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La faillite d’une entreprise qui a ébranlé Wall Street : des milliards de dollars manquants et des géants financiers touchés

Publié le 26 octobre 2023. La faillite du fabricant de pièces automobiles First Brands a révélé des milliards de dollars de pertes inattendues pour les banques et les fonds d'investissement, soulevant des inquiétudes quant à l'opacité des pratiques…

La faillite d’une entreprise qui a ébranlé Wall Street : des milliards de dollars manquants et des géants financiers touchés

Publié le 26 octobre 2023. La faillite du fabricant de pièces automobiles First Brands a révélé des milliards de dollars de pertes inattendues pour les banques et les fonds d’investissement, soulevant des inquiétudes quant à l’opacité des pratiques financières et aux risques systémiques dans le secteur du crédit privé.

  • La faillite de First Brands, basée à Cleveland, Ohio, a laissé des créanciers internationaux avec des pertes estimées à plusieurs milliards de dollars.
  • Des acteurs majeurs du système financier mondial, tels que Jefferies, UBS et BlackRock, figurent parmi les plus touchés.
  • L’affaire met en lumière des pratiques financières opaques et l’utilisation abusive de garanties, notamment des factures utilisées à plusieurs reprises pour obtenir du financement.

L’effondrement de First Brands a pris les marchés financiers par surprise. Des documents judiciaires révèlent que jusqu’à 2,3 milliards de dollars d’actifs semblent avoir « simplement disparu », selon des sources proches du dossier. L’entreprise, qui employait 26 000 personnes et affichait un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars l’année dernière, avait connu une croissance rapide au cours de la dernière décennie grâce à l’acquisition de 15 concurrents, dont des marques connues comme Dynatrade et Autolite. Cette expansion s’est cependant appuyée sur une structure de dette complexe et opaque, qui a fini par s’effondrer lorsque les créanciers ont exigé plus de transparence sur les finances de l’entreprise.

Jefferies, la banque d’investissement new-yorkaise qui a structuré une grande partie du financement de First Brands, est particulièrement affectée. Sa filiale, Point Bonita Capital, a fourni 715 millions de dollars pour financer les stocks de détaillants tels que Walmart et Advance Auto Parts. L’entité a indiqué qu’elle n’avait pas reçu de paiements pour ces prêts depuis le 15 septembre et qu’elle enquêtait sur l’utilisation potentielle des fonds pour rembourser d’autres dettes. L’action Jefferies a chuté de 17 % la semaine dernière, bien que l’entreprise affirme que son exposition a été « exagérée par beaucoup ».

UBS, la banque suisse, est également lourdement touchée, avec des fonds privés réclamant plus de 500 millions de dollars. BlackRock, un autre géant de la gestion d’actifs, a acheminé ses ressources par l’intermédiaire d’un tiers et fait également partie des créanciers, sans toutefois préciser le montant exact de son exposition. D’autres fonds, tels que CarVal et Ellington Management Group, ainsi que des dizaines de prêteurs privés et de fonds spéculatifs, sont également concernés. Même les branches financières de Ford Motor et General Motors figurent parmi les créanciers, bien que General Motors assure ne pas anticiper « d’interruptions significatives » dans ses opérations.

Le cas de First Brands a mis en évidence des pratiques financières opaques qui inquiètent le secteur. L’entreprise avait accumulé 6 milliards de dollars de dettes à haut risque inscrites à son bilan, un chiffre important mais pas inhabituel à Wall Street. Cependant, la véritable source d’inquiétude réside dans la découverte de milliards de dollars de dettes non déclarées, dissimulées à travers un réseau complexe d’entités juridiques et d’engagements croisés avec divers prêteurs de crédit privé, dont certains sont liés à Jefferies.

Un des mécanismes les plus controversés était l’utilisation de factures comme garantie pour obtenir du financement. Bien que ce type de prêt à court terme soit courant, les créanciers ont découvert que First Brands avait engagé les mêmes paiements auprès de plusieurs prêteurs, multipliant artificiellement la valeur des garanties. Ces accords hors bilan permettaient aux créanciers d’ignorer le fait que les mêmes factures étaient utilisées à plusieurs reprises. Lorsque l’entreprise a tenté de refinancer sa dette cet été, le manque de transparence et la complexité de sa structure financière ont été révélés, précipitant son effondrement.

La réaction à Wall Street et dans le secteur financier a été immédiate. Plus de 500 personnes étaient liées à la première audience judiciaire, selon le juge en charge de l’affaire. Cette situation relance le débat sur les risques liés au crédit privé, un marché en pleine expansion au cours de la dernière décennie grâce à l’entrée de fonds de pension, de dotations universitaires et d’autres investisseurs institutionnels majeurs. Contrairement aux banques traditionnelles, les prêteurs privés opèrent avec moins de surveillance et peuvent prendre des risques plus importants, ce qui a favorisé la prolifération de pratiques opaques et de structures financières difficiles à retracer.

Le contexte réglementaire a également contribué à cet essor. Les récentes modifications réglementaires aux États-Unis ont autorisé les régimes de retraite 401(k) à investir dans des fonds de capitaux privés qui accordent du crédit aux entreprises, augmentant ainsi l’exposition de l’épargne des travailleurs à ce type de risque. Les défenseurs de First Brands attribuent la faillite à des facteurs macroéconomiques et aux tarifs imposés pendant l’administration Trump, qui auraient augmenté les coûts d’importation. Les avocats de l’entreprise nient toute faute et soutiennent que la baisse est due à des circonstances indépendantes de la volonté de la direction. De leur côté, les créanciers qualifient la structure financière de l’entreprise de « boîte noire » et reconnaissent qu’« il y a beaucoup de choses que nous ignorons, pour être franc ».

L’affaire First Brands est un avertissement pour le secteur financier sur les dangers de l’opacité et du manque de réglementation dans le secteur du crédit privé. L’attention se porte désormais sur la possibilité que d’autres entreprises du secteur automobile soient confrontées à des difficultés similaires, laissant les investisseurs et les analystes en haleine face à la perspective de nouvelles turbulences sur le marché.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.