Les tensions semblent s’apaiser au Yémen après l’appel de l’Arabie saoudite à un dialogue entre les différentes factions, notamment les séparatistes du Sud. Cette initiative intervient après une escalade militaire inhabituelle et une fracture au sein de la coalition menée par le gouvernement yéménite reconnu internationalement, révélant des divergences profondes entre Riyad et Abou Dhabi.
Le Conseil de transition du Sud (CTS), soutenu par les Émirats arabes unis, a salué samedi l’initiative saoudienne, la qualifiant de « véritable opportunité de dialogue sérieux » susceptible de préserver « les aspirations du peuple du Sud ». Cette réaction positive fait suite à la reprise par les forces gouvernementales, soutenues par l’Arabie saoudite, du contrôle de la ville portuaire stratégique de Moukalla, dans la province de Hadramout, et de plusieurs autres sites clés de la région. Ces avancées militaires ont remis en question la viabilité du projet du CTS d’organiser un référendum sur l’indépendance d’ici deux ans.
La crise actuelle a mis en lumière des désaccords de longue date entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, autrefois alliés proches. Les forces du CTS avaient pris le contrôle de vastes territoires, notamment dans la province de Hadramout, consolidant leur emprise sur l’ancien Yémen du Sud, qui avait fusionné avec le Nord en 1990. Cette action a été perçue par Riyad comme une menace pour sa sécurité, conduisant à des bombardements de bases dans la région et à une demande de retrait des forces émiraties restantes au Yémen.
Les Émirats arabes unis ont répondu en appelant à la retenue, exprimant leur « profonde préoccupation » face à la situation. Par ailleurs, l’aéroport d’Aden, plaque tournante du transport pour les zones du Yémen non contrôlées par les Houthis, a été temporairement fermé suite à un différend concernant de nouvelles restrictions sur les vols avec les Émirats arabes unis, mais devrait rouvrir dimanche, selon les responsables de la compagnie aérienne nationale yéménite.
Le chef du conseil présidentiel yéménite, Rashad al-Alimi, a demandé à l’Arabie saoudite d’organiser une conférence de paix à Riyad réunissant toutes les factions impliquées dans la récente flambée de violence. Riyad a accueilli favorablement cette demande, soulignant que le dialogue dans le cadre d’une solution politique globale est la seule voie possible pour résoudre le conflit. Tarek Saleh, membre du conseil présidentiel, a rencontré le ministre saoudien de la Défense, le prince Khaled ben Salmane, pour discuter des moyens de renforcer la stabilité du pays et la sécurité régionale.
Le Yémen, pays stratégiquement situé entre l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, et le détroit de Bab al-Mandeb, une voie maritime vitale entre l’Europe et l’Asie, est divisé depuis une décennie. Le Qatar, qui entretient des relations parfois tendues avec les Émirats arabes unis, a salué les efforts du gouvernement yéménite reconnu internationalement pour résoudre la question du Sud. La mesure dans laquelle les divergences entre Riyad et Abou Dhabi affecteront d’autres questions, notamment la politique de production pétrolière de l’OPEP, pourrait devenir plus claire au cours du week-end lors d’une réunion prévue du cartel.
Le CTS a accusé l’Arabie saoudite de mener une « escalade militaire », tandis que le gouvernement yéménite a dénoncé des attaques contre des civils et des infrastructures vitales par des factions islamistes du Nord, en référence apparente au parti Islah, membre du gouvernement internationalement reconnu. Le CTS a également affirmé que le Sud du Yémen était soumis à un blocus terrestre, maritime et aérien.
