Publié le 13 octobre 2025 à 12h28. Alors que s’amorce un retrait partiel des troupes israéliennes de la bande de Gaza, des affrontements éclatent entre le Hamas et divers clans locaux, révélant une fragmentation interne palestinienne exacerbée par des années de conflit et de tensions.
- Le début du retrait israélien est marqué par une escalade de la violence entre le Hamas et des clans locaux à Gaza.
- L’assassinat de Saleh Al Jafarawi, un journaliste gazaoui, illustre la complexité et la dangerosité de la situation sécuritaire.
- Des accusations de soutien israélien à certains clans locaux alimentent les suspicions et compliquent les perspectives de paix.
La première phase de libération des otages israéliens, en échange de prisonniers palestiniens détenus par Israël, coïncide avec une dégradation de la situation sécuritaire dans la bande de Gaza. Si le retrait des troupes israéliennes était perçu comme un signe d’apaisement, il a plutôt déclenché une lutte de pouvoir interne entre le Hamas, au pouvoir, et divers clans locaux.
L’un des incidents les plus marquants est l’assassinat de Saleh Al Jafarawi, connu sur les réseaux sociaux sous le nom de « M. Fafo ». Ce journaliste gazaoui a été tué par plusieurs balles lors d’une fusillade entre les forces de sécurité intérieure du Hamas et des membres du clan Doghmush dans la ville de Gaza. Selon des sources locales, le clan Doghmush serait directement responsable de son assassinat. Al Jafarawi avait déjà survécu miraculeusement au bombardement de l’hôpital al-Nasser et avait perdu de nombreux membres de sa famille.
Le retrait des troupes israéliennes a permis à plusieurs clans locaux de lancer des offensives ou de s’engager dans des affrontements avec les quelque 7 000 miliciens et responsables de la sécurité du Hamas déployés dans toute la bande de Gaza. Ces affrontements semblent révéler une confrontation interne palestinienne, exacerbée par des tensions préexistantes. Certains de ces clans seraient soutenus, voire armés, par Tsahal, qui leur fournirait également une forme de « couverture » aérienne lors d’opérations contre le Hamas.
Parmi les principaux clans impliqués figurent les Doghmush, actifs dans les quartiers de Tel Hawa et Sabra, ainsi que le clan Al Mujaida, basé à Khan Younis et historiquement hostile au Hamas. Le clan Khanidak opère également à Khan Younis, aux côtés des hommes dirigés par Hossam Al-Astal. Ce dernier, accusé d’avoir participé au meurtre d’un membre du Hamas en Malaisie en 2018 et exclu des services de l’Autorité palestinienne, a récemment accordé une interview à The Times of Israel dans laquelle il a promis de « combattre le Hamas jusqu’à la mort », tout en admettant avoir reçu le « soutien d’Israël, de certains pays arabes et européens ». Dans la ville de Gaza, le clan Khalas, lié au Fatah, est également accusé de recevoir un soutien opérationnel et des armes de Tsahal.
Une autre formation engagée dans des affrontements avec le Hamas est les « Forces populaires », dirigées par Yasser Abou Shabab, un ancien prisonnier et chef du clan du même nom dans la tribu de Rafah. Les hommes d’Abou Shabab, qui avaient été chargés par Tsahal de « protéger » les convois humanitaires entrant dans la bande de Gaza, sont accusés de les avoir pillés et de bénéficier d’un soutien ouvert de Tsahal pour renforcer leur présence dans les zones où le Hamas est moins implanté. Tel-Aviv a par le passé reconnu avoir « activé » des clans locaux ennemis du Hamas, et des sources israéliennes indiquent qu’Abou Shabab aurait reçu des armes légères saisies au Hamas par Tsahal, en coordination avec Hossam Al-Astal.
Certains observateurs s’interrogent sur la possibilité qu’Israël tente de répéter l’opération menée lors de la guerre civile libanaise (1975-1990), en soutenant des dizaines de groupes de mercenaires et de milices anti-palestiniennes. Il est également important de rappeler que les groupes salafistes et takfiri sont historiquement hostiles au Hamas, en raison de ses origines au sein des Frères musulmans. En 2013, lors du coup d’État en Égypte, les salafistes d’Al Nour se sont rangés du côté d’Al Sissi contre les Frères musulmans.
L’ampleur de ces affrontements et leurs conséquences sur la stabilité de la bande de Gaza restent incertaines. Cependant, ces événements pourraient être liés au plan de Trump qui appelle explicitement au désarmement du Hamas. Moussa Abu Marzouk, un membre du Hamas, a déclaré que le désarmement est une « ligne rouge » et n’est acceptable qu’en échange d’un retrait complet de Tsahal et de la « reconnaissance des droits nationaux palestiniens ». Abu Marzouk a également affirmé que le Hamas pourrait remettre ses armes à un futur État palestinien souverain et reconnu internationalement, à condition que le Hamas n’ait pas nécessairement un rôle politique de premier plan.
Il est possible que le Hamas accepte, à terme, une démilitarisation progressive et partielle, en se concentrant sur certains types d’armes lourdes et offensives. Cependant, il est peu probable qu’il accepte de déposer les armes, notamment les armes légères adaptées à la guérilla urbaine, sans avoir rétabli sa domination interne, sans la garantie d’un cessez-le-feu durable et sans la perspective d’une transition confiée à des acteurs palestiniens.
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