Publié le 19 octobre 2025 à 13h00. Opera lance Neon, un navigateur doté d’une intelligence artificielle intégrée, mais son modèle d’abonnement mensuel de 19,90 $ (environ 18,30 €) le distingue d’une concurrence offrant des fonctionnalités similaires gratuitement.
- Opera déploie progressivement Neon, son navigateur basé sur l’IA, auprès d’un nombre croissant d’utilisateurs.
- Neon intègre trois agents d’IA distincts – Chat, Do et Make – chacun dédié à des tâches spécifiques.
- Le navigateur se positionne sur un marché de plus en plus encombré, avec des concurrents comme Google Chrome (intégré à Gemini), Perplexity Comet et Dia.
Opera mise sur une approche novatrice avec Neon, un navigateur qui ne se contente pas d’ajouter une IA à une plateforme existante, mais qui en fait son cœur de fonctionnement. L’expérience utilisateur repose sur l’interaction avec trois agents d’intelligence artificielle distincts, chacun conçu pour répondre à des besoins spécifiques. Si cette approche offre une puissance considérable, elle peut également s’avérer déroutante pour les utilisateurs qui ne savent pas quel agent solliciter pour une tâche donnée.
Neon conserve les fonctionnalités classiques d’Opera, telles qu’un bloqueur de publicités intégré et un réseau privé virtuel (VPN). Il offre également une barre latérale personnalisable avec des applications comme WhatsApp et Facebook Messenger. Les fonctionnalités d’IA sont mises en avant sur l’écran d’accueil et dans les nouveaux onglets. Sous la barre de recherche, un sélecteur permet de choisir entre une recherche internet classique, un chatbot nommé Chat, un agent d’automatisation appelé Do, et un outil de création d’IA baptisé Make. Opera précise que Neon s’appuie sur des modèles d’IA développés par OpenAI et Google, sans toutefois détailler l’attribution spécifique de chaque modèle.
L’agent Chat se présente comme un assistant IA classique, capable de répondre à des questions et de fournir des résumés de pages web. Lors de nos tests, il a pu résumer rapidement des articles sur l’informatique quantique, mais ses réponses étaient parfois excessivement verbeuses. Une demande de synthèse des commentaires de cinq articles récents du The Verge a abouti à un texte d’environ 400 mots indiquant simplement qu’il n’y avait pas de commentaires disponibles.
Cet incident a révélé une limitation de Chat : sa capacité à accéder et à interpréter le contenu en ligne. Il a également été constaté que Chat pouvait fournir des estimations erronées sur la présence de commentaires sur certains articles. Krystian Kolondra, vice-président exécutif d’Opera pour les navigateurs, a expliqué que Chat fonctionnait correctement pour afficher le nombre de commentaires directement visibles sur la page, mais qu’il nécessitait une interaction supplémentaire (cliquer pour développer la section des commentaires) pour effectuer une analyse plus approfondie. Il a suggéré d’utiliser l’agent Do pour ce type de tâche.
L’agent Do est conçu pour automatiser des actions à la place de l’utilisateur. Nous l’avons testé sur des tâches telles que la réservation d’un cours de CrossFit, la recherche d’un massage à moins de 50 $ (environ 46 €) dans un spa local et la recherche de patrons de couture pour bébés au format PDF. Pendant l’exécution de ces tâches, il n’était pas possible de revenir à Chat dans la même fenêtre pour poser des questions complémentaires. De plus, il n’y avait aucun moyen de corriger Do en cours de route. Dans un cas, il a ajouté une couronne funéraire à notre panier alors que nous recherchions des compositions florales, malgré nos tentatives de sélectionner d’autres options. Une autre fois, il a affirmé qu’il n’y avait pas de billets disponibles pour un spectacle en janvier, alors qu’une simple recherche en ligne prouvait le contraire. Cette imprécision peut nuire à la confiance de l’utilisateur.
L’agent Make, quant à lui, permet de créer de petits outils web. Il fonctionne dans un environnement virtuel, téléchargeant les logiciels et les scripts nécessaires sans encombrer l’ordinateur de l’utilisateur. Nous avons demandé la création d’un jeu de mémoire pour apprendre du vocabulaire espagnol, ce qui a fonctionné en quelques minutes. Le jeu était rudimentaire, mais il avait l’avantage de disparaître complètement à la fermeture de l’onglet.
Opera propose également des « cartes », des invites pré-écrites destinées à être utilisées avec les agents d’IA, censées améliorer l’efficacité des interactions. Cependant, leur utilité reste à démontrer pour le moment. L’interface, de type « App Store », est actuellement peuplée de contenu créé par l’équipe Neon, allant d’invites ludiques (réécriture de sites web à la manière de Yoda) à des suggestions plus sérieuses pour les agrégateurs de nouvelles. Opera espère que la communauté contribuera à enrichir cette plateforme à l’avenir.
L’utilisation de Neon peut parfois ressembler à la collaboration avec un stagiaire maladroit plutôt qu’à l’exploitation d’une technologie sophistiquée. L’un des agents d’IA demandait fréquemment des commentaires, puis se lançait dans une tâche sans attendre de réponse. Cette proactivité peut être source d’erreurs, comme l’envoi de demandes de connexion LinkedIn à des personnes que l’utilisateur souhaitait simplement observer discrètement. Dans un cas, après avoir confirmé que tout allait bien, Neon a répondu : « Je suis content que tu le penses ! » avant d’arrêter de fonctionner. Krystian Kolondra a indiqué que Neon devrait à l’avenir attendre une confirmation avant de poursuivre, mais que cette fonctionnalité est actuellement désactivée car elle n’est pas encore tout à fait prête.
Selon Krystian Kolondra, Neon est encore en phase de développement.
« En général, Opera Neon est en phase de sortie en accès anticipé et est mis à la disposition des personnes souhaitant participer au développement de ce produit. »
Krystian Kolondra, vice-président exécutif d’Opera pour les navigateurs
Néanmoins, Neon est un produit payant, facturé à 20 $ (environ 18,30 €) par mois, alors que des fonctionnalités similaires sont disponibles gratuitement ailleurs. À l’heure actuelle, il est difficile de justifier ce prix, d’autant plus que Neon semble exiger une adaptation de l’utilisateur plutôt que de s’adapter à ses besoins.