Publié le 16 octobre 2024 17h42. Le fondateur d’une multinationale irlandaise du logiciel est accusé d’avoir utilisé les fonds de l’entreprise pour financer un train de vie luxueux pour des femmes rencontrées en ligne, tandis que sa directrice des opérations conteste son éviction.
- Karl Bohlin, PDG de HansaWorld, aurait dépensé 100 000 € pour des logements à Dubaï et en Chine pour des employées recrutées sur des sites web douteux.
- Jennifer Carroll, directrice des opérations, affirme avoir été injustement suspendue et dénonce des dépenses personnelles excessives financées par l’entreprise.
- Une bataille juridique est en cours devant la Haute Cour irlandaise pour la réintégration de Mme Carroll à son poste.
Des accusations graves pèsent sur Karl Bohlin, fondateur et actionnaire majoritaire du groupe HansaWorld, spécialisé dans les logiciels de gestion intégrés (ERP) et de gestion de la relation client (CRM). Selon des allégations formulées devant la Haute Cour irlandaise, M. Bohlin aurait détourné 100 000 € des fonds de l’entreprise pour offrir un cadre de vie luxueux à des femmes qu’il a rencontrées et embauchées après les avoir sélectionnées sur « divers sites web illicites », selon les termes utilisés.
Jennifer Carroll, directrice des opérations (COO) de HansaWorld Ireland Ltd, est à l’origine de ces révélations. Elle conteste son éviction de ses fonctions d’administratrice et de secrétaire de la société, qu’elle juge injustifiée. Mme Carroll, qui vit à Limerick et a la quarantaine, demande à la justice de la réintégrer à son poste et de mettre fin à ce qu’elle considère comme une ingérence dans ses fonctions.
Jeudi dernier, le juge Brian Cregan a autorisé l’avocat de Mme Carroll, Gary McCarthy SC, à signifier rapidement une assignation à HansaWorld Ireland Ltd, HansaWorld Holding Ltd et à la société mère suédoise, HansaWorld Inc Ltd, dans laquelle M. Bohlin détient une participation de 64 %. Pour l’heure, seule la partie représentée par Mme Carroll a été notifiée.
Dans une déclaration sous serment, Mme Carroll détaille ses inquiétudes grandissantes concernant la gestion de l’entreprise par M. Bohlin. Elle évoque des « dépenses personnelles extravagantes » financées par les fonds de l’entreprise. Elle affirme que, depuis le printemps dernier, la « priorité » de M. Bohlin était de trouver une compagne.
« Depuis le printemps, M. Bohlin se préoccupe principalement de sa vie amoureuse et de la recherche d’une petite amie. Il a décrit cela comme sa plus grande priorité. »
Jennifer Carroll, directrice des opérations (COO) de HansaWorld
Selon Mme Carroll, M. Bohlin a utilisé les ressources humaines de l’entreprise pour « filtrer l’adéquation des femmes provenant de divers sites web illicites ». Il aurait ensuite insisté pour embaucher ces femmes, même si elles ne correspondaient pas aux profils recherchés, et a utilisé les fonds de l’entreprise pour leur louer des logements, notamment à Dubaï et en Chine.
Le conseil d’administration du groupe aurait exprimé son opposition à ces dépenses, mais M. Bohlin aurait fait valoir son droit en tant qu’actionnaire majoritaire pour imposer sa décision. Parallèlement, Mme Carroll souligne que la présence de M. Bohlin au travail est devenue erratique, et qu’il a parfois disparu pendant des semaines, voire des mois, sans donner de nouvelles. Elle évoque également des problèmes d’alcoolisme, M. Bohlin se décrivant lui-même comme un « alcoolique fonctionnel ».
La situation financière de l’entreprise est également devenue préoccupante. Mme Carroll et d’autres cadres supérieurs ont dû accorder des prêts à M. Bohlin, tandis qu’il continuait à dépenser sans compter pour ses relations. En septembre dernier, il aurait dépensé 100 000 € avec sa carte American Express d’entreprise, dont 40 000 € dans une bijouterie Bulgari pour la femme qu’il logeait à Dubaï. Face aux inquiétudes soulevées, il aurait simplement répondu que c’était « mon argent ».
En conséquence, les employés ont commencé à recevoir leur salaire avec un retard d’une semaine en moyenne, en raison du manque de liquidités. Le 26 septembre, Mme Carroll aurait eu une discussion animée avec M. Bohlin via WhatsApp, exprimant sa frustration face à la situation. Il lui aurait répondu qu’elle « perdait vraiment la tête » et qu’il devrait la « laisser partir » parce qu’elle ne suivait pas ses « ordres ».
Une proposition de rupture conventionnelle a été envisagée, mais Mme Carroll n’a pas accepté la suppression de sa « prime du conseil d’administration », qui représente une part importante de sa rémunération. Début octobre, elle affirme que M. Bohlin a pris des mesures pour l’évincer de l’entreprise, en la suspendant d’abord de ses fonctions d’administratrice, puis en restreignant son accès aux comptes bancaires, aux dossiers internes et à la correspondance de l’entreprise.
Des allégations vagues ont également été formulées, laissant présager une possible procédure disciplinaire pour faute grave. Mme Carroll nie toute mauvaise conduite et affirme qu’aucun problème de performance ne lui a jamais été signalé. Elle craint que sa réputation ne soit déjà ternie dans le secteur du logiciel, un milieu particulièrement soudé.
Elle souligne l’importance cruciale de défendre sa réputation et sa position professionnelle dans le cadre de cette procédure judiciaire.