Publié le 13 octobre 2025 à 07h43. Ottawa espère conclure des accords commerciaux sectoriels avec Washington, misant sur la nécessité pour le président Trump d’afficher des victoires avant les élections de mi-mandat, alors que les tensions commerciales persistent, notamment dans les secteurs de l’acier et de l’automobile.
- Le Canada et les États-Unis progressent dans les négociations commerciales, en particulier concernant l’acier, l’aluminium et l’énergie.
- Le Premier ministre canadien a rencontré Donald Trump à la Maison Blanche, mais est rentré les mains vides malgré des promesses d’un résultat positif.
- Des inquiétudes croissantes concernant les potentielles mesures américaines visant à favoriser l’industrie automobile américaine au détriment des emplois canadiens.
Le Canada estime se rapprocher d’accords commerciaux ciblés avec les États-Unis, une stratégie basée sur l’anticipation du besoin de succès politiques du président Donald Trump à l’approche des élections de mi-mandat de l’année prochaine. Mélanie Joly, ministre canadienne de l’Industrie, qui accompagnait le Premier ministre lors de sa visite à Washington cette semaine, a souligné des avancées notables dans les discussions, particulièrement dans le domaine de l’acier, un secteur durement touché par les tarifs américains.
« Si nous ne prenons pas de mesures à court terme pour l’acier, nous risquons de perdre nos usines », a déclaré Mme Joly au Financial Times. « Actuellement, les discussions avec les États-Unis portent sur l’acier, l’aluminium et l’énergie. » Selon elle, les États-Unis ciblent les industries sidérurgiques étrangères dans le but de protéger leur propre production, tout en ayant mis en œuvre une série de mesures antidumping, notamment des droits de douane à l’encontre de la Chine.
Le Premier ministre s’est rendu mardi à Washington pour des entretiens avec Donald Trump, leur deuxième rencontre dans le Bureau Ovale. L’objectif était de rétablir les relations bilatérales et de préserver une relation commerciale d’une valeur de 1 300 milliards de dollars, menacée par les tarifs douaniers américains. Deux sources gouvernementales canadiennes présentes à Washington ont indiqué au Financial Times que le Premier ministre a passé environ 20 minutes seul avec le président Trump pour souligner l’importance du Canada en tant qu’allié sécuritaire et partenaire commercial pour les États-Unis.
Malgré les promesses de Donald Trump de voir le Premier ministre quitter la réunion « très heureux », ce dernier est rentré à Ottawa sans accord concret. Dominic LeBlanc, ministre canadien responsable du commerce avec les États-Unis, a toutefois déclaré aux journalistes que les deux dirigeants avaient demandé à leurs équipes de « conclure rapidement des accords », ce qu’il a interprété comme un signe d’avancée.
Catherine Cobden, présidente de l’Association canadienne des producteurs d’acier (ACPS), s’est dite encouragée par la reconnaissance du rôle crucial de l’acier canadien dans la sécurité nationale et économique de l’Amérique du Nord. Selon l’ACPS, le secteur représente une valeur de 15 milliards de dollars canadiens (11 milliards de dollars américains), emploie 23 000 personnes et soutient 100 000 emplois indirects supplémentaires.
Mme Joly a toutefois exprimé de vives inquiétudes face aux déclarations américaines concernant un éventuel renforcement de l’industrie automobile américaine au détriment du Canada.
« Soyez très clair sur l’automobile, nous nous battrons pour chaque emploi car ce sont nos emplois. »
Mélanie Joly, ministre canadienne de l’Industrie
Des constructeurs tels que Ford, GM et Stellantis peuvent se prévaloir d’une coopération transfrontalière de plus de 100 ans, incluant un « pacte automobile » de 1965 qui réduisait les droits de douane sur les produits automobiles échangés entre les deux pays.
L’industrie automobile est actuellement régie par l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), dont la révision est prévue l’année prochaine. Lors de la réunion de mardi à la Maison Blanche, Donald Trump a affirmé qu’il s’agissait d’une « situation difficile parce que nous voulons fabriquer nos voitures ici ». Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, a tenu des propos similaires lors d’un sommet canado-américain organisé par le groupe Eurasia.
Brian Kingston, président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, a souligné que ces commentaires s’inscrivaient dans le cadre des négociations commerciales et rappelaient ceux tenus en 2017, lors du premier mandat de Donald Trump. Il a également mis en avant un récent rapport du Center for Automotive Research, un groupe de réflexion américain, qui estime que les droits de douane américains coûtent 150 milliards de dollars à l’industrie automobile américaine.
« Si un allégement tarifaire immédiat n’est pas accordé, le seul résultat sera une hausse des prix des voitures, une baisse des ventes et une baisse de la production aux États-Unis. »
Brian Kingston, président de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules
John D’Agnolo, président de la section locale 200 du syndicat Unifor, représentant environ 2 000 travailleurs des usines de moteurs Ford à Windsor, en Ontario, a exprimé sa crainte de pertes d’emplois en raison de l’impact des tarifs douaniers.
« Le Premier ministre doit comprendre que s’il conclut un accord qui sacrifie l’industrie automobile, il se retrouvera dans un sacré combat avec nous. »
John D’Agnolo, président de la section locale 200 du syndicat Unifor