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Publié le 9 octobre 2025 17:22:00. Rolex intensifie sa stratégie de vente directe en rachetant des distributeurs et en réduisant drastiquement son réseau de détaillants, une révolution qui bouleverse le marché horloger mondial et pénalise les commerçants indépendants.

  • Le secteur horloger se fracture entre les boutiques autorisées à vendre des marques de luxe comme Rolex et Patek Philippe, et celles qui se contentent de marques moins prestigieuses, avec des écarts de chiffre d’affaires considérables.
  • Rolex, moteur de ce changement, a racheté le détaillant Bucherer et réduit massivement le nombre de ses revendeurs, tandis que Patek Philippe continue de privilégier les magasins traditionnels.
  • De nombreux revendeurs perdent leur licence Rolex, signalant une transition fondamentale vers la vente directe par le fabricant.

Le monde du luxe horloger est en pleine mutation. Rolex, fleuron de l’horlogerie suisse, redessine les contours de sa distribution, au détriment de nombreux détaillants indépendants. L’acquisition du groupe Bucherer, l’un des plus grands distributeurs de montres et de bijoux au monde, n’est que le premier signe d’une stratégie ambitieuse visant à contrôler davantage la vente de ses produits.

L’écart entre les boutiques proposant des marques de prestige et les autres se creuse de manière alarmante. Une analyse du magazine spécialisé Watchpro révèle qu’en Grande-Bretagne, les boutiques vendant Rolex ou Patek Philippe réalisent un chiffre d’affaires annuel moyen de 6,4 millions de livres sterling (environ 7,6 millions de francs suisses), contre seulement 1,1 million de livres (environ 1,3 million de francs suisses) pour les autres. Cette disparité illustre la dépendance croissante des détaillants à l’égard des marques les plus convoitées.

La fin d’un modèle ?

Cette tendance se fait également sentir en Suisse, où des enseignes traditionnelles comme Les Ambassadeurs connaissent des difficultés financières, notamment en raison de l’absence des marques de luxe dans leurs vitrines. De plus en plus de marques horlogères, après des décennies de collaboration, choisissent de privilégier la vente directe aux consommateurs.

Patek Philippe est un exemple frappant. Sa boutique londonienne est désormais considérée comme le magasin de montres le plus performant du Royaume-Uni, avec un chiffre d’affaires annuel impressionnant de 83 millions de livres sterling (environ 98 millions de francs suisses), surpassant largement les meilleurs revendeurs Rolex-Patek Philippe.

Rolex accélère la cadence

Alors que Patek Philippe continue de s’appuyer majoritairement sur le réseau de distribution traditionnel, Rolex adopte une approche radicalement différente. Selon des estimations de Morgan Stanley et de Luxeconsult, le géant genevois a engagé une politique de réduction massive de son réseau de revendeurs et de développement de ses propres canaux de vente. uhrenkosmos.com a récemment souligné cette évolution.

Le rachat du détaillant Bucherer, le plus important partenaire commercial de Rolex, a envoyé un signal fort : la vente directe est l’avenir. Les conséquences de cette stratégie se font déjà sentir à l’échelle mondiale.

En Australie, par exemple, la famille Kennedy, propriétaire du groupe Kennedy Watches & Jewellery, a vendu sa licence Rolex, comprenant quatre succursales et son stock, à la société singapourienne The Hour Glass pour l’équivalent de 50 millions de francs suisses, comme le rapporte la «Australian Financial Review». James Kennedy, le fondateur, a justifié cette décision en expliquant :

« C’est le bon moment, car Rolex pourrait à tout moment passer à la vente directe. »

Ce retrait volontaire d’une activité lucrative témoigne de l’incertitude qui règne parmi les anciens partenaires de Rolex. Kennedy mise désormais sur des marques émergentes comme Moser et MB&F.

40 boutiques Rolex fermeront leurs portes en Allemagne

En Allemagne, Rolex va encore plus loin. Quarante boutiques sont appelées à perdre leur licence d’ici la fin de l’année prochaine. Le joaillier Rüschenbeck, partenaire de longue date de la marque, est particulièrement touché. Rolex construit actuellement sa propre boutique de plusieurs étages sur la Königsallee à Düsseldorf, en plein cœur de l’ancien réseau de partenaires.

L’expert du secteur Oliver Müller explique à «bilan» :

« Rolex a réduit son réseau de revendeurs d’environ 20 % au cours des cinq dernières années, pour atteindre actuellement 1 250 points de vente. À moyen terme, il y en aura moins de 1 000, et à long terme, un maximum de 800. »

À l’avenir, environ la moitié de ces points de vente seront gérés par Bucherer ou d’autres canaux de distribution propres à Rolex. Même pour les commerçants restants, la situation se complique, car Rolex privilégiera probablement ses propres magasins pour la vente des modèles les plus prisés.


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31 octobre 2024

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Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.
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