Home AffairesBond quantique : comment le Japon et la Chine construisent la prochaine frontière de l’informatique

Bond quantique : comment le Japon et la Chine construisent la prochaine frontière de l’informatique

by Amélie Bernard

L’informatique quantique, considérée comme la prochaine révolution technologique, voit l’Asie prendre les devants. La Chine et le Japon, avec des approches distinctes mais complémentaires, investissent massivement dans cette technologie de pointe, redéfinissant les enjeux de la souveraineté technologique et de la compétitivité mondiale.

La Chine mise sur une expansion rapide de son écosystème quantique, soutenue par des financements étatiques considérables. La ville de Hefei, dans la province de l’Anhui, est devenue un pôle central de cette ambition, abritant l’Université des sciences et technologies de Chine (USTC), QuantumCTek et plus de 70 entreprises associées. Cette concentration permet de couvrir l’ensemble de la chaîne industrielle quantique, du calcul à la communication en passant par la mesure.

En septembre 2025, des scientifiques chinois ont présenté Zuchongzhi 3.0, un ordinateur quantique supraconducteur de 105 qubits, démontrant des performances supérieures à celles des superordinateurs classiques pour certaines tâches spécifiques. D’autres entreprises, telles que SpinQ et Boson Quantum Technology, développent du matériel commercial et des plateformes informatiques photoniques. Pour consolider cette dynamique, Pékin a lancé cette année un fonds de capital-risque national de 1 000 milliards de yens (environ 138 milliards de dollars américains) destiné à soutenir les jeunes entreprises technologiques et à renforcer l’autonomie chinoise dans les technologies stratégiques.

Le Japon, quant à lui, adopte une stratégie plus mesurée, privilégiant la précision, la fiabilité et l’approvisionnement national. Le Centre RIKEN pour l’informatique quantique (RQC) et l’Institut national des technologies de l’information et des communications (NICT) sont les piliers de cet écosystème. Des collaborations avec des acteurs industriels comme Fujitsu et NTT ont déjà abouti à la mise en service d’ordinateurs quantiques basés sur le cloud, construits en grande partie avec des composants fabriqués au Japon.

La stratégie technologique quantique de Tokyo vise à créer une synergie entre le monde universitaire, l’industrie et le gouvernement, tout en maintenant un contrôle strict des exportations de matériel quantique sensible. Cette approche reflète la philosophie industrielle japonaise, axée sur un progrès constant, la correction des erreurs et la fiabilité à long terme.

Les deux pays considèrent l’informatique quantique comme un élément clé de leur souveraineté technologique et de leur compétitivité future. La Chine privilégie une mise à l’échelle rapide et une intégration avec des applications concrètes, telles que les réseaux de communication quantiques et la finance cryptée. Le Japon, de son côté, valorise une innovation contrôlée et une ingénierie de précision.

Les enjeux sont considérables. La maîtrise de l’informatique quantique pourrait transformer la dynamique du pouvoir mondial, ouvrant la voie à des avancées majeures dans des domaines aussi variés que la science des matériaux, la découverte de médicaments et la cybersécurité. Que ce soit par l’investissement massif de la Chine ou par l’approche méticuleuse du Japon, ces deux géants technologiques asiatiques façonnent l’avenir de l’ère quantique.

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