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Combler le fossé : Pourquoi la diplomatie scientifique est notre meilleur espoir pour un avenir durable — Ahmad Ibrahim

Publié le 19 octobre 2025. Face à une crise de confiance grandissante envers la science et à la montée des tensions géopolitiques, la diplomatie scientifique apparaît comme un impératif stratégique pour relever les défis mondiaux, selon un expert.…

Combler le fossé : Pourquoi la diplomatie scientifique est notre meilleur espoir pour un avenir durable — Ahmad Ibrahim

Publié le 19 octobre 2025. Face à une crise de confiance grandissante envers la science et à la montée des tensions géopolitiques, la diplomatie scientifique apparaît comme un impératif stratégique pour relever les défis mondiaux, selon un expert.

  • L’Université UCSI et son Institut international de diplomatie scientifique et de durabilité (IISDS) se positionnent comme des acteurs clés dans la promotion de cette approche.
  • La méfiance envers la science, exacerbée par la pandémie et le débat climatique, menace la capacité à agir collectivement.
  • L’intelligence artificielle et l’automatisation, bien que porteuses de progrès, alimentent l’anxiété et le repli sur soi.

La conférence inaugurale prononcée à l’Université UCSI par le professeur Tshilidzi Marwala, recteur de l’Université des Nations Unies à Tokyo, a mis en lumière l’urgence d’une nouvelle approche des relations internationales : la diplomatie scientifique. À une époque marquée par des bouleversements majeurs, de la crise climatique à la révolution de l’intelligence artificielle, cette approche se révèle plus pertinente que jamais.

Le professeur Marwala souligne une fracture fondamentale : le monde a un besoin criant d’actions collectives fondées sur des preuves scientifiques, mais se fragmente simultanément en zones de nationalisme, de méfiance et d’isolement intellectuel. Cette situation est d’autant plus préoccupante que les défis auxquels nous sommes confrontés sont intrinsèquement transnationaux. Une émission de carbone en Indonésie contribue à l’élévation du niveau de la mer qui menace Miami, un virus sur un continent peut paralyser l’économie mondiale, et une cyberattaque peut perturber l’infrastructure d’un pays entier.

L’Institut international de diplomatie scientifique et de durabilité (IISDS) de l’UCSI, dirigé par Tan Sri Zakri Abdul Hamid, diplomate spécialisé dans la biodiversité, s’impose de plus en plus comme un centre régional de réflexion sur la diplomatie scientifique. L’IISDS joue un rôle crucial dans la promotion de cette approche, qui consiste à utiliser la science comme un vecteur de coopération au-delà des clivages politiques.

La méfiance croissante envers la science, point central de l’intervention du professeur Marwala, constitue un obstacle majeur à la résolution des problèmes mondiaux. Cette tendance s’est manifestée de manière flagrante pendant la pandémie de Covid-19 et se retrouve aujourd’hui dans le débat sur le changement climatique. Malgré un consensus scientifique solide et des données alarmantes sur le réchauffement climatique, un scepticisme corrosif, souvent motivé par des considérations politiques, persiste. Un important émetteur mondial de carbone a même ouvertement qualifié le changement climatique de « canular », et sa décision de quitter l’Accord de Paris pour la seconde fois constitue un revers majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Ce n’est pas simplement un désaccord académique, mais une menace directe pour notre sécurité collective. Il s’agit d’un acte irresponsable aux conséquences potentiellement désastreuses. L’avenir de l’humanité est en jeu : lorsque les faits deviennent négociables, la politique se retrouve paralysée. Nous discutons de l’existence de l’incendie pendant que la maison se remplit de fumée.

Parallèlement à cette crise de confiance, les progrès technologiques, notamment l’intelligence artificielle, la biotechnologie et l’automatisation, transforment les économies à un rythme effréné, créant des gagnants et des perdants et alimentant l’anxiété sociale. Cette inquiétude, si elle n’est pas prise en compte, peut favoriser la montée du protectionnisme et de la démondialisation, deux tendances que le professeur Marwala considère comme des menaces supplémentaires.

Le désir de reculer face à ces changements vertigineux est compréhensible. Mais céder à la tentation de construire des murs – barrières tarifaires, frontières fermées, cloisonnement numérique – est une illusion dangereuse. Les défis auxquels nous sommes confrontés sont par nature transfrontaliers et nécessitent une coopération internationale. Le protectionnisme n’est pas un bouclier, mais une camisole de force qui étouffe l’innovation et entrave la résolution des problèmes complexes.

La diplomatie scientifique offre une alternative prometteuse. Elle repose sur l’idée que les défis scientifiques partagés peuvent créer des voies de coopération là où la politique seule échoue. Des initiatives telles que les missions conjointes pour surveiller la fonte des glaces dans l’Arctique, les consortiums internationaux de recherche en physique des particules (comme le CERN) et les efforts collaboratifs pour cartographier le génome humain ont historiquement rapproché des nations rivales. Il est impératif de multiplier ces initiatives et de donner aux scientifiques les moyens de devenir des ambassadeurs informels, tissant des réseaux de confiance au-delà des frontières.

Il est également essentiel d’aligner la puissance économique sur des objectifs durables. La transition verte représente la plus grande opportunité économique du XXIe siècle. Au lieu de s’engager dans des guerres commerciales subventionnées autour des véhicules électriques ou des panneaux solaires, les nations devraient rivaliser sur l’innovation tout en coopérant sur les normes et les infrastructures communes nécessaires à une économie mondiale durable.

La conférence à l’UCSI constitue un signal d’alarme crucial. Le choix nous appartient : soit nous permettons aux forces de perturbation et de méfiance de nous diviser, soit nous exploitons le pouvoir de la science et de la diplomatie pour construire un avenir sûr et prospère pour tous. Comme l’a souligné le professeur Marwala, il est essentiel de continuer à cultiver l’optimisme malgré les revers.

* Le professeur Datuk Dr Ahmad Ibrahim est affilié au Centre Tan Sri Omar d’études politiques STI de l’Université UCSI et est professeur adjoint au Centre Ungku Aziz d’études sur le développement, Universiti Malaya. Il est joignable au [email protected].

** Ceci est l’opinion personnelle de l’auteur ou de la publication et ne représente pas nécessairement le point de vue de Malay Mail.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.