Publié le 18 octobre 2024 04:39:00. Du chiot TikTok au mème de Grumpy Cat, le partage de contenus animaliers sur les réseaux sociaux est bien plus qu’un simple passe-temps. Une étude de l’Université Concordia révèle que ce phénomène mondial traduit une véritable culture émotionnelle numérique, un nouveau langage universel de l’affection.
- Le partage de contenus animaliers en ligne est profondément relationnel, créant des liens entre les individus et entre les humains et leurs animaux de compagnie.
- Ces publications servent de support à une communication affective universelle, permettant à chacun de s’identifier et de partager des émotions.
- Les animaux incarnent une forme de pureté et de sincérité, offrant une connexion au monde dans un contexte souvent perçu comme négatif.
Partager une vidéo de chiot ou un mème de chat grincheux n’est pas un acte anodin. C’est ce que démontre une recherche menée par des scientifiques de l’Université Concordia, dont les conclusions ont été publiées dans le Journal de recherche sur la consommation. L’étude explore l’immense popularité des contenus animaliers sur les réseaux sociaux et révèle qu’il s’agit d’un phénomène bien plus profond qu’une simple distraction.
Tout est parti d’une expérience personnelle pour Ghalia Shamayleh, chercheuse. « J’avais créé un compte Instagram pour mon chat, Mau », raconte-t-elle. Lors d’une réunion avec sa directrice de thèse, la professeure Zeynep Arsel, elle a été encouragée à explorer ce sujet. « Elle a accepté de suivre le compte de Mau, puis m’a dit :
« Tu sais, ça pourrait être un sujet de recherche intéressant. »
Zeynep Arsel, professeure à l’Université Concordia
»
Les chercheuses ont adopté une approche appelée netnographie, une forme d’immersion numérique où les scientifiques participent activement à l’écosystème en ligne. « Nous interagissions avec d’autres personnes qui partageaient des contenus sur leurs animaux de compagnie », explique Ghalia Shamayleh. Elles ont ensuite mené des entretiens avec des créateurs de contenu et des internautes pour comprendre comment ces publications sont conçues, reçues et partagées.
« Notre principale découverte est que la consommation de contenus animaliers en ligne est profondément relationnelle », résume Ghalia Shamayleh, aujourd’hui professeure assistante au Département de marketing de l’École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC), en France. Elle explique que le processus commence par le lien entre un humain et son animal, une relation mise en scène à travers des textes et des images qui traduisent les émotions partagées.
Ces moments deviennent ensuite des objets numériques – vidéos, photos, publications – et le processus ne s’arrête pas là. Les spectateurs développent un sentiment de familiarité avec l’animal, même sans le connaître personnellement. Ce lien est ensuite étendu en partageant ces contenus avec d’autres, souvent pour évoquer une expérience commune ou un souvenir. « L’émotion se déplace alors : elle ne circule plus entre la personne et l’animal, mais entre humains », précise la chercheuse.
L’étude établit un parallèle avec le comportement des manchots, qui s’offrent des galets en signe d’affection. « Au lieu d’un caillou, nous nous offrons une vidéo, un mème, une photo. C’est une façon douce de dire qu’on pense à l’autre et de maintenir le lien », illustre Ghalia Shamayleh.
Des comptes populaires, tels que Nous évaluons les chiens ou Les animaux sur Instagram, amplifient ensuite ces publications. « Les émotions deviennent plus universelles : le contenu ne parle plus d’un animal particulier, mais de sentiments que tout le monde peut reconnaître », souligne la chercheuse.
Le célèbre Grumpy Cat, par exemple, est devenu une représentation de la mauvaise humeur que chacun peut ressentir. Selon l’étude, ces animaux nous aident à exprimer nos émotions. « Ces publications servent de support à une communication affective universelle, que chacun peut s’approprier et partager », explique Ghalia Shamayleh.
L’étude souligne également que cette culture affective numérique transcende les barrières démographiques et culturelles. Bien que les femmes soient majoritaires parmi celles qui partagent des contenus animaliers, il existe également de nombreux créateurs et consommateurs masculins. « Nous n’avons associé ce phénomène à aucun groupe spécifique, en raison de son caractère global et universel. Je pense que nous utilisons tous ce type de publications pour rester connectés à nos familles et à nos amis », conclut la chercheuse.
Mais pourquoi les animaux nous touchent-ils autant ? « Lorsque nous en voyons, nous ressentons une sorte de connexion au monde », répond Ghalia Shamayleh, qui a adopté deux autres animaux de compagnie après le décès de son chat. Elle ajoute que dans un monde souvent perçu comme négatif, les animaux apportent une positivité à laquelle nous pouvons tous nous identifier.
Alors que le monde humain est souvent polarisé et conflictuel, les animaux incarnent une forme de pureté et de sincérité. « Ils n’ont pas de malice, pas de pensée calculée – simplement une envie d’exister », conclut Ghalia Shamayleh.
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