Publié le 15 octobre 2024 à 10h00. La réalisatrice Castille Landon revient sur son expérience de collaboration avec l’icône du cinéma Diane Keaton pour son dernier rôle, révélant une femme d’une authenticité et d’une confiance en soi rares.
Collaborer avec Diane Keaton relevait de l’inimaginable. Comment diriger une figure qui m’a toujours inspirée, lui suggérer des intonations, des nuances ? Pourtant, malgré une présence imposante, notamment grâce à ses bottines à plateforme Gucci, elle n’a jamais laissé transparaître la moindre hésitation, me guidant avec une confiance inébranlable tout au long de ce qui allait devenir son dernier film.
Bien que son talent d’actrice soit universellement reconnu, et que son rire illumine chaque pièce où elle entre, c’est avant tout la leçon de vie qu’elle m’a offerte qui restera gravée dans ma mémoire. Diane ne se contentait pas d’exister, elle façonnait le monde à son image, s’octroyant la liberté d’être elle-même sans le moindre complexe.

Ce que l’on voit à l’écran est le reflet fidèle de sa personnalité, même si l’on pourrait être surpris d’apprendre qu’elle avait un langage bien fleuri. Son excentricité n’était pas affectée, mais découlait d’une authenticité naturelle et d’une spontanéité désarmante. À une époque où l’authenticité est devenue un concept marketing, où les femmes sont encouragées à se conformer, Diane s’affirme avec une force tranquille, défiant les algorithmes et les tendances. L’idée de s’habiller ou de se comporter d’une certaine manière pour plaire à qui que ce soit lui semblait absurde.
Je ne sais pas si elle a un jour accordé de l’importance au regard masculin, mais je peux affirmer qu’il n’a eu aucune influence sur elle à l’époque où je l’ai connue. Cette philosophie d’individualité et de liberté était irrésistible, tant à l’écran qu’en coulisses. Elle n’hésitait pas à taquiner quiconque pouvait rivaliser avec son esprit vif, laissant parfois de jeunes opérateurs de caméra désemparés, inconscients de l’impact qu’elle avait sur eux, du pouvoir qu’elle incarnait.
Elle a créé sa propre réalité, et c’est dans cet univers qu’elle vivait, libérée des préoccupations triviales qui accablent les mortels. Cette liberté lui conférait une innocence enfantine, une vitalité juvénile et un amour de la vie qui se manifestaient dans chaque interaction, qu’il s’agisse de ses partenaires de jeu ou d’un simple stagiaire sur le plateau. Elle n’était pas dénuée de peur, mais elle les affrontait avec courage et détermination. La preuve en est qu’à 77 ans, elle a accepté de sauter d’une tyrolienne pour la dernière scène de notre film, après une heure d’hésitations.

Je réalise seulement maintenant que, après des décennies de succès et de récompenses, c’est avec moi qu’elle a passé son dernier jour de tournage. Nous avons travaillé tard dans la nuit, dépassant légèrement l’heure prévue. Elle était épuisée, c’était évident – six semaines de randonnée dans les montagnes d’Asheville, en Caroline du Nord, de tournage dans les rapides d’une rivière, de cascades et de combats de nourriture étaient éprouvants pour n’importe quel acteur. Elle avait également passé ses journées de repos à faire la promotion d’un autre film. Pourtant, elle a continué à se donner à fond à chaque prise, sans jamais rien retenir. Et elle était elle-même, sans artifice – contrairement à certains acteurs qui préfèrent être appelés par le nom de leur personnage, elle a insisté pour qu’on l’appelle Diane. Pas de chichis, pas de détours, elle voulait qu’on s’adresse à elle directement, en toute simplicité. Elle était et restera Diane.