Home AffairesLes hybrides rechargeables polluent presque autant que les voitures à essence, selon un rapport

Les hybrides rechargeables polluent presque autant que les voitures à essence, selon un rapport

by Amélie Bernard

Publié le 16 octobre 2024 13h55:00. Les véhicules hybrides rechargeables (VHR), présentés comme une solution intermédiaire vers une mobilité plus propre, polluent en réalité bien plus que ce que laissent entendre les chiffres officiels, selon une nouvelle étude. L’écart entre les émissions mesurées en laboratoire et celles constatées sur la route est alarmant, remettant en question l’efficacité de cette technologie.

  • Les émissions réelles de CO2 des VHR sont près de cinq fois supérieures à celles enregistrées lors des tests standardisés.
  • Cet écart est principalement dû à une surestimation de l’utilisation du mode électrique par les conducteurs.
  • Les constructeurs automobiles pourraient avoir évité plus de 5 milliards d’euros d’amendes grâce à cette sous-estimation des émissions.

Une analyse approfondie des données de consommation de carburant de plus de 800 000 véhicules immatriculés en Europe entre 2021 et 2023, réalisée par l’organisation non gouvernementale Transport & Environment, révèle une réalité préoccupante. Les VHR, combinant un moteur thermique et une batterie électrique, émettent seulement 19 % de CO2 en moins que les véhicules essence et diesel, alors que les tests en laboratoire suggèrent une réduction de 75 %. L’étude met en lumière une divergence croissante entre les émissions déclarées et les émissions réelles.

Selon Sofía Navas Gohlke, chercheuse chez Transport & Environment et co-auteure du rapport,

« Les émissions réelles augmentent, tandis que les émissions officielles diminuent. C’est l’écart qui se creuse et c’est un vrai problème. Du coup, les VHR polluent presque autant que les voitures à essence. »

La principale cause de cet écart réside dans le « facteur d’utilité », qui représente le rapport entre les kilomètres parcourus en mode électrique et le nombre total de kilomètres. Les estimations officielles tablent sur un taux de 84 %, alors que l’analyse révèle que seuls 27 % des trajets sont effectués en mode électrique. La Commission européenne a annoncé des ajustements de ce ratio, mais ceux-ci ne suffiront pas à combler l’écart.

L’étude souligne également que même lorsque les VHR roulent en mode électrique, leur impact environnemental reste significatif. Les moteurs électriques, souvent insuffisamment puissants, sont assistés par le moteur thermique sur près d’un tiers de la distance parcourue en mode électrique, entraînant une consommation de carburant et des émissions plus élevées que prévu.

Patrick Plötz, responsable de l’économie de l’énergie à l’Institut Fraunhofer pour la recherche sur les systèmes et l’innovation, salue cette étude comme une

« contribution très utile »

, mettant fin à des années de débats où l’industrie automobile invoquait un manque de données pour évaluer précisément les émissions réelles. Il ajoute :

« Les résultats démontrent, sans aucun doute, que l’écart entre la consommation officielle et réelle des véhicules VHR et les émissions de CO2 est bien plus important que pour les voitures à essence ou diesel. Tout changement de politique concernant les VHR doit être apporté avec le plus grand soin et à la lumière de ces données. »

Ces révélations interviennent alors que les constructeurs automobiles font pression sur l’Union européenne pour assouplir ses objectifs de réduction des émissions de CO2. L’interdiction des nouvelles voitures à moteur à combustion en 2035 suscite une forte opposition de la part de l’industrie automobile et de certains États membres, notamment l’Allemagne. Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment promis de faire « tout dans [son] pouvoir » pour éviter des coupes budgétaires drastiques en 2035, et d’autres responsables politiques allemands évoquent les VHR comme une solution de « flexibilité » possible.

L’étude de Transport & Environment estime que la sous-estimation des émissions des VHR a permis à quatre grands constructeurs automobiles d’éviter plus de 5 milliards d’euros d’amendes entre 2021 et 2023, facilitant ainsi le respect des objectifs de CO2 moyens de l’UE. Les conducteurs de VHR pourraient également débourser environ 500 € de plus par an en frais de fonctionnement que ce que suggèrent les tests en laboratoire.

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