Publié le 29 octobre 2023 à 14h30. Le sénateur Rodrigo Paz a remporté l’élection présidentielle en Bolivie, mettant fin à deux décennies de gouvernements de gauche initiés par Evo Morales et ouvrant une nouvelle ère politique pour le pays.
- Rodrigo Paz a obtenu 54,5 % des voix face à l’ancien président Jorge “Tuto” Quiroga, qui a recueilli 44,5 % des suffrages.
- Cette élection marque la fin du cycle socialiste entamé en 2006 par Evo Morales, caractérisé par la nationalisation des ressources naturelles et un rapprochement avec des puissances émergentes.
- Le taux de participation au second tour s’est situé entre 85 et 89 %, selon les premières estimations.
Rodrigo Paz prendra ses fonctions le 8 novembre, devenant le troisième membre de sa famille à occuper la présidence bolivienne, après son père Jaime Paz Zamora (1989-1993) et son grand-oncle Víctor Paz Estenssoro. Son élection représente un tournant majeur pour la Bolivie, qui s’éloigne des politiques de gauche qui ont dominé le pays pendant les deux dernières décennies.
Le scrutin s’est déroulé dans le calme, sans incidents majeurs, permettant à la majorité des citoyens d’exercer leur droit de vote. Les Boliviens ont participé pour la première fois de leur histoire à un second tour présidentiel, une disposition constitutionnelle introduite en 2009. Rodrigo Paz, candidat du Parti chrétien-démocrate (PDC), était associé à l’ancien policier Edman Lara, tandis que Jorge Quiroga représentait l’alliance Libre avec l’entrepreneur technologique Juan Pablo Velasco.
Après l’annonce des premiers résultats, Edman Lara a appelé à la réconciliation nationale.
« L’heure est à la fraternité et à la réconciliation. Nous avons été traqués par une sale guerre très forte, qui a gâché la famille, tout ce qu’elle a pu, mais il est temps de se réconcilier, il est temps de penser à la patrie. »
Edman Lara, candidat à la vice-présidence
Rodrigo Paz propose une politique de décentralisation et un « capitalisme pour tous », axée sur la formalisation de l’économie, la réduction des impôts et la simplification des procédures administratives. Il prévoit de recourir à des emprunts pour restructurer les finances publiques, contrairement à son adversaire qui avait promis un « plan de sauvetage » basé sur des prêts internationaux importants. Les experts avertissent que les réductions des dépenses publiques envisagées par Paz, notamment sur les subventions aux carburants, pourraient aggraver la crise économique avant de l’améliorer.
« Si le vainqueur ne met pas en œuvre des mesures qui soutiendront les secteurs les plus vulnérables, cela pourrait conduire à une explosion sociale. »
Daniela Osorio Michel, politologue à l’Institut allemand d’études mondiales et régionales (Giga)
L’ascension de Rodrigo Paz est d’autant plus remarquable qu’il n’était pas considéré comme un favori avant le premier tour. Il a su établir un lien fort avec les classes populaires des zones rurales et périurbaines, traditionnellement favorables au Mouvement vers le socialisme (MAS) d’Evo Morales. Depuis 2021, il a parcouru de nombreuses municipalités boliviennes, participant activement aux fêtes locales et aux défilés folkloriques.
Rodrigo Paz, âgé de 58 ans, a une longue carrière politique derrière lui, ayant été député, maire et sénateur de Tarija, un département riche en gaz et en pétrole. Sa famille a une longue tradition politique, avec son oncle Néstor Paz, un guérillero décédé de faim, et son grand-oncle Víctor Paz Estenssoro, quatre fois président et artisan du suffrage universel et de la réforme agraire.
L’ancien président Evo Morales, qui n’a pas pu se présenter en raison d’une interdiction légale de cumuler plus d’un mandat, a appelé à voter nul au premier tour, obtenant un score historique de 19,2 %. Il a critiqué les deux candidats du second tour, estimant qu’ils ne représentent pas le mouvement populaire ni le mouvement indigène.
« Les deux candidats représentent, au second tour, une poignée de personnes en Bolivie, ils ne représentent pas le mouvement populaire, encore moins le mouvement indigène. »
Evo Morales, ancien président
Il a promis de continuer la lutte « dans les rues et sur les routes » si la droite arrivait au pouvoir.
Le succès de Paz au premier tour s’explique en partie par sa capacité à séduire les classes populaires dans des régions où le MAS avait traditionnellement dominé. Il a activement participé à la vie locale, notamment en assistant aux fêtes patronales et aux défilés folkloriques, ce qui lui a permis de gagner la confiance des électeurs.
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