Publié le 27 septembre 2025 05:56:00. Les Nations Unies tirent la sonnette d’alarme : combler le déficit de financement de 4 000 milliards de dollars (environ 3 670 milliards d’euros) nécessaire à la réalisation des objectifs de développement durable exigera une mobilisation massive de capitaux publics, philanthropiques et privés, via des mécanismes financiers innovants.
- Un écart de financement de 4 000 milliards de dollars menace la réalisation des objectifs de développement durable (ODD).
- La finance mixte, combinant différents types de capitaux, apparaît comme une solution pour attirer les investissements nécessaires.
- Un référentiel central de données et des normes de mesure claires sont essentiels pour développer ce type de financement.
Dix ans après le lancement de l’Agenda 2030 pour le développement durable, les progrès sont loin d’être uniformes. Si certains domaines, comme l’électrification des zones rurales, connaissent des avancées, d’autres sont freinés par un manque criant de financement. Près de 3,5 milliards de personnes vivent dans des pays où les dépenses publiques en intérêts de la dette dépassent celles allouées à la santé et à l’éducation, limitant drastiquement les possibilités d’investissements dans le développement durable.
Parallèlement, les fonds mondiaux axés sur l’environnement, le social et la gouvernance (ESG) semblent largement contourner les pays émergents, malgré leur contribution majeure à la croissance du PIB mondial au cours de la dernière décennie. Ces économies ne représentent qu’environ 6 % des portefeuilles ESG mondiaux, une inadéquation qui représente une opportunité inexploitée.
La finance mixte offre une voie pour mobiliser des capitaux à grande échelle et attirer à la fois les investisseurs institutionnels traditionnels et ceux qui recherchent un impact social et environnemental. Elle permet d’élargir l’accès aux marchés et de stimuler la croissance, tout en offrant des rendements potentiels ajustés au risque attractifs, souvent de qualité investissement.
Ce type de financement repose sur trois piliers : le capital public, apporté par les institutions de financement du développement, les banques multilatérales et les agences gouvernementales, qui offre des garanties et des prêts subventionnés pour réduire le risque perçu ; le capital philanthropique, provenant de fondations et de donateurs, qui fournit des subventions et une assistance technique pour stimuler l’innovation ; et enfin, le capital privé, apporté par les investisseurs institutionnels, les banques et les entreprises, qui assure la pérennité et la rentabilité des projets.
Chacun de ces éléments joue un rôle crucial : le capital public pose les fondations, le capital philanthropique affine les projets et attire les investissements privés, et ce dernier favorise la croissance et la profondeur du marché. Leur combinaison permet de mobiliser des ressources bien supérieures à celles que pourrait fournir une seule source.
Pour combler un déficit de 4 000 milliards de dollars, une coordination étroite entre les gestionnaires d’actifs, les banques de développement, les gouvernements, les agences de notation, les fondations philanthropiques, les assureurs et les organisations non gouvernementales est indispensable. Il est particulièrement difficile d’attirer des flux importants et durables de capital privé, d’où l’importance d’une coopération précoce pour créer des structures transparentes et reproductibles.
La première Conférence sur l’impact et la finance mixte, organisée en début d’année par AllianceBernstein, Société Générale et l’Emerging Markets Investors Alliance, a servi de modèle pour un partenariat entre acheteurs et vendeurs de capitaux.
Lors de cette conférence, le Boston Consulting Group et Société Générale ont plaidé pour la création d’un référentiel central de données sur la disponibilité du financement par région, secteur et type d’instrument. Une telle ressource simplifierait les transactions, réduirait les coûts et augmenterait la transparence.
La mise à l’échelle de la finance mixte nécessite également des normes de réussite claires et cohérentes. Les investisseurs doivent évaluer à la fois les résultats financiers et les impacts environnementaux et sociaux de chaque transaction. Une approche standardisée favorise la fiabilité et la comparabilité, et contribue à éviter le « greenwashing ».
Des instruments innovants, tels que les swaps de dette pour la nature et les obligations de résultats, offrent des opportunités d’investissement durables. Les échanges de dette pour la nature permettent aux pays en développement de réduire leur dette publique en échange d’investissements dans la conservation de la nature, tandis que les obligations de résultats lient les paiements aux investisseurs à la réalisation d’objectifs spécifiques, tels que la reforestation de l’Amazonie.
Un récent échange de dette pour la nature a non seulement contribué à la protection de 60 000 kilomètres carrés de zones marines équatoriennes, mais a également généré des rendements supérieurs à ceux de nombreuses obligations d’entreprises américaines de solvabilité comparable.
Pour que la finance mixte tienne ses promesses, elle doit offrir à la fois des impacts mesurables et des rendements attractifs. Le capital catalytique joue un rôle essentiel dans le développement de flux d’investissement privés plus importants, tandis que les instruments axés sur la durabilité peuvent stimuler les priorités mondiales de développement.
Par Patrick O’Connell, CFA | Responsable – Solutions de portefeuille d’investissement responsable et recherche, et Marie Clara Buelalingen | Directrice de la finance durable pour les Amériques chez Société Générale Corporate and Investment Banking, chez AllianceBernstein
Autres articles populaires: