Publié le 19 octobre 2025 12h48. La lecture ne se limite pas à un simple divertissement : elle sollicite notre cerveau de manière surprenante, simulant des expériences et renforçant notre capacité d’empathie, selon de récentes études en neurosciences.
- Lire une histoire active les mêmes zones du cerveau que si nous vivions les événements décrits.
- La lecture stimule l’empathie en activant des régions cérébrales liées à la compréhension des autres.
- Simultanément lire et agir peut ralentir l’exécution des mouvements, révélant une compétition pour les ressources cérébrales.
Lorsque nous plongeons dans un roman, notre cerveau ne se contente pas de décoder des mots : il crée des images, simule des actions et ressent des émotions, presque comme si nous étions les personnages principaux. C’est ce que démontrent les recherches menées par des psychologues et des neuroscientifiques, notamment ceux de l’Université de York au Canada.
« La lecture est un excellent moyen d’élargir notre horizon d’expériences », explique Raymond Mar, psychologue à l’Université de York. Des études sur l’activité cérébrale suggèrent que lire l’histoire d’un personnage équivaut presque à la vivre.
Mais comprendre le fonctionnement du cerveau face à la lecture est un défi complexe. « Pour comprendre ce que fait le cerveau, nous devons comprendre ce que fait l’esprit. Nous ne pouvons pas parler uniquement du cerveau », souligne Keith Oatley, professeur émérite de psychologie cognitive à l’Université de Toronto. Il ne s’agit pas seulement d’identifier les zones cérébrales activées, mais de comprendre comment l’esprit fonctionne dans ce processus.
L’une des premières réactions à la lecture est la création d’images mentales. « Il existe des preuves que lors de la lecture, l’esprit crée ou se souvient d’objets qui ressemblent à la description », précise Raymond Mar. Lorsque nous lisons une description détaillée d’une scène, le cortex visuel s’active, avec des similitudes entre la perception réelle et la perception par la lecture.
Les chercheurs ont constaté que le cerveau ne distingue pas clairement entre l’expérience vécue et l’expérience lue. « Apparemment, il existe des similitudes dans la façon dont le cerveau réagit à la lecture d’un sujet et à son expérience », explique Raymond Mar. Ainsi, lorsque nous lisons qu’un personnage fictif effectue une action, les mêmes zones du cerveau s’activent que si nous réalisions cette action nous-mêmes. Par exemple, une histoire mettant en scène une situation dangereuse peut provoquer une sensation de peur chez le lecteur.
Ce phénomène est étroitement lié à l’empathie, notre capacité à nous identifier aux autres. « On a découvert qu’il existe des zones du cerveau qui peuvent être surveillées pour voir si les gens font preuve d’empathie dans la vie quotidienne, et ces régions sont les mêmes qui sont activées lorsque vous lisez sur les personnages, car le processus psychologique est similaire », explique Keith Oatley.
Véronique Boulenger, chercheuse en neurosciences cognitives au Laboratoire de dynamique du langage à Lyon, en France, a étudié l’impact de la lecture sur les zones motrices du cerveau. « Les régions motrices du cerveau qui sont activées lorsque nous lisons silencieusement un mot d’action sont très proches des régions activées lors de l’exécution d’un mouvement », explique-t-elle. Ainsi, lire le mot « courir » active la zone motrice associée à la course.
Mais que se passe-t-il si l’on essaie d’effectuer un mouvement en même temps que l’on lit un verbe d’action ? Une étude menée par Boulenger a révélé que l’exécution des mouvements était plus lente lorsque les participants lisaient simultanément des verbes d’action. Cela s’explique par une « ingérence ou concurrence » dans le cerveau, due à l’utilisation des mêmes ressources.
Des études utilisant l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) ont confirmé ces observations. Véronique Boulenger a analysé l’activité cérébrale lors de la lecture de phrases littérales ou idiomatiques contenant un verbe d’action lié au bras ou à la jambe. Les résultats ont montré que, dans les deux cas, l’activation des régions cérébrales du langage s’accompagnait de l’activation des régions motrices et prémotrices.
« Les phrases liées au bras activent la zone motrice du cerveau qui représente le bras, tandis que les phrases avec des jambes provoquent l’activation motrice d’une zone différente du cerveau », précise Boulenger. Cela correspond à la somatotopie du cortex moteur, qui organise la représentation des différentes parties du corps dans des sous-régions spécifiques.
La lecture pourrait donc améliorer notre compréhension des autres. « Cela peut signifier que nous pourrions apprendre quelque chose ou améliorer notre capacité à comprendre les autres si nous lisons et interagissons fréquemment avec des histoires et des personnages qu’elles contiennent », estime Raymond Mar. « Par exemple, nous ne saurons peut-être jamais ce que signifie vivre en tant que personne handicapée, mais nous pourrions mieux comprendre cette expérience si nous lisons une histoire très bien écrite qui nous met à la place de la personne qui la vit. »
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