchante de liberté, de travail dans un bar et de « quelques milliers de dollars » avant un retour aux études – soit à l’UCD (University College Dublin) pour des cours de commerce et d’économie, soit à l’Anglo-Irish Bank pour un stage.
Plus loin, Kinsella se remémore le plaisir coupable de quitter la messe plus tôt, soulignant avec justesse que la communion offre un moment de répit, permettant de s’éclipser discrètement, l’hostie consommée et le salut assuré.
Carl Kinsella a également évoqué sa lutte contre les TOC et l’anxiété dans une interview récente.
Ailleurs, l’auteur se laisse parfois aller à des envolées lyriques, créant un contraste saisissant. Mais cette incongruité est précisément ce qui rend la collection si réussie. L’humour sincère de Kinsella est d’autant plus percutant qu’il émerge des profondeurs de la panique et de la paranoïa, témoignant d’une humanité touchante.
« Au moins ça a l’air bien vu de l’espace » se situe à la frontière ténue entre la comédie et la tragédie. Kinsella est conscient de la fragilité de cet équilibre, mais, comme il le souligne à plusieurs reprises, « c’est dans ces marges fines que les personnes que nous aimons nous sauvent la vie ».
