Publié le 7 octobre 2025. L’Indonésie est sous pression pour accélérer sa transition énergétique et respecter ses engagements climatiques, alors que des retards dans la présentation de ses objectifs actualisés suscitent des inquiétudes quant à sa crédibilité sur la scène internationale.
- L’Indonésie a manqué la date limite pour soumettre sa deuxième Contribution Déterminée au niveau National (CDN) aux Nations Unies.
- Des experts soulignent que la dépendance persistante du pays aux combustibles fossiles, notamment au charbon, compromet ses ambitions de neutralité carbone.
- Un rapport met en évidence le potentiel de création de 1,8 million d’emplois verts d’ici 2030, mais souligne la nécessité d’une action rapide et coordonnée.
L’Indonésie fait face à un examen de son action climatique, dix ans après l’Accord de Paris, sans avoir démontré de progrès significatifs dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Le pays est critiqué pour son manque de cohérence entre ses engagements et ses politiques énergétiques, notamment en raison de la poursuite de son investissement dans les infrastructures liées aux combustibles fossiles.
Le retard dans la soumission de sa deuxième CDN, initialement prévue pour le 30 septembre 2025, est particulièrement préoccupant. Bien que la date limite ait été prolongée, le gouvernement indonésien n’a toujours pas présenté ce document crucial, qui détaille ses objectifs de réduction des émissions pour la prochaine décennie.
Agung Budiono, directeur exécutif de la CERAH Foundation, une organisation promouvant la transition énergétique, a déclaré que ce retard porte atteinte à la crédibilité climatique de l’Indonésie et révèle un manque de vision claire en matière de planification de l’atténuation du changement climatique.
« Ce retard montre que le gouvernement indonésien a perdu son chemin dans la planification de l’atténuation du climat, comme en témoigne la signature du règlement gouvernemental 40/2025 sur la dernière politique nationale de l’énergie (Ken), qui continue de s’adapter à l’expansion des combustibles fossiles jusqu’en 2060. »
Agung Budiono, directeur exécutif de la CERAH Foundation
Nadia Hadad, directrice exécutive de la Fondation Madani BerkelanJutan, a appelé le gouvernement à publier sans délai ses objectifs climatiques actualisés avant la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP30) qui se tiendra à Belém, au Brésil.
« Ce document n’est pas seulement à des fins mondiales ; il est également crucial pour renforcer l’engagement de l’Indonésie envers le développement durable et climatique. »
Nadia Hadad, directrice exécutive de la Fondation Madani BerkelanJutan
Selon le rapport “Une décennie d’action climatique nationale : Bilan et perspectives” publié par Deep Decarbonisation Pathways (DDP), l’Indonésie figure parmi les pays qui peinent à traduire leurs stratégies climatiques à long terme en politiques concrètes. Le rapport souligne les défis socio-économiques liés à la transition énergétique et à l’atténuation de la crise climatique.
Le rapport DDP met en évidence les risques liés à la dépendance continue de l’Indonésie aux combustibles fossiles et au développement limité des énergies renouvelables, ainsi qu’un important déficit de financement climatique. Les potentielles pertes d’emplois dans les secteurs liés aux combustibles fossiles, les disparités régionales et l’accessibilité financière de l’énergie compliquent également la transition.
Cependant, le rapport souligne également le potentiel de création d’opportunités économiques vertes, avec la possibilité de générer jusqu’à 1,8 million de nouveaux emplois d’ici 2030, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables, des transports propres et des industries basées sur les ressources.
Agung Budiono insiste sur la nécessité pour l’Indonésie de réviser ses documents de planification électrique afin de permettre une planification plus ambitieuse de l’atténuation du changement climatique.
« Nous exhortons le gouvernement à mettre à jour des documents de planification tels que le National Electricity Business Plan (RUKN) afin que des documents ultérieurs tels que le Plan général national de l’énergie (RUEN), les plans régionaux énergétiques (RUED) et le plan d’affaires de l’approvisionnement en électricité (RUPTL) puissent mieux s’adapter à la croissance des énergies renouvelables et à réduire l’utilisation des combustibles fossiles, réduisant ainsi l’agrément des émissions. »
Agung Budiono, directeur exécutif de la CERAH Foundation
Le rapport DDP recommande à l’Indonésie de prendre des mesures concrètes entre 2025 et 2030, en particulier dans le secteur de l’énergie. Il préconise la mise à jour du RUPTL pour l’aligner sur les objectifs en matière d’énergies renouvelables, le renforcement de la réglementation concernant les centrales électriques privées et l’élargissement du marché du carbone intérieur, en l’intégrant aux mécanismes internationaux. Le rapport plaide également pour une adoption plus rapide des technologies à faible émission de carbone, la mobilisation de financements climatiques grâce à des mécanismes innovants et une meilleure cohérence des politiques sectorielles.
Nadia Hadad a également exprimé son inquiétude quant aux politiques énergétiques gouvernementales qui encouragent la déforestation, comme la co-incinération de biomasse avec le charbon dans les centrales électriques. Elle estime que cette politique pourrait compromettre la stratégie Folu Net Sink 2030 de l’Indonésie, qui vise à faire en sorte que les forêts et les terres du pays absorbent plus d’émissions qu’elles n’en émettent.
« L’objectif Folu Net Sink 2030 pour réduire les émissions ne sera pas atteint si les besoins énergétiques sont satisfaits en ouvrant les forêts. L’objectif de biomasse de co-incinération pourrait stimuler la demande de déforestation pour produire des matières premières comme le bois, les déchets agricoles ou les cultures énergétiques dédiées. »
Nadia Hadad, directrice exécutive de la Fondation Madani BerkelanJutan
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