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(In)sécurité de l’eau et indice de pauvreté vécue – Afrobaromètre

Publié le 24 octobre 2024. Une nouvelle analyse des données d'Afrobaromètre révèle un paradoxe en Afrique : de nombreuses personnes ne déclarent pas vivre dans la pauvreté au quotidien, mais manquent pourtant d'accès aux services essentiels comme l'eau…

(In)sécurité de l’eau et indice de pauvreté vécue – Afrobaromètre

Publié le 24 octobre 2024. Une nouvelle analyse des données d’Afrobaromètre révèle un paradoxe en Afrique : de nombreuses personnes ne déclarent pas vivre dans la pauvreté au quotidien, mais manquent pourtant d’accès aux services essentiels comme l’eau potable, soulignant les limites des indicateurs traditionnels de pauvreté.

  • Près de trois personnes sur dix qui ne se considèrent pas comme pauvres n’ont pas accès à l’eau courante.
  • Plus d’un cinquième de ces mêmes personnes doivent parcourir de longues distances pour trouver une source d’eau.
  • L’Indice de Pauvreté Vécue (IPV) d’Afrobaromètre, qui se concentre sur les privations quotidiennes, pourrait sous-estimer l’ampleur des inégalités structurelles en matière d’accès aux infrastructures.

La manière dont la pauvreté est mesurée influence directement notre compréhension de ce phénomène complexe. Les indicateurs classiques, basés sur le revenu, la consommation et la possession d’actifs, fournissent des informations utiles, mais peinent souvent à saisir les réalités quotidiennes des populations les plus vulnérables (Sen, 1985 ; Ravallion, 2016). L’Indice de Pauvreté Vécue (IPV) développé par Afrobaromètre propose une approche alternative en se concentrant sur l’expérience directe : à quelle fréquence les individus ont-ils été privés de cinq biens et services essentiels – nourriture, eau potable, soins de santé, combustible de cuisine et revenu en espèces – au cours de l’année précédente (Mattes, 2008). Cette méthode présente un avantage certain dans les contextes où l’économie informelle est prédominante et où il est difficile d’évaluer précisément les revenus, une situation fréquente dans de nombreux pays africains.

L’accès à l’eau potable est non seulement un élément central de l’IPV, mais aussi un facteur déterminant pour la santé, la dignité et le développement. En 2022, seulement 73 % de la population mondiale bénéficiait de services d’eau potable gérés en toute sécurité, avec une disparité notable entre les zones urbaines et rurales : 81 % des habitants des villes contre seulement 62 % en milieu rural. Parallèlement, 2,2 milliards de personnes n’avaient toujours pas accès à une eau gérée en toute sécurité, dont 115 millions continuaient de puiser directement dans les cours d’eau (UNICEF, 2025). Les données d’Afrobaromètre montrent que, partout en Afrique, les citoyens placent l’accès à l’eau et à l’assainissement parmi leurs principales priorités en matière d’action gouvernementale (Ben Saad & Logan, 2024). Malgré des améliorations observées dans certains pays, des inégalités d’accès importantes persistent, alimentant les demandes des citoyens pour une distribution plus équitable et fiable des services.

Une étude méthodologique récente s’est penchée sur une énigme : un nombre significatif de personnes interrogées par Afrobaromètre ne rapportent aucune pauvreté vécue – c’est-à-dire qu’elles n’ont manqué d’aucun des cinq éléments essentiels à la vie au cours de l’année précédente – mais n’ont pas accès à des services de base tels que l’eau courante, l’électricité et l’assainissement. Ce paradoxe suggère que les mesures subjectives comme l’IPV peuvent être influencées par des stratégies d’adaptation – comme le stockage de l’eau, la collecte sur de longues distances ou le partage communautaire – qui permettent aux ménages de faire face à des déficits structurels sans ressentir de pénuries immédiates. Ainsi, bien que l’IPV tienne compte des privations occasionnelles, il risque de négliger l’exclusion systémique des infrastructures essentielles. L’analyse, basée sur les données de la 9e vague d’Afrobaromètre, met en évidence la relation entre la pauvreté vécue et l’accès à l’eau, un élément essentiel de l’IPV et un pilier de la santé et du bien-être publics.

Les résultats révèlent une lacune préoccupante : près de 30 % des personnes interrogées qui ne se déclarent pas pauvres n’ont pas accès à l’eau courante, et plus d’une personne sur cinq doit se rendre à une source d’eau située en dehors de son quartier. Ces disparités témoignent d’une exclusion infrastructurelle qui persiste malgré la capacité d’adaptation des ménages. Ces constats suggèrent que, même si l’IPV actuel prend en compte les conditions matérielles à court terme, il pourrait sous-estimer l’ampleur réelle des déficits structurels en Afrique et passer à côté de formes d’exclusion plus profondes et plus durables.

En examinant le décalage entre l’expérience subjective de la pauvreté et la réalité objective de l’accès aux infrastructures, notamment en matière d’eau, cet article souligne la nécessité de combiner les deux perspectives pour concevoir des politiques de développement efficaces et suivre les progrès vers l’Objectif de développement durable 6 – garantir un accès universel à une eau potable sûre et abordable (Nations Unies, 2015).

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.