Publié le 10 octobre 2025 18h00:00. La Salt Lake Acting Company (SLAC) propose une pièce audacieuse qui explore les complexités de l’amitié féminine après la cinquantaine, remettant en question les attentes sociales et les conventions morales.
- La production de Le colocataire de Jen Silverman, mise en scène par Teresa Sanderson, interroge l’importance de la sympathie et de l’identification chez les personnages.
- Dee-Dee Darby-Duffin et Annette Wright offrent des performances remarquables, incarnant des femmes qui refusent de disparaître avec l’âge.
- La pièce aborde des thèmes sombres avec humour, invitant le public à remettre en question ses propres préjugés et à accepter l’ambiguïté des relations humaines.
La Salt Lake Acting Company (SLAC) a inauguré sa 54e saison avec une production captivante de Le colocataire, une pièce de Jen Silverman qui déconstruit les stéréotypes sur les femmes d’âge mûr. La mise en scène de Teresa Sanderson, elle-même actrice accomplie, donne vie à cette histoire avec une énergie et une sensibilité remarquables.
Dee-Dee Darby-Duffin interprète Sharon, une femme d’une cinquantaine d’années vivant dans l’Iowa, qui décide d’accueillir une colocataire pour améliorer sa situation financière. Sharon, solitaire et peu loquace, semble en quête constante de connexion, multipliant les appels à son fils, souvent sans succès. L’arrivée de Robyn, interprétée par Annette Wright, bouleverse sa vie.

Robyn, originaire du Bronx, est l’antithèse de Sharon. Elle est réservée, mystérieuse et déterminée à cacher son passé. Annette Wright excelle à incarner cette complexité, laissant entrevoir les secrets et les regrets de son personnage. Malgré leurs différences, Sharon est attirée par Robyn et aspire à une amitié sincère. Les deux actrices exploitent avec brio le potentiel comique de cette relation improbable, tout en suggérant les tensions et les dangers qui se cachent sous la surface.
Au fur et à mesure que Sharon parvient à briser les barrières de Robyn, des révélations surprenantes émergent. L’inquiétude initiale de Sharon se transforme en une audace nouvelle, une soif de liberté qu’elle n’avait jamais connue auparavant. Leur amitié se forge non pas dans la douceur, mais dans le frisson de transgresser les normes morales et éthiques. Cependant, Robyn commence à regretter ses nouvelles aventures, car elle cherchait à fuir son passé en venant dans l’Iowa. Sharon, quant à elle, est prête à aller toujours plus loin, mettant ainsi leur amitié en péril. Les interprétations nuancées de Darby-Duffin et Wright donnent une profondeur et une crédibilité saisissantes à ces personnages.

Dans une interview, Jen Silverman explique :
« Cela ne me dérange pas quand j’écris parce que je m’intéresse à la façon dont les gens sont imparfaits et compliqués, contradictoires et épineux – comment les gens sont réellement des gens. »
Silverman remet en question l’idée que les personnages doivent être sympathiques ou auxquels on peut s’identifier. Elle encourage le public à accepter l’ambiguïté et à avoir plusieurs pensées en même temps. Cette production de la SLAC réussit pleinement à traduire cette intention, en donnant vie à des personnages complexes et imparfaits. Comme le souligne Rebecca Mead dans un essai publié dans le New Yorker :
« Si le concept d’identification suggérait qu’un individu expérimente une œuvre comme un miroir dans lequel il pourrait se reconnaître, la notion de relativité implique que l’œuvre en question sert comme un selfie : une confirmation flatteuse du solipsisme d’un individu. »
La SLAC signe avec cette production un début de saison brillant, à la fois drôle et profondément instructif. Le colocataire est à voir jusqu’au 26 octobre. Pour plus d’informations et pour réserver vos billets, consultez le site web de la Salt Lake Acting Company.