Publié le 2025-10-14 02:00:00. La rivalité économique croissante entre les États-Unis et la Chine redéfinit les équilibres en Asie du Sud-Est, offrant à la région des opportunités d’investissement mais l’exposant également à des pressions et des risques accrus de coercition économique.
- La compétition sino-américaine se caractérise par une interdépendance économique forte, rendant les outils économiques des instruments stratégiques privilégiés.
- Les pays de l’ASEAN sont confrontés à des pressions pour choisir entre les sphères d’influence américaine et chinoise, notamment dans les secteurs technologiques clés.
- La région adopte une stratégie de diversification et de multi-alignement pour atténuer les risques et tirer parti des opportunités offertes par cette nouvelle donne géopolitique.
La concurrence entre Washington et Pékin, qui dépasse le simple affrontement militaire, se manifeste de plus en plus par l’utilisation d’outils économiques. Contrairement à la Guerre froide, où les liens économiques entre les États-Unis et l’Union soviétique étaient limités, les deux plus grandes économies mondiales sont aujourd’hui profondément imbriquées. Cette interdépendance rend les leviers économiques particulièrement efficaces, et leur utilisation s’intensifie, allant de mesures commerciales légitimes, mais potentiellement dommageables, à des formes de coercition économique plus directes.
La Chine, en quête de compétitivité et d’autonomie technologique, et les États-Unis, soucieux de préserver leur leadership économique et leur sécurité nationale, ont tous deux recours à ces instruments. Washington restreint notamment l’accès de la Chine aux technologies de pointe, en ajoutant régulièrement des entreprises, des organisations et des individus chinois à sa liste d’entités, ce qui pourrait perturber la stratégie de mondialisation chinoise. Les droits de douane, prévus par les articles 232 et 301 du Trade Expansion Act, sont également utilisés pour limiter l’accès des produits chinois au marché américain. Si ces mesures peuvent être justifiées par la lutte contre les pratiques commerciales déloyales ou les préoccupations de sécurité nationale, certaines sont perçues comme des tentatives déguisées de coercition économique.
En réponse, la Chine accélère ses efforts pour atteindre l’autosuffisance technologique. Récemment, Pékin a interdit aux entreprises chinoises d’acheter des puces d’intelligence artificielle de Nvidia, et exploite sa position dominante dans la production de terres rares – contrôlant environ 90 pour cent de la production mondiale de ces minéraux essentiels aux technologies de pointe – pour faire pression sur les États-Unis.
L’investissement direct étranger (IDE) est également devenu un outil de rivalité. Les États-Unis s’inquiètent des risques d’espionnage et de vol de propriété intellectuelle liés aux investissements chinois dans les technologies américaines de pointe, et ont renforcé les restrictions réglementaires, notamment avec la loi FIRMA de 2018. Parallèlement, les États-Unis et l’Union européenne ont eu recours à des sanctions financières, notamment des exclusions du système SWIFT, des gels d’actifs et des interdictions de transactions, contre des pays comme la Russie, l’Iran et l’Afghanistan. Ces sanctions ont conduit à une demande accrue de systèmes de paiement alternatifs au dollar américain.
Dans le domaine technologique, les États-Unis cherchent à limiter l’influence chinoise sur l’infrastructure mondiale, notamment en matière de câbles sous-marins, et utilisent leurs politiques numériques, comme les règles antitrust et de protection des données, comme de nouveaux instruments de négociation commerciale.
L’Asie du Sud-Est, et en particulier l’ASEAN, se trouve au cœur de cette rivalité. Les pays de la région sont directement ou indirectement touchés par ces pressions économiques. Ils sont confrontés à des menaces de tarifs de transbordement, et doivent choisir entre les écosystèmes technologiques américain et chinois. En réponse, l’ASEAN adopte une stratégie de diversification, de multi-alignement et de renforcement de l’intégration régionale. Le groupe a notamment mis en place le Cadre de l’ASEAN sur la chaîne d’approvisionnement intégrée en semi-conducteurs (AFISS) pour favoriser la coopération régionale dans ce secteur stratégique.
L’ASEAN doit cependant aller au-delà des réponses à court terme. L’ordre économique mondial est en pleine reconfiguration, et l’ASEAN, en tant que cinquième économie mondiale, a un rôle à jouer dans la construction d’un nouvel ordre économique mondial plus équilibré et durable. Pour cela, il est essentiel que les États membres de l’ASEAN maintiennent leur unité et leur cohésion, et qu’ils utilisent l’ASEAN comme une plateforme pour faire face collectivement aux défis posés par la rivalité sino-américaine.
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