Publié le 2025-10-14 16:53:00. Aux États-Unis, une tendance insolite émerge : des familles immortalisent le souvenir de leurs proches en gravant leurs recettes de cuisine favorites sur leurs pierres tombales. Une étudiante américaine a recensé ces hommages gourmands et les a rassemblés dans un livre de recettes unique.
- Rosie Grant, une chercheuse américaine, a découvert et documenté des recettes gravées sur des pierres tombales à travers les États-Unis.
- Ces inscriptions, souvent des recettes de biscuits ou de plats réconfortants, témoignent de l’importance de la cuisine dans la vie des défunts.
- Le projet de Rosie Grant a abouti à la publication d’un livre de recettes intitulé À tomber par terre, un livre de recettes de pierres tombales (éd. Récolte, 2025).
C’est en plein confinement, en 2020, que l’aventure a commencé pour Rosie Grant. Alors en stage au cimetière du Congrès à Washington, elle a remarqué la tombe de Naomi Odessa Miller-Dawson, ornée de la recette de biscuits Spritz. Intriguée, elle s’est demandée quel goût pouvaient avoir ces biscuits, se disant :
« Ils doivent être vraiment bons s’ils sont sur sa pierre tombale. »
Rosie Grant
Elle a reproduit la recette et partagé une vidéo sur TikTok, déclenchant rapidement un engouement.
Depuis, Rosie Grant a visité une quarantaine de cimetières en quatre ans, à la recherche d’autres témoignages culinaires. Elle a découvert des recettes variées : sauces au fromage, pains de viande, fudge (une confiserie américaine), biscuits de Noël, brownies à la menthe, pains aux noix… Chaque fois, elle prend contact avec la famille pour connaître l’histoire de la recette et son lien avec le défunt.
L’une des histoires les plus touchantes qu’elle ait recueillies est celle d’un fils qui a fait graver la recette de soupe au poulet de sa mère sur une pierre tombale en forme de livre ouvert. Il a raconté face caméra :
« Elle ne disait jamais “désolée”, elle cuisinait. »
Fils de Valerie
Un autre exemple poignant est celui de Charleen Sand, dont la tombe porte deux recettes – pain au miel et fromage cottage – qu’elle préparait deux fois par semaine. Sa famille a expliqué qu’elle les avait apprises lors du séjour de son mari, Chuck, en Allemagne en 1972 et 1973, avant qu’elle ne soit atteinte de la maladie d’Alzheimer et décède en 2020.
« Mes enfants n’ont pas pu connaître leur grand-mère, mais cette recette simple perdurera toujours, et je veux qu’ils sachent qui elle était, même si c’est à travers son pain. »
Allyson, belle-fille de Charleen Sand
Pour Rosie Grant, ces recettes gravées sont une véritable « célébration » de la vie du défunt. Elle explique au Los Angeles Times :
« Ce que j’aime dans les recettes funéraires, c’est qu’elles sont très valorisantes. […] C’est une véritable célébration de la vie de cette personne, et cela incarne son sens de l’accueil. Ce sont littéralement les ingrédients pour perpétuer quelque chose qui leur appartient, et qui est aussi si précieux pour les vivants. »
La plus ancienne recette qu’elle ait trouvée date des années 1990.
Si cette pratique se développe aux États-Unis, sa transposition en France pourrait être plus complexe. Si les réglementations des cimetières américains ne semblent pas poser de problème, le Code général des collectivités territoriales impose des règles strictes concernant les inscriptions sur les tombes, notamment l’approbation du maire pour tout message supplémentaire. De plus, le coût de la gravure est calculé au nombre de lettres.
Rosie Grant, quant à elle, a déjà choisi la recette qu’elle souhaite faire graver sur sa propre pierre tombale : des linguine aux palourdes.