Publié le 14 octobre 2025 22:32:00. Alors que le conflit en Ukraine se prolonge, plusieurs pays asiatiques continuent de fournir un soutien économique et diplomatique à la Russie, fragilisant les efforts occidentaux visant à isoler Moscou. Cette assistance, souvent discrète, prend des formes variées, allant du commerce énergétique à la fourniture de matériel militaire.
- La Chine demeure le principal allié de la Russie en Asie, offrant un soutien économique, diplomatique et potentiellement en matière de renseignement.
- L’Inde maintient une position ambiguë, continuant à importer des ressources énergétiques russes à prix réduit tout en participant à des exercices militaires conjoints avec Moscou.
- La Corée du Nord est l’un des rares pays à soutenir ouvertement la Russie, fournissant même des combattants, bien que leur efficacité sur le champ de bataille soit remise en question.
La guerre en Ukraine a révélé un paysage géopolitique asiatique complexe, où les intérêts nationaux et les considérations économiques priment souvent sur les alignements idéologiques. Si de nombreux pays asiatiques ont pris leurs distances avec Moscou, d’autres continuent de maintenir des liens étroits avec la Russie, contribuant ainsi à sa capacité à poursuivre sa campagne militaire.
La Chine, en particulier, joue un rôle crucial dans le soutien à l’effort de guerre russe. Pékin se présente officiellement comme un acteur neutre, mais elle apporte une assistance substantielle à Moscou, notamment en partageant des renseignements, en augmentant ses importations de ressources énergétiques russes et en offrant une couverture diplomatique. Selon un rapport de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) du 10 octobre, le service ukrainien de renseignement extérieur (SZRU) a détecté deux satellites chinois – Yaogan 33-03 et Yaogan 33-04 – en orbite au-dessus de l’ouest de l’Ukraine au moment d’une frappe russe sur la ville de Lviv le 5 octobre. Cette observation suggère un niveau de coopération plus profond qu’il n’y paraît. L’Institut de politique de la société asiatique souligne également que la Chine a considérablement augmenté ses importations de pétrole et de gaz russes, compensant ainsi la perte des marchés occidentaux.
Sur le plan diplomatique, la Chine bloque systématiquement les résolutions internationales condamnant les actions de la Russie en Ukraine, en utilisant son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations Unies pour protéger Moscou de la censure internationale.
L’Inde, quant à elle, adopte une position plus nuancée. New Delhi n’a pas condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie et continue de participer à des exercices militaires conjoints avec Moscou, notamment les récents exercices « Indra 2025 », axés sur la lutte contre le terrorisme et les tactiques de guerre modernes, comme le rapporte The Times of India. L’Inde importe également des ressources énergétiques russes à des tarifs réduits, invoquant des besoins énergétiques pressants, ce qui permet à Moscou d’atténuer l’impact des sanctions occidentales.
La Corée du Nord est l’un des rares pays à soutenir ouvertement la Russie. Lors d’un récent défilé militaire à Pyongyang, Kim Jong Un a dévoilé un nouveau missile balistique intercontinental et a salué les troupes nord-coréennes combattant aux côtés de la Russie en Ukraine. Cependant, ces troupes sont souvent mal équipées et inexpérimentées, servant principalement de chair à canon, selon de nombreux rapports. Kim Jong Un a été vu en train de consoler les familles des soldats nord-coréens tués en Ukraine, mais rien n’indique que le soutien de Pyongyang à Moscou sera remis en question de sitôt. L’annonce récente d’une assistance technique russe au programme de sous-marins de la Corée du Nord pourrait même renforcer davantage cette coopération.
Les cinq républiques d’Asie centrale – Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan – entretiennent toutes des relations économiques avec Moscou. Le commerce entre la Russie et ces pays a augmenté de 4 % début 2025, atteignant plus de 45 milliards de dollars, selon The Caspian Post. Cependant, l’opinion publique dans ces pays est mitigée, avec seulement 15 % des personnes interrogées au Kazakhstan exprimant un soutien explicite à la Russie, selon Central Asia Times. Politiquement, ces pays ont adopté une approche prudente, s’abstenant de voter sur les résolutions condamnant l’invasion russe.
En Asie du Sud-Est, le Vietnam et l’Indonésie ont augmenté leurs importations de ressources énergétiques russes. Le chiffre d’affaires commercial entre la Russie et les pays membres de l’ASEAN a atteint 15,8 milliards de dollars en 2024, soit une augmentation de 10 % par rapport à l’année précédente, d’après The Odessa Journal du 8 octobre. Bien que ces pays n’aient pas publiquement soutenu l’invasion de l’Ukraine, leur commerce énergétique continu fournit à Moscou des revenus indispensables.
Taiwan se distingue par un cas particulier : des entreprises privées ont continué à importer du naphta russe malgré l’arrêt des importations d’énergie par le gouvernement central en 2023. Après avoir été dénoncé par un média britannique, Taipei a réagi en forçant les acheteurs de naphta à se conformer à la politique gouvernementale. Cet engagement du secteur privé, bien que non sanctionné par l’État, a contribué à la résilience économique de la Russie.
En conclusion, la réponse de l’Asie à la guerre en Ukraine est un mélange d’intérêts stratégiques, de considérations économiques et de calculs politiques. Alors que des pays comme la Chine et l’Inde peuvent ouvertement entretenir des liens significatifs avec la Russie, d’autres adoptent des positions plus prudentes ou neutres. Cette diversité de réponses complique les efforts occidentaux visant à former un front uni contre Moscou et souligne l’évolution des dynamiques géopolitiques en Asie.