Les incursions répétées de drones et d’avions russes dans l’espace aérien de l’OTAN, notamment en Pologne et en Estonie, suscitent une inquiétude croissante quant au risque d’escalade du conflit en Ukraine. Face à ces provocations, les dirigeants occidentaux semblent de plus en plus disposés à envisager une réponse militaire directe, marquant un changement notable par rapport à la stratégie initiale axée sur la prévention de tout affrontement direct avec la Russie.
La tension a atteint un nouveau pic cette semaine, avec plusieurs incidents signalés. Le 8 septembre, 21 drones russes ont pénétré l’espace aérien polonais, certains étant interceptés par une opération militaire conjointe polono-allemande-italienne. Le vendredi suivant, trois avions de chasse russes ont violé l’espace aérien estonien pendant 12 minutes, avant d’être interceptés par des avions de l’OTAN. Lundi, des observations de drones ont entraîné la fermeture temporaire des aéroports de Copenhague et d’Oslo, tandis que jeudi, un deuxième aéroport danois a subi le même sort. Les autorités danoises ont conclu que ces drones étaient liés à un « acteur étatique », selon l’agence Reuters.
Ces incidents interviennent alors que les pays de l’OTAN réévaluent leur approche face à la Russie. Au début de la guerre en Ukraine, le général Mark Milley, alors président des chefs d’état-major conjoints américains, avait défini quatre priorités : éviter un conflit direct entre l’OTAN et la Russie, contenir la guerre dans les limites de l’Ukraine, renforcer l’unité de l’OTAN et soutenir l’Ukraine. L’ordre de ces priorités reflétait une volonté de privilégier la désescalade, même au prix de frustrations de la part de Kiev, qui souhaitait un soutien plus audacieux, notamment pour des frappes sur le territoire russe.
Le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a exprimé une position ferme lors de la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, menaçant explicitement d’abattre tout aéronef russe entrant illégalement dans l’espace aérien polonais : « Si un autre missile ou avion entre dans notre espace sans autorisation, délibérément ou par erreur, et qu’il est abattu et que l’épave tombe sur le territoire de l’OTAN, ne venez pas ici vous plaindre. Vous avez été averti. » Le secrétaire aux Affaires étrangères britannique, Yvette Cooper, a affirmé que le Royaume-Uni était « prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre le ciel et le territoire de l’OTAN contre l’impérialisme russe ».
De manière surprenante, l’ancien président américain Donald Trump a également approuvé cette ligne dure, déclarant mardi qu’il était d’accord avec l’idée que les pays de l’OTAN devraient abattre les avions russes violant leur espace aérien. Cette position marque un tournant par rapport à ses précédentes inquiétudes quant à une escalade du conflit.
La Russie a réagi en avertissant que l’abattage d’un avion russe sur le territoire de l’OTAN équivaudrait à une déclaration de guerre. L’ambassadeur de Russie en France a déclaré jeudi : « Cela signifierait la guerre. »
Certains experts estiment que ces incursions russes visent à tester la détermination de l’OTAN et à signaler à des pays comme la Lituanie et la Pologne que le soutien continu à l’Ukraine pourrait entraîner des représailles. Eitvydas Bajarūnas, un diplomate lituanien, a déclaré : « Poutine veut nous signaler, dire : « Vous, les Lituaniens, les Polonais, si vous continuez à soutenir l’Ukraine, la guerre viendra à vous. Vous le ressentirez. »
Par ailleurs, les pays de l’OTAN envisagent d’investir dans des systèmes de défense aérienne et de détection des drones plus performants, face à l’efficacité stratégique des drones kamikazes russes, décrits par un responsable estonien comme un « billet de loterie qui gagne toujours ».
L’incident de 2015, où un avion de chasse russe a été abattu par la Turquie, membre de l’OTAN, après avoir violé son espace aérien en Syrie, est souvent cité comme un précédent. Malgré la gravité de l’incident, la situation n’a pas dégénéré en conflit ouvert.
À ce stade, la question cruciale est de savoir si les avertissements suffiront à dissuader la Russie de nouvelles provocations, ou si l’OTAN sera contrainte de recourir à la force pour défendre son espace aérien. La capacité à contenir le conflit reste incertaine.