L’influence du populisme d’extrême droite, autrefois confiné à des cercles nationaux, s’étend désormais à l’échelle mondiale, portée par un regain d’intérêt pour des politiques autrefois marginales et par l’écho donné aux discours américains. Des dirigeants nationalistes affluent à Washington, tandis que des idées radicales se propagent rapidement, suscitant l’inquiétude quant à la stabilité démocratique de plusieurs pays.
Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a récemment annoncé son intention de qualifier Antifa d’« organisation terroriste », une décision largement perçue comme rhétorique, étant donné qu’il s’agit d’une idéologie plutôt que d’une entité structurée. Cet épisode, bien que symptomatique des postures habituelles des deux hommes, s’inscrit dans une tendance plus large : l’imitation des politiques et des discours radicaux observés aux États-Unis.
Plusieurs pays européens ont déjà fait écho à l’appel à interdire Antifa, tandis que les propositions américaines de déportations massives ont inspiré des mesures similaires ailleurs. Au Royaume-Uni, le Parti de la Réforme de Nigel Farage adopte ouvertement les positions de Donald Trump, un rapprochement qualifié de « copier-coller » par un chroniqueur. Kemi Badenoch, du Parti conservateur, a quant à elle promis la création d’une force d’expulsion, inspirée du modèle américain.
La Maison Blanche est devenue une destination prisée par les dirigeants ultra-nationalistes. En septembre, Beatrix von Storch, cadre du parti allemand Alternative für Deutschland (AfD), a effectué une visite surprise avec Joachim Paul, un autre responsable du parti. L’AfD avait précédemment appelé à une réforme de l’Union européenne inspirée de modèles restrictifs en matière d’immigration.
Les chapeaux MAGA (Make America Great Again) sont devenus un symbole courant lors d’événements populistes d’extrême droite à travers le monde. Au Brésil, un nouveau symbole a émergé : le drapeau américain. Ces manifestations visuelles témoignent de l’attrait croissant de ces idéologies.
Les chercheurs en sciences politiques s’alarment de cette « contagion politique », qui se manifeste par la propagation rapide de politiques extrémistes d’un pays à l’autre. L’affaiblissement de la démocratie aux États-Unis est perçu comme un facteur aggravant, car il encourage d’autres pays à remettre en question les normes démocratiques et les libertés fondamentales.
« Je suis très inquiète », explique Stefanie Walter, professeure de relations internationales à l’Université de Zurich. « Les changements dans le paysage de l’information rendent la diffusion de ces idées encore plus probable. » Ses recherches montrent que le succès perçu du Brexit a incité d’autres pays à envisager des référendums similaires, avant que les conséquences négatives du Brexit ne refroidissent cet enthousiasme.
L’essor des médias sociaux amplifie ce phénomène, créant des « bulles » informationnelles où les idées nationalistes populistes sont constamment renforcées. « Si vous êtes dans cette bulle, vous entendez sans cesse que Donald Trump fait des merveilles et que les problèmes d’immigration sont résolus », souligne Stefanie Walter.
Daiki Kishishita et Atsushi Yamagishi, chercheurs à l’Université japonaise de Hitotsubashi, ont développé un modèle expliquant comment l’extrémisme populiste se propage. Selon eux, lorsqu’un leader adopte une politique radicale pour gagner en popularité, les électeurs d’autres pays peuvent être tentés de croire que cette politique pourrait également être bénéfique pour eux.
« Les politiciens ressentent la pression de prouver qu’ils ne font pas partie de l’élite corrompue », explique Kishishita. « Adopter des politiques extrêmes est un moyen de se démarquer. »
Stefania Kapronczay, défenseure des droits de l’homme affiliée à l’Institut de défense des droits de la Columbia Law School, souligne la coordination entre les partis d’extrême droite, notamment en Europe. Elle cite l’exemple de la Hongrie, qui a soutenu financièrement des campagnes électorales dans d’autres pays et cherché à influencer les médias locaux.
« En même temps qu’ils s’attaquent à ceux qui reçoivent un financement étranger, ils font de même », déplore Kapronczay, soulignant l’ironie de la situation.
Les chercheurs s’accordent à dire que la propagation du populisme d’extrême droite est à la fois organique et coordonnée. Des événements comme le CPAC, qui se tiennent désormais dans plusieurs pays, témoignent de cette coopération internationale. Cependant, ils soulignent également l’importance d’une réponse démocratique forte, capable de contrer les discours extrémistes et de défendre les valeurs fondamentales.
« Nous devons être impliqués et nous devons apprendre », conclut Kapronczay. « C’est la lueur d’espoir. »
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