Le projet de revitalisation du quartier Otto-Langen, dans le sud de Mülheim à Cologne, est au point mort. L’échec d’une procédure de vente lancée par l’État du Nord-Rhénanie-Westphalie (NRW) en raison d’un manque d’intérêt, reporte de plusieurs années le développement de ce site industriel historique.
Jamestown, un promoteur immobilier basé à Cologne, était le seul candidat à avoir manifesté un intérêt pour transformer l’ancien complexe industriel en un nouveau quartier mêlant logements et bureaux à l’échelle européenne. L’entreprise a finalement renoncé à ses plans, comme elle l’a confirmé en répondant à une question : « Nous n’allons pas donner suite à ce projet. »
L’abandon de Jamestown est un coup dur pour la ville de Cologne, qui avait de grandes ambitions pour ce terrain de 53 000 mètres carrés (soit près de sept fois la superficie de la cathédrale de Cologne). La municipalité avait même acquis une partie du terrain et élaboré un plan de développement axé sur l’intérêt général, prévoyant initialement la construction de 400 nouveaux logements.
La situation est d’autant plus préoccupante que le site possède une valeur historique significative : c’est ici que le premier moteur à gaz au monde a été construit. Plusieurs bâtiments sont classés monuments historiques et pourraient jouer un rôle clé dans le développement urbain de Cologne.
La complexité de la propriété constitue un obstacle majeur. Le terrain est divisé entre trois propriétaires différents : NRW Urban, filiale de l’État, qui détient 45 647 mètres carrés, la ville de Cologne (6 069 mètres carrés) et le promoteur berlinois Gateway Real Estate (6 925 mètres carrés de terrain vacant). Gateway Real Estate n’a pas répondu aux sollicitations concernant ce dossier.
La limite entre les terrains de l’État et de la ville traverse le cœur même des anciens bâtiments administratifs de Klöckner-Humboldt-Deutz (KHD), rendant le développement particulièrement difficile. Les acteurs impliqués s’accordent à dire qu’un seul propriétaire serait nécessaire pour mener à bien le projet, afin d’éviter des négociations constantes entre plusieurs parties.
Le plan initial prévoyait la préservation des monuments historiques, complétés par de nouvelles constructions, afin de créer un quartier dynamique, polyvalent et urbain, répondant au besoin urgent de logements à Cologne. Des commerces, des bureaux et des espaces dédiés à des activités culturelles, sociales et communautaires, notamment une crèche, devaient également y être intégrés.
Jamestown avait initialement manifesté son intérêt pour développer ce projet conformément aux attentes de la ville. En juin 2021, l’entreprise avait même acquis un bâtiment allongé le long de la Deutz-Mülheimer-Straße pour 21 millions d’euros, avant que la ville n’exerce son droit de préemption. Christoph Kahl, fondateur de Jamestown, avait alors déclaré : « La ville est désormais confrontée à un défi de taille pour parvenir à un résultat satisfaisant. »
La procédure de vente lancée en février 2023, après plusieurs reports, a finalement échoué. La date limite de dépôt des offres, fixée au 27 août 2023, n’a suscité qu’une seule candidature : celle de Jamestown, selon Fabian Spindler, successeur de Christoph Kahl. Le ministère de la Construction de l’État a donc déclaré que « la procédure de vente est annulée faute de concurrence. »
L’avenir du quartier Otto-Langen reste incertain. Le ministère a indiqué qu’une décision concernant les prochaines étapes serait prise après le 29 septembre 2025, sans toutefois fournir de détails supplémentaires. Jamestown a confirmé en début de semaine avoir abandonné le projet.
La ville de Cologne envisage-t-elle d’acquérir la partie du terrain appartenant à l’État ? Un porte-parole de la ville a déclaré que « des discussions avec NRW Urban sont prévues à ce stade. » La ville avait déjà tenté de convaincre le gouvernement d’État de lui vendre le terrain, comme en témoigne une lettre adressée en janvier 2024 à la ministre de la Construction, Ina Scharrenbach (CDU), dans laquelle le responsable du développement urbain, Markus Greitemann, exprimait le « souhait politique général d’acquérir directement les terrains appartenant à l’État afin de maîtriser le développement de ce site essentiel pour la ville. »
Ina Scharrenbach a toutefois répondu que la ville ne pourrait acquérir le terrain que si celui-ci était entièrement destiné à des fins communales ou à des logements sociaux, une condition incompatible avec les projets de développement commercial envisagés, notamment le long de l’Auenweg, à proximité du port de Mülheim, où des zones de sécurité sont nécessaires en raison de la présence de navires transportant des matières dangereuses.
Actuellement, la partie du terrain appartenant à la ville est louée à des artistes et à des initiatives culturelles pour une période de dix ans, avec l’espoir qu’ils puissent y rester sur le long terme. L’association Raum13, qui avait déjà occupé les lieux sous l’égide de l’ancien propriétaire, a récupéré les clés de la partie sud de l’ancien siège de KHD et travaille à sa préservation et à son ouverture au public. L’association Zwischendrin a également obtenu un bail pour la partie nord du bâtiment. En attendant, la majeure partie du terrain appartenant à l’État continue de se dégrader.
La détérioration des bâtiments a déjà eu des conséquences sur la circulation à Cologne. L’Auenweg a été complètement fermé à la circulation entre avril et juillet, obligeant la KVB (compagnie de transport en commun) à dévier ses lignes de bus. Un pignon de l’ancienne usine s’était avéré instable, ainsi que le mur le long de la rue, qui présentait un danger. NRW Urban remplace actuellement ce mur par une nouvelle construction, assurant qu’il dispose de « fonds suffisants pour sécuriser les monuments historiques et le terrain. » Le maintien de ces bâtiments sans perspective claire représente donc un coût pour l’État.