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Narcos, pétrole et parfum de guerre froide : Donald Trump

by Nicolas Lefèvre

Nicolas Maduro est acculé. Alors que le Venezuela sombre dans une crise politique et économique profonde, le président vénézuélien voit se refermer l’étau, tant sur le plan intérieur qu’international, avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et une escalade militaire américaine sans précédent dans la région.

L’été 2024 a marqué un tournant. L’opposition, rassemblée autour de María Corina Machado, a revendiqué une victoire électorale claire, étayée par le décompte des résultats de chaque bureau de vote à travers le pays. Malgré ces preuves, Maduro s’est déclaré vainqueur, une décision contestée par la communauté internationale. Selon les chiffres de l’opposition, Edmundo Gonzalez, qui a remplacé Machado, disqualifiée par Maduro, l’a emporté avec 67% des voix, contre 30% pour le président sortant.

Quelques semaines plus tard, l’élection de Donald Trump a compliqué davantage la situation. L’ancien président américain, qui avait déjà mis en œuvre une politique de “pression maximale” contre Caracas durant son premier mandat, a nommé Marco Rubio, d’origine cubaine, au poste de secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale. Rubio, qui s’intéresse de près au Venezuela, considère désormais le pays comme un narco-État menaçant la sécurité nationale des États-Unis.

La pression s’est intensifiée au fil des mois. Washington a ajouté le cartel des Soleils, une organisation criminelle liée à des membres du gouvernement vénézuélien et à des hauts gradés de l’armée, à la liste des organisations terroristes du Département d’État, aux côtés du Hezbollah, d’Al-Qaïda et de cartels mexicains. En août, la justice américaine a doublé la récompense offerte pour l’arrestation de Maduro, portant le montant à 50 millions de dollars, le présentant comme le chef d’un réseau mafieux au sommet de l’État.

Selon un consultant occidental ayant rencontré Maduro et son épouse Cilla Flores à plusieurs reprises, le couple présidentiel vit dans la crainte d’être assassiné et dort habituellement dans un bunker souterrain. Cette inquiétude a été exacerbée par des fuites selon lesquelles Trump aurait autorisé la CIA à mener des opérations clandestines au Venezuela.

Parallèlement, une importante force navale américaine a été déployée dans la mer des Caraïbes : un porte-avions, un sous-marin, un croiseur, un porte-hélicoptères et cinq destroyers. De plus, 10 000 soldats sont en état d’alerte sur l’île de Porto Rico, située à 500 kilomètres au nord de Caracas.

« Après ses déclarations de début d’année sur la reprise de contrôle du canal de Panama, un parfum de guerre froide plane incontestablement sur la région », estime Gaspard Estrada, spécialiste de l’Amérique latine, soulignant qu’il s’agit de la plus importante présence navale américaine dans les Caraïbes depuis 1965. Le Pentagone multiplie les démonstrations de force au large du Venezuela, notamment en coulant au moins cinq bateaux vénézuéliens soupçonnés de transporter de la cocaïne, causant la mort de 27 personnes.

Le 15 octobre, une escadrille de l’US Air Force, similaire à celle qui a bombardé l’Iran en juin, s’est dirigée vers le Venezuela. Trois bombardiers B-52, escortés par des chasseurs F-18, des F-35 et des avions ravitailleurs, ont volé pendant deux heures près des eaux territoriales vénézuéliennes. Il s’agit clairement d’une guerre psychologique, Trump étant convaincu que le Venezuela pourrait tomber facilement sans qu’une invasion soit nécessaire.

Carlos Blanco, un ancien dirigeant de gauche conseillant María Corina Machado, estime que la popularité de Machado, renforcée par l’attribution d’un prix Nobel de la paix, ainsi que le soutien international et les divisions au sein du régime, suggèrent que le règne de Maduro touche à sa fin. Cependant, Virginie Contreras, une ancienne diplomate nommée par Hugo Chávez et aujourd’hui en désaccord avec Maduro, se montre plus sceptique : « La situation se dégrade depuis longtemps sans que rien ne change. On croit régulièrement à la fin du régime, puis les espoirs s’effondrent. »

L’objectif de Trump semble être un changement de régime à Caracas, ce qui, selon lui, affaiblirait également les dictatures cubaine et nicaraguayenne. Marco Rubio envisage différentes options, y compris l’élimination de Maduro par des frappes ciblées, mais des experts avertissent qu’un tel acte pourrait conduire à sa succession par un dirigeant encore plus radical, comme Diosdado Cabello, le ministre de la Sécurité et de la Justice, ou Vladimir Padrino, le ministre de la Défense, tous deux recherchés par la justice américaine.

Une autre stratégie envisagée consiste à se débarrasser de l’entourage de Maduro avant de négocier son départ, en lui offrant un exil en Russie, au Qatar ou à Istanbul en échange de la garantie de sa sécurité. Cependant, la sécurité de Maduro est assurée par des soldats cubains et des mercenaires russes de l’ancien groupe Wagner, et ni La Havane ni Moscou ne semblent disposées à céder à Washington. La Chine et l’Iran ont également renforcé leur présence au Venezuela au cours des dernières décennies.

Au-delà des considérations géopolitiques, l’enjeu est également pétrolier. Le Venezuela, autrefois surnommé le « Venezuela saoudite », possède d’immenses réserves de pétrole lourd. Cependant, 25 ans d’incompétence, de corruption et de clientélisme ont ruiné le pays. Hugo Chávez, arrivé au pouvoir en 1999, a chassé les compagnies pétrolières occidentales et utilisé la compagnie nationale PDVSA comme une source de financement pour sa « révolution bolivarienne ».

« Officiellement, il s’agissait de remplacer les ‘impérialistes’ américains par des Russes, des Chinois et des Iraniens », raconte Humberto Calderón Berti, ancien patron de PDVSA et conseiller de María Corina Machado. « Le problème, c’est que nous n’avons aucune affinité, ni culture ou langue en commun, avec ces trois peuples. Finalement, les Russes n’ont pas exploité le pétrole, les Chinois se sont focalisés sur nos minerais, et les Iraniens ont participé au narcotrafic afin, notamment, de financer le Hezbollah. »

La production pétrolière a chuté de 3,7 millions à 800 000 barils par jour, tandis que le nombre d’employés de PDVSA a doublé, passant de 40 000 à 100 000, principalement des partisans de Chávez. María Corina Machado promet de faire revenir les investisseurs étrangers, dont Total, en privatisant PDVSA, estimant qu’il existe un potentiel important pour un accord avec Trump.

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