Publié le 3 octobre 2025 à 22h39. Face aux tensions géopolitiques et aux inégalités mondiales, un expert néerlandais plaide pour une refonte de l’internationalisation universitaire, axée sur l’inclusion et la qualité de l’enseignement plutôt que sur les classements et la mobilité physique.
- Hans de Wit, spécialiste de l’internationalisation universitaire, a participé au Global Ed. PUCP 2025 à Lima, au Pérou.
- Il critique le modèle traditionnel d’internationalisation, jugé élitiste et inadapté aux défis actuels.
- Il propose une approche plus inclusive, axée sur l’internationalisation à domicile et la coopération virtuelle.
L’internationalisation de l’enseignement supérieur doit évoluer pour répondre aux réalités d’un monde en mutation, marqué par des tensions géopolitiques croissantes, des inégalités persistantes et une accélération technologique. C’est le message clé porté par Hans de Wit, professeur émérite de Boston College (États-Unis) et figure de proue dans le domaine de l’internationalisation universitaire, lors du Global Ed. PUCP 2025, organisé par la Pontificia Universidad Católica du Pérou (PUCP) dans le cadre du projet Erasmus + I-MAT (mobilité innovante attirant des outils pour l’Amérique latine).
Selon M. de Wit, l’internationalisation ne peut plus se limiter à une course aux classements mondiaux ou à une simple augmentation des échanges étudiants. Il plaide pour une approche plus holistique, intégrée aux politiques universitaires et axée sur l’amélioration de la qualité de l’éducation. « L’internationalisation n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’améliorer la qualité de l’éducation », a-t-il souligné, reprenant une idée centrale de son intervention.
« Pendant des années, il a été pensé que l’international devait envoyer et recevoir des étudiants, signer des accords et grimper dans le classement. Je soutiens que l’internationalisation doit être inclusive, qui profite à tous les étudiants sur leur propre campus. »
Hans de Wit, membre distingué et professeur émérite de Boston College (États-Unis)
Le contexte mondial actuel, caractérisé par une contradiction entre la nécessité de coopération et la montée des nationalismes, impose une réflexion sur de nouvelles formes d’internationalisation. « D’une part, les universités reconnaissent la nécessité de coopérer plus que jamais. De l’autre, le monde vit un climat de nationalismes, de tensions géopolitiques et de restrictions de mobilité », explique M. de Wit. Il insiste sur la nécessité de penser au-delà des échanges physiques et d’explorer des alternatives.
La guerre en Ukraine, la rivalité sino-américaine et les conflits au Moyen-Orient sont autant de facteurs qui affectent directement la coopération académique. Les universités se trouvent confrontées à des dilemmes éthiques quant au choix de leurs partenaires et aux conditions de collaboration. Ces considérations ne peuvent être ignorées dans la définition des stratégies d’internationalisation.
Pour répondre à ces défis, M. de Wit propose le concept d’« internationalisation à domicile », qui consiste à offrir à tous les étudiants, même ceux qui ne peuvent pas voyager, des expériences internationales grâce à des programmes d’études enrichis, à l’enseignement partagé et à l’utilisation des technologies numériques. La pandémie de Covid-19 a démontré le potentiel de la coopération virtuelle et de l’apprentissage collaboratif à distance pour démocratiser l’accès à l’international.
« L’internationalisation ne peut pas être réduite à la mobilité d’un petit pourcentage d’étudiants : il doit se concentrer sur le programme à la maison, la virtualité et les liens avec les entreprises locales. Vous devez également éviter l’élitisme : les bourses à l’étranger sont utiles, mais elles atteignent très peu. »
Hans de Wit, membre distingué et professeur émérite de Boston College (États-Unis)
L’importance de la coopération internationale est également soulignée par M. de Wit. « Sans collaboration internationale, il n’y a pas d’innovation et, dans une économie basée sur les connaissances, qui n’a pas ces talents ne peut pas rivaliser ou coopérer avec le reste du monde », affirme-t-il. Il déplore la tendance à la compétition, alimentée par des considérations économiques et la pression pour améliorer les classements universitaires. Il estime qu’il est essentiel de promouvoir différents types d’universités, plutôt que de chercher à imiter un modèle unique.
Enfin, M. de Wit insiste sur le rôle crucial des universités latino-américaines dans l’avenir de l’internationalisation. Il les encourage à prendre des initiatives et à proposer des solutions adaptées à leurs propres contextes, plutôt que de se contenter de reproduire des modèles importés. Il souligne également la nécessité de renforcer la coopération régionale et de mettre les enjeux spécifiques de l’Amérique latine – diversité culturelle, inclusion sociale, développement durable – au cœur du débat mondial.
« L’internationalisation ne doit pas être considérée comme du luxe ou de la mode, mais dans le cadre de la mission universitaire. Le PUCP a la possibilité d’être un acteur central dans cette transformation. »
Hans de Wit, membre distingué et professeur émérite de Boston College (États-Unis)