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La vague de diplomatie de Kim Jong-un

by Clara Dubois

Publié le 2 octobre 2025 à 19h00. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a récemment effectué un voyage remarqué à Pékin pour assister aux célébrations du 80e anniversaire de la victoire chinoise sur le Japon, une visite qui souligne la volonté de Pyongyang de renforcer ses alliances stratégiques tout en poursuivant son programme nucléaire.

  • Kim Jong-un a participé aux célébrations du « 80e anniversaire de la victoire de la guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise et la guerre anti-fasciste mondiale » à Pékin début septembre.
  • Cette visite s’inscrit dans une stratégie diplomatique visant à obtenir une reconnaissance implicite du statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord.
  • La Chine semble de plus en plus tolérante envers le programme nucléaire nord-coréen, sans pour autant exercer de pression significative sur Pyongyang pour qu’elle modifie sa politique.

La présence de Kim Jong-un à Pékin, aux côtés du président chinois Xi Jinping et du président russe Vladimir Poutine, a été riche en symboles. Il s’agissait d’une démonstration de force et d’unité entre ces trois nations, qui se positionnent comme des contrepoids à l’influence occidentale. Bien qu’il n’y ait eu aucune annonce de sommet formel, de discussions approfondies ou d’accords concrets, la simple participation de Kim à cet événement majeur a été perçue comme une victoire diplomatique pour Pyongyang. Une visite ultérieure du ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Choe Son-Hui, fin septembre, n’a pas apporté de nouvelles informations sur l’agenda diplomatique entre Pékin et Pyongyang, selon Reuters.

Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de la Corée du Nord, qui cherche à consolider son statut de puissance nucléaire. Kim Jong-un a généralement évité les rassemblements multinationaux où il risquait de ne pas être au centre de l’attention, mais cette fois-ci, il a saisi l’opportunité de se positionner aux côtés de deux puissances majeures. La Chine a promis à Kim une place de choix lors de l’événement, tant à l’entrée qu’au moment de visionner le défilé avec Xi Jinping et Poutine. Il est peu probable que Kim soit réceptif à toute pression chinoise pour qu’il coopère davantage avec la Russie, ralentisse son programme nucléaire ou reprenne les négociations en vue d’un désarmement nucléaire.

La position de la Chine est délicate. Pékin invite Kim Jong-un et lui accorde une importance particulière, ce qui suggère une volonté d’améliorer les relations bilatérales, même en l’absence de progrès en matière de dénucléarisation. Ces dernières années, la Chine a appelé Washington et les autres parties à prendre en compte les « préoccupations légitimes en matière de sécurité » de Pyongyang, tout en manifestant une certaine tolérance envers un État nord-coréen non dénucléarisé. Les réunions du 28 septembre entre le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et son homologue nord-coréenne Choe Son-Hui, comme le rapporte le ministère chinois des Affaires étrangères, témoignent d’un alignement stratégique entre la Chine et la Corée du Nord à l’égard des États-Unis, tout en éludant la question du programme d’armes nucléaires de Pyongyang. Cette attitude est moins explicite que le « respect » et la « compréhension » affichés par Moscou, comme l’a déclaré en juillet le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, selon TASS.

Cette visite intervient après un sommet récent entre les États-Unis et la Corée du Sud, qui visait à ramener Pyongyang à la table des négociations. Cependant, Kim Jong-un a clairement privilégié une approche diplomatique axée sur des partenaires comme Moscou et Pékin, après avoir échoué à obtenir une acceptation de son statut de puissance nucléaire de la part de Washington et Séoul entre 2018 et 2019. La formation de ce qu’on appelle la communauté CRINK (Chine, Russie, Iran, Corée du Nord) permet à Kim de maintenir une priorité stratégique sur les armes nucléaires, au détriment des réformes, de l’ouverture et de l’intégration dans l’ordre international.

Les États-Unis et la Corée du Sud devraient, à court terme, adopter une attitude de distanciation et de fermeté, tout en réaffirmant leur appel à la diplomatie en vue d’un désarmement nucléaire. La visite de la conférencière de l’Assemblée nationale sud-coréenne à l’événement de Pékin, bien que critiquée par certains, était une décision pragmatique visant à améliorer les relations avec la Chine sans pour autant légitimer l’événement lui-même. Si Pékin adopte une attitude similaire à celle de Moscou en matière de « respect » et de « compréhension » du programme nucléaire nord-coréen, il est essentiel que Washington et Séoul rejettent ces déclarations et rappellent que tous les pays doivent respecter et faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies interdisant les activités nucléaires et balistiques de la Corée du Nord.

Enfin, l’apparition de Kim Ju Ae, la fille de Kim Jong-un, lors de cet événement et d’autres rassemblements diplomatiques, suggère qu’elle est préparée pour un éventuel rôle de successeur. Cette préparation minutieuse pourrait indiquer le désir de Kim Jong-un d’assurer une transition en douceur et de garantir la pérennité du régime nord-coréen, qui pourrait ainsi connaître sa première succession féminine.

La visite de Kim Jong-un dans une usine liée à la production de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) était également significative. Selon l’agence de presse KCNA, il s’agissait d’une usine produisant des matériaux composites en fibre de carbone pour un « nouveau type de moteur à combustible solide » destiné aux missiles Hwasong-19 et Hwasong-20. Cette visite, qui a eu lieu une semaine après le sommet américano-sud-coréen, pourrait être interprétée comme un rappel à Washington et Séoul que Pyongyang reste déterminé à développer ses capacités militaires. Elle pourrait également signaler que Pékin ne s’attend pas à ce que Pyongyang renonce à de telles activités dans l’espoir d’obtenir des concessions diplomatiques.

Il est peu probable que cette visite renforce considérablement l’influence de Pékin sur Pyongyang. Comme son grand-père Kim Il-sung, Kim Jong-un est conscient de la nécessité de naviguer dans les relations complexes entre la Chine et la Russie. Il pourrait chercher à obtenir de Pékin la même attention et la même reconnaissance que celle accordée à la Corée du Nord, mais il est peu probable que Pékin et Moscou permettent à Pyongyang d’exploiter toute division perçue dans leurs relations respectives avec la Corée du Nord.

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