Publié le 9 octobre 2025 18h59. L’inflation persistante en Autriche a déclenché un vif échange au Conseil fédéral, où des représentants du FPÖ ont accusé le gouvernement de ne pas prendre les mesures nécessaires pour maîtriser la hausse des prix, tandis que le chancelier défend ses réformes structurelles.
- Le FPÖ a déposé une demande urgente au chancelier, posant 50 questions détaillées sur les mesures prises contre l’inflation.
- Le chancelier Christian Stocker a mis en avant les facteurs externes influençant l’inflation et a souligné l’importance des réformes structurelles pour une croissance à long terme.
- Des divergences profondes sont apparues quant à la gestion budgétaire, les politiques salariales et les aides à l’Ukraine.
L’inflation galopante en Autriche a été au cœur d’une séance tendue au Conseil fédéral, où les élus du Parti de la Liberté (FPÖ) ont exprimé leur inquiétude face à l’inaction perçue du gouvernement. Günter Pröller, Marlies Steiner-Wieser et Andreas Spanring, conseillers fédéraux du FPÖ, ont conjointement interpellé le chancelier Christian Stocker, exigeant des éclaircissements sur les mesures mises en œuvre pour endiguer la hausse des prix. Ils ont soumis une demande urgente, assortie de 50 questions précises, dénonçant un manque de réactivité de l’exécutif.
Selon le FPÖ, le budget de l’État est devenu ingérable, et un nouveau plan d’austérité se profile déjà. Günter Pröller a accusé le gouvernement de trahir la confiance des citoyens, citant la réouverture d’un accord salarial déjà négocié pour le secteur public et une réduction significative des pensions, contredisant les promesses initiales. Il a estimé que cette perte de confiance rendrait difficile toute relance économique et a plaidé pour un changement de système radical, allant jusqu’à évoquer la possibilité de nouvelles élections si le gouvernement ne parvient pas à inverser la tendance.
« La coalition des perdants », composée de l’ÖVP, du SPÖ et du NEOS, ne propose aucune solution crédible face à l’inflation, à la récession et aux faillites d’entreprises.
Günter Pröller, conseiller fédéral du FPÖ
Le chancelier Christian Stocker a reconnu l’existence de facteurs externes, tels que la conjoncture économique internationale difficile et la flambée des prix de l’énergie, sur lesquels l’Autriche n’a qu’une influence limitée. Il a cependant insisté sur la poursuite des réformes structurelles pour stimuler la croissance économique à long terme, convaincu que cette approche permettra de maîtriser l’inflation. Il a également souligné que le budget n’était pas hors de contrôle et a critiqué les appels du FPÖ à de nouvelles élections, les jugeant dénués de réalisme.
Le chancelier a défendu l’approche du gouvernement en matière de retraites et de salaires, affirmant qu’elle avait été largement négociée et ne constituait pas une rupture de confiance. Il a également mis en garde contre l’illusion d’un retour au gaz russe bon marché, soulignant que Moscou avait utilisé cette ressource comme arme politique. Il a justifié la nécessité de mettre fin à la dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie.
Le gouvernement a mis en place diverses mesures, dont les premiers effets positifs sont déjà visibles, selon le chancelier. Les prévisions économiques tablent sur une croissance modeste cette année, et même une progression de 1 à 2 % l’année prochaine. Toutefois, l’évolution de l’inflation reste préoccupante, et le gouvernement a identifié ce problème comme une priorité lors de sa réunion de début septembre.
Le chancelier a évoqué les différents facteurs contribuant à la hausse des prix, notamment l’augmentation des coûts de l’énergie, des salaires dans les services et les mauvaises récoltes. Il a rappelé que les gouvernements précédents de l’ÖVP avaient réussi à augmenter le revenu disponible réel des ménages, en particulier pour les plus modestes.
Des mesures sont également prévues pour freiner les prix de l’énergie et des loyers, notamment un renforcement du droit de la concurrence et une lutte contre la « shrinkflation » (réduction de la quantité de produit sans baisse de prix). Le gouvernement envisage également la création d’une alliance pour des prix équitables dans le secteur alimentaire et étudie la possibilité de réduire la TVA sur les denrées alimentaires.
Cependant, le gouvernement souhaite s’éloigner des mesures de soutien coûteuses et des interventions sur le marché, qui n’ont eu qu’un effet temporaire. Il privilégie une approche axée sur les réformes structurelles, estimant que l’inflation ne peut être vaincue qu’avec davantage d’emplois et de croissance économique. Des mesures sont également prévues pour améliorer la compétitivité des entreprises, réduire la bureaucratie et alléger la charge fiscale des petites entreprises.
Le gouvernement investit également dans la formation et le perfectionnement des travailleurs, et encourage le maintien en emploi des seniors grâce à un nouveau modèle. Il estime que les mesures prises contre l’immigration illégale portent leurs fruits, mais souligne la nécessité d’un système réglementé de migration légale pour faire face à la pénurie de travailleurs qualifiés.
Marlies Steiner-Wieser (FPÖ) a critiqué la réponse du chancelier, la qualifiant de « polémiques et de vains mots ». Elle a dénoncé un décalage entre les déclarations du gouvernement sur le budget, l’interdiction d’asile et la lutte contre le chômage et la réalité vécue par de nombreux Autrichiens. Elle a également critiqué l’aide financière indirecte à l’Ukraine, qu’elle juge contraire à la neutralité autrichienne et préjudiciable aux finances publiques.
Sandra Jäckel (FPÖ) a dénoncé une perte de pouvoir d’achat pour de nombreux fonctionnaires en raison du nouveau règlement salarial, estimant que le syndicat de la fonction publique avait été « dupé ». Ces critiques ont été reprises par d’autres conseillers fédéraux libéraux.
Harald Himmer (ÖVP) a salué la clarté de l’exposé du chancelier, soulignant que les plans d’aide précédents n’avaient pas suffisamment stimulé l’économie. Il a mis en avant le manque de concurrence et la forte demande de services comme facteurs contribuant à la hausse des prix.
Sebastian Stark (ÖVP) a critiqué le manque de compréhension économique du FPÖ, expliquant que la récente augmentation du prix du café était due à de mauvaises récoltes. Il a souligné que le gouvernement avait réussi à briser la spirale salaires-prix grâce à des accords responsables et consensuels.
Manfred Mertel (SPÖ) a insisté sur l’importance d’investir dans l’éducation, même en période de restructuration budgétaire, et a exprimé sa confiance dans la capacité du chancelier et du ministre des Finances à prendre les bonnes décisions.
Christoph Matznetter (SPÖ) a salué la volonté du chancelier de mettre en œuvre des réformes structurelles et a plaidé pour le maintien du partenariat social, qui a fait ses preuves dans la situation actuelle.
Elisabeth Kittl (Verts) a regretté la suppression du bonus climatique et du ticket climatique, estimant qu’ils avaient favorisé la mobilité des ménages à faible revenu. Elle a plaidé pour une répartition plus équitable de la charge fiscale.
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