Publié le 5 octobre 2023 20h38. Une enquête de la Direction nationale anticorruption (DNA) a mis au jour un vaste réseau de corruption impliquant des hommes d’affaires, des politiciens et des fonctionnaires du port de Constanța, révélant des pratiques de pots-de-vin et d’influence illicite au cœur de cette infrastructure stratégique roumaine.
- La DNA a déployé des agents infiltrés pendant cinq mois pour documenter les activités illégales.
- Les enquêteurs ont dû adopter de nouveaux modes de vie, avec des dépenses somptuaires pour s’intégrer aux milieux corrompus.
- La DNA souligne avoir mené cette enquête en toute discrétion, face aux perceptions publiques selon lesquelles elle n’intervenait pas dans le port de Constanța.
Marius Voiceag, procureur en chef de la DNA, a révélé dans une interview à Antena 3, diffusée dimanche soir, les détails de cette opération complexe. L’enquête, qui compte 40 suspects, a permis de mettre en lumière un système de corruption bien rodé, où des pots-de-vin étaient versés en échange de faveurs dans l’attribution de contrats et de l’accès aux installations portuaires.
Selon Voiceag, l’introduction du premier agent infiltré dans le port de Constanța a nécessité cinq mois de préparation. Deux autres enquêteurs ont ensuite été intégrés à l’opération. Pour assurer la crédibilité de leur couverture, ces agents ont reçu un train de vie luxueux, incluant des maisons de prestige et des véhicules haut de gamme, comme des X5. Ils ont également bénéficié de fonds importants pour financer des dépenses ostentatoires, notamment des repas coûteux, afin de se fondre dans le décor et gagner la confiance des suspects.
Voiceag a décrit des scènes surréalistes, où les suspects discutaient ouvertement de la répartition des pots-de-vin, en utilisant des métaphores liées à la pêche pour désigner les sommes d’argent. Il a également souligné que la DNA avait été confrontée à une certaine résistance et à des doutes quant à sa capacité à enquêter efficacement dans le port de Constanța.
« C’était un récit public qui nous a dérangés, que nous ne pouvons pas entrer dans le port de Constanța. Cela nous a dérangés. »
Marius Voiceag, procureur en chef de la DNA
Le procureur a insisté sur le caractère confidentiel de l’enquête, menée exclusivement depuis le centre, en raison de la sensibilité de la situation à Constanța. Il a également souligné l’importance stratégique du port, qui constitue une infrastructure critique pour l’État roumain.
L’affaire intervient alors que Laura Codruța Kovesi, ancienne chef de la DNA et actuelle chef du Bureau européen de lutte contre la fraude (OLAF), a exprimé son étonnement face au manque de signalements concernant le port de Constanța par les autorités roumaines. Dans une interview récente à Context.ro, elle a déclaré :
« Il est inexplicable de voir comment les autorités ne parviennent pas à identifier les cas d’une grande corruption à la frontière de l’Union européenne, la grande fraude de la TVA, d’autant plus que la Roumanie passe par une période extrêmement difficile, avec un déficit record et un besoin strict de percevoir les impôts dans l’État. »
Laura Codruța Kovesi, chef du Bureau européen de lutte contre la fraude (OLAF)
Pour en savoir plus sur l’enquête de la DNA dans le port de Constanța, consultez cet article, ce reportage et cette analyse.
Vous pouvez également consulter l’interview complète de Laura Codruța Kovesi ici.