La série britannique « Dreaming Whilst Black » revient pour une deuxième saison, toujours aussi mordante et pertinente, mais cette fois-ci, elle ose remettre en question les idées reçues sur la diversité et la représentation à l’écran. Créée par Adjani Salmon, la série continue d’explorer avec humour et lucidité les défis auxquels sont confrontés les artistes noirs dans l’industrie audiovisuelle britannique.
Dans cette nouvelle saison, Kwabena Robinson, interprété par Adjani Salmon, peine toujours à trouver un emploi stable et gratifiant dans le cinéma. Sa relation à distance avec Vanessa (Babirye Bukilwa) est terminée, et malgré l’acquisition d’un agent (Jessica Hynes), les opportunités se font rares. Comme le souligne son oncle Claude (Roger Griffiths) avec sa franchise habituelle : « Kwabena est le seul Noir en Angleterre qui n’ait rien tiré du mouvement Black Lives Matter. »
La série ne se contente pas de dépeindre les difficultés professionnelles de Kwabena. Elle explore également les complexités des relations interpersonnelles et les contradictions de la société britannique. Des questions pertinentes sont soulevées, comme : « Qui, au juste, offre du vin à Giggs ? » ou encore « Quel est le rapport entre l’akée et le morue, plat national jamaïcain – servi sur du pain de seigle, qui plus est – et la célébration de la Barbade ? »
Si la première saison avait déjà séduit par son mélange d’humour, de satire et de touches surréalistes, cette nouvelle saison ose aller plus loin en interrogeant les motivations derrière les initiatives de diversité. L’un des points faibles, du moins lors d’un premier visionnage, réside dans la caricature de certains personnages blancs. Les micro-agressions subtiles et bienvenues de la saison précédente ont été remplacées par des figures plus stéréotypées, comme la nouvelle collègue de Amy, adepte de l’appropriation culturelle, ou l’influenceuse à l’accent d’Essex qui incarne le rôle principal dans « Sin and Subterfuge », une série historique à la « Bridgerton ». Cette dernière, manifestement sous-qualifiée, est pourtant choisie au détriment d’acteurs noirs talentueux comme Rudolph Williams (Kobna Holdbrook-Smith), au nom d’un casting dit « inclusif ».
Cependant, la série offre des moments de grâce, notamment dans l’épisode « Black Love », qui se concentre sur la vie de trois couples noirs à différents stades de leur relation, sans l’intervention de personnages blancs. C’est dans les interactions de Kwabena avec d’autres personnages noirs que les réflexions les plus éclairantes émergent. Un acte de trahison envers un autre réalisateur en début de saison reviendra le hanter, et la confrontation avec Rudolph Williams sur son style de réalisation trop conciliant révèle le prix à payer pour intégrer une élite privilégiée.
Les séquences fantastiques offrent un contraste saisissant avec la réalité du monde de la télévision. Les costumes et les dialogues imaginaires de la série historique de Kwabena sont bien plus audacieux et créatifs que ceux de « Sin and Subterfuge ». On se souvient ainsi d’une réplique savoureuse : « On dirait qu’il est… un trou du cul ! » Ces moments rappellent que Adjani Salmon est un scénariste talentueux et que la série est réalisée avec soin et attention.
La saison se conclut de manière habile, en résolvant certaines intrigues de manière ironique et plausible, tout en laissant d’autres questions en suspens. Les spectateurs ne peuvent qu’espérer une troisième saison, et rapidement !
« Dreaming Whilst Black » est disponible sur BBC Three et iPlayer.