Publié le 16 octobre 2024 10:32:00. Une enquête révèle comment une société de surveillance indonésienne, First Wap, aurait secrètement vendu ses technologies à des acteurs publics et privés en exploitant les failles des réglementations sur les exportations, suscitant des inquiétudes quant à la prolifération d’outils de surveillance dangereux.
- Une société de surveillance, First Wap, basée en Indonésie, est accusée de contourner les contrôles à l’exportation pour vendre ses produits à des clients variés.
- L’enquête met en lumière l’utilisation de la technologie Altamides de First Wap, capable de localiser des téléphones via le protocole SS7, potentiellement contre des défenseurs des droits humains, des journalistes et des personnalités politiques.
- Amnesty International appelle à une enquête immédiate sur les allégations concernant l’utilisation de réseaux de télécommunications européens par First Wap pour l’espionnage international.
Les contrôles à l’exportation s’avèrent une fois de plus inefficaces pour empêcher la diffusion de technologies de surveillance potentiellement abusives, selon Elina Castillo Jiménez, conseillère en plaidoyer et politique pour le laboratoire de sécurité d’Amnesty International. L’organisation s’alarme de la capacité des entreprises à contourner les réglementations en opérant depuis des juridictions moins contraignantes, comme l’Indonésie.
« Cette enquête n’est que la dernière preuve en date de l’incapacité des contrôles à l’exportation à empêcher la prolifération de technologies de surveillance dangereuses. Elle montre comment les entreprises réussissent à contourner les réglementations en matière d’exportation en menant l’essentiel de leurs opérations transfrontalières à partir de juridictions où la surveillance peut être évitée, comme l’Indonésie », explique Elina Castillo Jiménez.
Amnesty International souligne que les acteurs étatiques et privés recourent à un réseau complexe de fournisseurs, de courtiers et de revendeurs pour acquérir des produits de surveillance, une situation facilitée par le manque de réglementation dans certaines régions et le manque de surveillance dans d’autres.
« Les régulateurs doivent immédiatement enquêter sur les allégations selon lesquelles un réseau de télécommunications européen aurait été utilisé par First Wap pour espionner des personnes dans le monde entier. Si les entreprises peuvent accéder aux réseaux en Europe pour mener des opérations de surveillance sur le continent ou à l’étranger, il est clair que l’autorégulation est un échec et qu’une surveillance plus forte est nécessaire de toute urgence. »
Elina Castillo Jiménez, conseillère en plaidoyer et politiques pour le laboratoire de sécurité d’Amnesty International
L’enquête, menée par Lighthouse Reports en collaboration avec un consortium de recherche, s’appuie sur l’accès à des archives de données secrètes et des entretiens avec des dirigeants de First Wap, une société fondée par des ressortissants européens mais opérant depuis l’Indonésie. Cette implantation stratégique permet à l’entreprise de bénéficier d’un environnement réglementaire moins strict en matière d’exportation de technologies de surveillance.
L’enquête affirme que la technologie Altamides de First Wap, qui utilise SS7 (Signaling System No. 7), un ensemble de protocoles de signalisation utilisés dans les réseaux téléphoniques, a été employée dans plusieurs opérations de surveillance. Selon les allégations, cette technologie a permis de localiser des téléphones appartenant à des défenseurs des droits humains, des journalistes, des diplomates, des hommes d’affaires et des hommes politiques à travers le monde. First Wap a nié toute activité illégale ou violation des droits de l’homme dans une déclaration à Lighthouse Reports.
Amnesty International n’a pas directement contacté les entreprises impliquées dans l’enquête de Lighthouse Reports, mais demande une investigation approfondie des allégations soulevées.
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