Publié le 13 octobre 2025 à 11h14. Alors que le Prix Nobel de la paix 2025 a été attribué à la leader de l’opposition vénézuélienne María Corina Machado, l’absence de Donald Trump, qui s’était activement porté candidat, soulève des questions sur les critères d’attribution et le rôle de la politique internationale dans cette décision.
- María Corina Machado a reçu le Prix Nobel de la paix pour son combat en faveur de la démocratie au Venezuela.
- Donald Trump, qui espérait obtenir le prix, n’a pas été retenu, malgré ses affirmations d’avoir contribué à résoudre plusieurs conflits.
- Le processus d’attribution du prix Nobel de la paix 2025 a été marqué par un lobbying intense en faveur de Donald Trump.
L’annonce du Prix Nobel de la paix 2025 a surpris de nombreux observateurs. La récompense a été décernée à María Corina Machado, figure de proue de l’opposition vénézuélienne, « pour son travail inlassable en faveur des droits démocratiques du peuple vénézuélien et pour sa lutte pour parvenir à une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie », selon le comité Nobel norvégien. Son courage face au régime de Nicolás Maduro est largement reconnu, mais certains s’interrogent sur la correspondance de son profil avec les critères définis par Alfred Nobel dans son testament.
Ce testament stipule que le prix doit récompenser « la personne qui aura accompli le plus ou le meilleur travail pour la fraternité entre les nations, l’abolition ou la réduction des armées permanentes, et pour la tenue et la promotion des congrès de paix ». Le processus entourant l’attribution du prix cette année a été inhabituel, caractérisé par un lobbying ouvert en faveur d’un candidat en particulier : Donald Trump. L’ancien président américain n’a pas hésité à faire pression pour obtenir cette distinction, allant jusqu’à évoquer ses succès diplomatiques lors de son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU le 23 septembre, où il a affirmé avoir « résolu sept guerres » le 19 août.
Ces affirmations ont été largement contestées. Des cessez-le-feu précaires, plutôt que des résolutions définitives, sont les résultats les plus concrets obtenus par Trump dans les conflits où il est intervenu. Cela n’aurait pas nécessairement disqualifié sa candidature, le prix pouvant récompenser les efforts, mais ses chances étaient amoindries, notamment en raison de la date limite de dépôt des candidatures, fixée au 31 janvier, suivie de l’élaboration d’une liste restreinte et des délibérations.
Au moment de la clôture des nominations, le président américain avait contribué à un cessez-le-feu temporaire dans la guerre de Gaza, mais la plupart de ses autres déclarations n’avaient pas encore abouti. L’attribution du prix à María Corina Machado rappelle que le comité Nobel n’hésite pas à faire des choix controversés. Henry Kissinger, par exemple, a reçu le prix en 1973 pour avoir négocié la fin de la guerre du Vietnam, bien que son action ait été marquée par des bombardements dévastateurs, notamment au Cambodge. Plus récemment, Abiy Ahmed Ali s’est vu décerner le prix en 2019 pour ses efforts de paix avec l’Érythrée, avant de sombrer dans une guerre civile au Tigré, qui a causé la mort de centaines de milliers de civils.
Comparé à ces précédents, le bilan de Trump apparaît plus fragile. Si l’on compare avec d’autres présidents américains lauréats, Théodore Roosevelt a été récompensé pour avoir négocié la fin de la guerre russo-japonaise, Woodrow Wilson pour la fondation de la Société des Nations, et Jimmy Carter pour ses décennies de travail en faveur de la résolution pacifique des conflits.
Bien qu’il puisse être crédité de certains succès temporaires, Trump ne possède pas un palmarès irréprochable en matière de pacification. Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, il a menacé d’annexer le Groenland et d’intégrer le Canada, a autorisé Israël à bombarder l’Iran et a ordonné des frappes aériennes meurtrières contre des trafiquants de drogue présumés au Venezuela.
Le meilleur espoir issu de cette saga pourrait être que Donald Trump redouble d’efforts pour parvenir à une paix durable. Il a publiquement affirmé avoir mis fin à sept guerres, et il a désormais l’opportunité de consolider ce bilan avec l’accord de cessez-le-feu à Gaza. S’il souhaite rester un candidat crédible pour le prix 2026, il devra éviter que ses affirmations ne soient démenties par les faits. Si, en fin de compte, il parvient à empêcher une reprise des conflits, un service précieux sera rendu à la paix, indépendamment de ses motivations.
Stefan Wolff est professeur de sécurité internationale à l’Université de Birmingham. Cet article a été initialement publié par The Conversation.
Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne représentent ni ne reflètent les opinions de RTÉ.