Publié le 29 septembre 2023. Le député européen Tilman Kuban (CDU) remet en question l’atteinte de la neutralité carbone à 100% d’ici 2045, estimant que les conditions économiques ont radicalement changé et que cette ambition pourrait menacer l’industrie allemande et, par conséquent, la démocratie.
- Tilman Kuban plaide pour une approche plus réaliste, visant une réduction des émissions de 80% d’ici 2045 plutôt que 100%.
- Il critique une approche trop idéologique qui, selon lui, conduit à la délocalisation de la production et à la perte d’emplois industriels.
- Kuban souligne que les objectifs climatiques doivent tenir compte de la nouvelle réalité géopolitique et économique, notamment la fin du gaz russe bon marché et la concurrence accrue de la Chine.
Tilman Kuban, 38 ans, est actuellement porte-parole du groupe de travail de l’Union européenne au sein du groupe syndical de la CDU. Il a été président fédéral de l’Union Junge jusqu’en 2022. Ses récentes déclarations interviennent alors que les discussions sur les objectifs climatiques pour la conférence de l’ONU au Brésil peinent à aboutir.
Selon M. Kuban, les conditions qui rendaient atteignables les objectifs de neutralité carbone initialement fixés ont considérablement évolué. Il explique :
« Lorsque les objectifs climatiques ont été convenus, nous avions une situation mondiale différente. À notre sécurité, nous avons sauvé, familiarisé avec le gaz bon marché de la Russie et avons eu des marchés chinois et américains en plein essor. Dans cette situation de mélange, les grandes entreprises ont pu financer la transformation elles-mêmes. Tout cela est de l’histoire et ne reviendra pas. »
Tilman Kuban, député européen (CDU)
Face à cette nouvelle donne, Kuban propose trois options : maintenir les objectifs ambitieux au risque d’une désindustrialisation, financer la transition par un endettement massif, ou adapter les objectifs à la réalité économique. Il privilégie cette dernière approche, estimant qu’il est plus réaliste de viser une réduction de 80% des émissions d’ici 2045.
« Il y a maintenant trois options: nous tirons les objectifs durs et risquons de-industrialisation. Nous financementons de tout grâce à de nouvelles dettes d’État et créons des relations avec les ménages français. Ou nous adaptons les objectifs de la nouvelle réalité, devenons plus climatiques, mais restons un pays industriel. Je préconise ce dernier. »
Tilman Kuban, député européen (CDU)
Kuban estime que les 20% restants seront plus difficiles et plus coûteux à atteindre, et que la question de leur gestion pourra être réexaminée ultérieurement. Il invoque le principe de Pareto, selon lequel 80% des résultats sont obtenus avec 20% des efforts, et que les 20% restants nécessitent un investissement disproportionné. Il ajoute :
« La question clé est de savoir si le monde tombe vraiment simplement parce qu’en Allemagne, quelques poêles à charbon fonctionnent toujours pour produire de l’acier, ou parce qu’il y a encore quelques moteurs à combustion dans la rue et peut-être que toutes les maisons ne sont pas complètement isolées. »
Tilman Kuban, député européen (CDU)
Concernant les mesures à prendre, Kuban préconise de s’éloigner d’une approche contraignante pour l’industrie, tout en maintenant les certificats gratuits et en se concentrant sur la décarbonisation de 80% des flottes, en particulier les véhicules lourds. Il met en garde contre les conséquences négatives d’une politique trop rigide, qui pourrait entraîner la délocalisation de la production et la perte d’emplois, alimentant ainsi le populisme de droite. Voir à ce sujet l’analyse de Welt.
Kuban souligne également que l’Allemagne ne peut pas agir seule et qu’il est essentiel de trouver un consensus au niveau européen. Il observe que les objectifs climatiques de l’UE sont également remis en question par d’autres pays membres, notamment la France, la Pologne et l’Italie.
« Ce que j’entends de mes collègues de la France, de la Pologne, de l’Italie ou des pays d’Europe de l’Est est très clair: l’objectif climatique de l’UE 2050 est également sous pression violente. »
Tilman Kuban, député européen (CDU)
Il conclut que la protection du climat doit aller de pair avec la prospérité et la démocratie.
Jan Alexander Casper, journaliste au Welt, couvre les questions environnementales et socio-politiques.
À ne pas manquer
