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Le rallye du dollar américain n’est pas un incident, mais il aura du mal à s’accélérer

Les marchés financiers revoient leurs positions sur le dollar américain, mais une nouvelle appréciation pourrait s'avérer difficile sans signes tangibles d'un assouplissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed). L'attention se porte désormais sur la…

Le rallye du dollar américain n’est pas un incident, mais il aura du mal à s’accélérer

Les marchés financiers revoient leurs positions sur le dollar américain, mais une nouvelle appréciation pourrait s’avérer difficile sans signes tangibles d’un assouplissement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed). L’attention se porte désormais sur la publication imminente des chiffres de l’emploi au Canada et, plus crucialement, sur le rapport américain sur l’indice des prix à la consommation (IPC) la semaine prochaine, qui pourrait valider un possible abaissement des taux d’intérêt en octobre.

Le dollar retrouve actuellement un attrait en tant que valeur refuge, un phénomène renforcé par les incertitudes géopolitiques et économiques récentes, notamment en France et au Japon. Si d’autres actifs considérés comme des valeurs refuges, comme le franc suisse et le yen japonais, connaissent également des difficultés, le dollar ne s’impose pas encore comme le choix privilégié des investisseurs. La fermeture partielle de l’administration américaine pourrait également jouer en faveur du dollar en évitant la publication de données économiques américaines potentiellement négatives.

Néanmoins, les analystes estiment que la hausse actuelle du dollar est excessive et que de nouveaux gains pourraient être difficiles à maintenir. La performance du yen, qui surpasse toutes les autres devises du G10 à l’exception du dollar, suggère que le mouvement de rotation des investissements financés en dollars vers des stratégies financées en yens n’est pas encore massif. Les mouvements observés hier sont davantage interprétés comme une réaction typique à une aversion au risque généralisée.

Concernant la situation politique aux États-Unis, l’impasse bipartite se poursuit. Cependant, le Bureau of Labor Statistics a rappelé son personnel pour préparer le rapport sur l’IPC de septembre, dont la publication est prévue mercredi. Les prévisions tablent sur une augmentation de 0,3 % sur un mois, un chiffre qui pourrait ouvrir la voie à une baisse des taux d’intérêt lors de la réunion de la Fed du 29 octobre.

Le dollar pourrait consolider ses gains dans l’immédiat, mais reste vulnérable à une correction. Une nouvelle flambée du dollar risquerait de le distancer de manière significative des niveaux justifiés par les différentiels de taux d’intérêt à court terme.

En parallèle, les investisseurs surveilleront attentivement les données sur l’emploi au Canada, qui seront publiées aujourd’hui. Les prévisions anticipent une nouvelle augmentation du taux de chômage, atteignant 7,2 %, ce qui pourrait inciter la Banque du Canada à envisager une nouvelle baisse des taux d’intérêt avant la fin de l’année. Le marché anticipe déjà une baisse de 25 points de base en décembre, mais la possibilité d’une réduction en octobre est actuellement évaluée à 50-50 (soit 11 points de base intégrés dans les prévisions). Un chiffre décevant aujourd’hui pourrait alimenter les spéculations sur une baisse des taux en octobre et exercer une pression à la baisse sur le dollar canadien.

Le dollar canadien a bénéficié cette semaine de sa corrélation étroite avec le dollar américain, mais sa position reste fragile. Seule une amélioration concrète des relations entre le Canada et les États-Unis pourrait stabiliser la devise canadienne.

En France, l’annonce du nom du nouveau Premier ministre est attendue aujourd’hui. Si le soulagement du marché suite aux événements politiques de mercredi a été bref, le retour du spread entre les obligations d’État françaises (OAT) et les obligations allemandes (Bund) à son plus bas niveau depuis les années 1980 est notable. Cependant, les marchés financiers, tournés vers l’avenir, restent prudents et ne voient pas de marge d’optimisme significative.

Malgré l’engagement du Premier ministre sortant, Gabriel Lecornu, à respecter les obligations budgétaires de la France, le soutien politique reste perçu comme faible. Les implications à court terme pour l’euro semblent limitées, mais une annonce positive concernant le nouveau Premier ministre pourrait apporter un léger soutien à la devise européenne. Si les données sur l’emploi aux États-Unis s’avèrent plus faibles que prévu et que le rapport sur l’IPC de la semaine prochaine confirme la possibilité d’une baisse des taux de la Fed en octobre, les risques politiques français pourraient se propager aux obligations européennes, exerçant une pression à la baisse sur l’euro. À ce stade, ce scénario ne semble pas probable, car la vigilance des marchés incite généralement les partis politiques à adopter une approche plus prudente en matière budgétaire.

Si l’euro/dollar subit une nouvelle baisse, les investisseurs pourraient intervenir pour acheter à des niveaux proches de 1,150, ce qui représenterait une sous-évaluation de plus de 2 % par rapport au modèle à court terme, à moins que cela ne s’accompagne d’un élargissement des spreads en faveur du dollar. Un retour à 1,170 reste la préférence des analystes, bien que ce mouvement ne soit pas attendu sans difficultés.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.