Publié le 18 juillet 2023. Le géant de l’électronique Garmin, autrefois connu pour ses GPS automobiles, est désormais au cœur d’une bataille juridique avec Strava, l’application de suivi sportif, concernant des brevets liés à des fonctionnalités clés.
- Garmin, qui a diversifié ses activités dans le secteur du fitness, réalise un chiffre d’affaires en hausse de près de 20 % (6,7 milliards de dollars fin juin).
- Strava accuse Garmin de violation de brevets concernant les “Segments” et les “Heatmaps”, des outils populaires pour analyser et comparer les performances sportives.
- La dispute s’étend à de nouvelles directives de Garmin imposant l’affichage de son logo sur les données issues de ses appareils partagées via des applications tierces comme Strava.
Garmin, un nom qui évoque pour beaucoup les systèmes de navigation embarqués, a su se réinventer. Face à l’effondrement du marché des GPS automobiles, l’entreprise s’est repositionnée avec succès sur le segment en plein essor des appareils de fitness et d’activité. Montres connectées, compteurs de vélo, trackers de golf, systèmes de sécurité pour bateaux… Garmin a su exploiter son expertise en matière de suivi GPS dans des domaines variés.
Si le marché des montres connectées est dominé par des acteurs majeurs comme Apple, Samsung et Google, Garmin s’est taillé une réputation de référence auprès des athlètes, qu’ils soient professionnels ou amateurs éclairés. Le prix de ses produits reflète cette position : de 200 € pour un modèle d’entrée de gamme à plus de 2 000 € pour les versions les plus sophistiquées.
Cependant, cette croissance est désormais menacée par un litige avec Strava, une application de suivi sportif extrêmement populaire depuis sa création en 2009. Initialement prisée par les cyclistes, Strava est devenue l’outil incontournable pour tous les types d’activités physiques. L’application permet aux utilisateurs de suivre leur parcours, leur vitesse, leur fréquence cardiaque et d’analyser leurs performances, tout en bénéficiant d’une dimension sociale grâce au partage de leurs exploits et à des classements locaux.
Au cœur du conflit se trouvent deux fonctionnalités brevetées par Strava : les “Segments”, qui permettent de comparer ses performances sur des portions spécifiques d’un parcours, et les “Heatmaps”, qui visualisent les itinéraires les plus fréquentés par les autres utilisateurs. Strava avait breveté les Segments en 2011 (bien que Garmin ait lancé une fonctionnalité similaire avant l’obtention du brevet en 2015) et les Heatmaps en 2017.
Après l’obtention de ces brevets, Garmin et Strava avaient conclu un accord de coopération, permettant l’intégration des Segments Strava aux appareils Garmin. Mais cette collaboration semble désormais rompue. Strava accuse Garmin de rupture de contrat et de violation de brevets, estimant que l’entreprise a étendu l’utilisation de ces fonctionnalités au-delà de l’application Strava. Elle réclame des dommages-intérêts et l’arrêt de la vente des montres concernées.
Ce litige rappelle un phénomène courant dans le monde du logiciel, souvent appelé “sherlocking”. Il s’agit d’une situation où une grande entreprise intègre les fonctionnalités d’une application tierce à son propre produit, rendant ainsi l’application originale obsolète. Apple a été accusé de cette pratique à plusieurs reprises, notamment avec l’intégration d’une lampe de poche directement dans l’iPhone, rendant inutiles les nombreuses applications dédiées à cette fonction.
Les conséquences de cette bataille juridique pourraient être multiples. Strava pourrait obtenir une compensation financière de Garmin, voire l’interdiction de certaines fonctionnalités sur ses appareils. Les utilisateurs, quant à eux, pourraient voir la vente de certains modèles Garmin restreinte, du moins aux États-Unis. Un cas similaire s’est produit récemment avec Apple et Masimo, une entreprise qui accusait Apple d’avoir volé sa technologie de mesure de l’oxygène dans le sang. Apple a dû publier une mise à jour bloquant cette fonctionnalité sur les montres vendues aux États-Unis.
Parallèlement à la dispute sur les brevets, Strava s’est insurgé contre de nouvelles directives imposées par Garmin aux entreprises connectées à ses appareils. Ces directives obligent désormais les applications, comme Strava, à afficher le logo Garmin sur tout contenu basé sur des données collectées par un appareil Garmin. Strava y voit une tentative de Garmin de détourner le trafic vers ses propres produits et estime que les utilisateurs devraient être libres de partager leurs données comme ils l’entendent. Cette initiative a suscité une vague de critiques sur les réseaux sociaux, certains utilisateurs menaçant d’abandonner Strava si l’application ne parvient pas à préserver son indépendance.
Cette situation illustre la vulnérabilité des applications tierces face aux géants de la technologie. Pour réussir, elles doivent s’appuyer sur les plateformes des grands groupes comme Apple et Google, mais elles sont alors soumises à leurs règles et à la menace de voir leurs fonctionnalités intégrées à leurs propres produits.
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