Publié le 21 octobre 2025 à 08h27. Sanae Takaichi, figure de la droite conservatrice, a été nommée Première ministre du Japon, succédant à Shigeru Ishiba dans un contexte politique et économique complexe. Sa nomination intervient après une période d’instabilité pour le Parti libéral-démocrate (PLD) et à la veille d’une visite cruciale du président américain Donald Trump.
- Sanae Takaichi est la cinquième Première ministre du Japon en cinq ans.
- Elle a conclu une alliance avec le Parti japonais de l’innovation (Ishin) pour assurer sa victoire.
- Sa politique économique s’inspire des « Abenomics » tout en promettant une plus grande présence féminine au gouvernement.
L’ascension de Sanae Takaichi à la tête du gouvernement japonais marque un tournant pour le pays. Après avoir remporté la présidence du Parti libéral-démocrate (PLD) le 4 octobre, elle a été officiellement investie ce mardi, s’inclinant à plusieurs reprises devant les parlementaires, visiblement émue. Cette nomination fait suite à une période de turbulences pour le PLD, fragilisé par des scandales financiers et la perte de sa majorité parlementaire. L’abandon de la coalition avec le parti centriste Komeito, après près de vingt-cinq ans d’alliance, a rendu l’élection de Takaichi plus incertaine, mais elle a su s’assurer le soutien du Parti japonais de l’innovation (Ishin) pour obtenir la majorité nécessaire.
La nouvelle Première ministre, admiratrice de Margaret Thatcher, surnommée la « Dame de fer », a promis un gouvernement avec une représentation féminine plus importante, visant un niveau « scandinave » en comparaison avec les deux femmes seulement présentes dans le cabinet de son prédécesseur. Les médias japonais évoquent la nomination de Satsuki Katayama, une figure ultra-conservatrice, au poste de ministre des Finances. Cette volonté de promouvoir les femmes en politique intervient dans un contexte où le Japon affiche des résultats médiocres en matière d’égalité des sexes, se classant 118e sur 148 dans le rapport 2025 du Forum économique mondial.
Sanae Takaichi, ancienne batteuse dans un groupe de heavy metal universitaire, a également exprimé sa volonté de sensibiliser l’opinion publique aux questions de santé des femmes, notamment en abordant ouvertement ses propres symptômes liés à la ménopause. Cependant, ses positions politiques sur l’égalité des sexes sont considérées comme plus à droite que celles du PLD, notamment son opposition à la révision de la loi du XIXe siècle qui impose le partage du nom de famille au sein des couples et son soutien à une succession impériale exclusivement masculine. Elle a elle-même adopté le nom de son mari lors de ses deux mariages avec Taku Yamamoto, un ancien membre du Congrès.
Forte du soutien de l’aile conservatrice du PLD et des partisans de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, assassiné en 2022, Sanae Takaichi devra relever de nombreux défis. Sur le plan économique, elle soutient un assouplissement monétaire agressif et des dépenses budgétaires importantes, rappelant les politiques controversées des « Abenomics » de Shinzo Abe, tout en ayant quelque peu nuancé sa position ces dernières semaines. L’annonce de sa nomination a d’ailleurs entraîné une baisse du yen et des rendements obligataires, les marchés anticipant une politique budgétaire expansionniste.
Le défi majeur de la nouvelle Première ministre sera de concilier une expansion budgétaire avec la nécessité de stabiliser le yen. La Banque du Japon a déjà renoncé l’année dernière à son programme de relance de dix ans et a augmenté ses taux d’intérêt, sous la pression politique pour lutter contre la dépréciation de la monnaie japonaise et l’augmentation du coût de la vie. Sur le plan international, Sanae Takaichi a adopté une ligne ferme à l’égard de la Chine, affirmant que le Japon était « totalement manqué de respect » par Pékin et qu’il devait faire face à la « menace sécuritaire » posée par le pays. Elle a toutefois modéré son discours récemment et s’est abstenue de visiter le sanctuaire Yasukuni, un lieu controversé pour les voisins du Japon.
La visite imminente du président américain Donald Trump au Japon constitue un autre enjeu majeur pour la nouvelle Première ministre. Sanae Takaichi n’a pas hésité à déclarer qu’elle serait prête à renégocier les tarifs douaniers avec les États-Unis si certaines dispositions de l’accord commercial actuel étaient jugées « injustes ou préjudiciables » au Japon. Les points de discorde potentiels incluent les investissements de 500 milliards de dollars envisagés par le Japon dans le cadre de cet accord, ainsi que les demandes de Washington concernant l’abandon des importations d’énergie russe et l’augmentation des dépenses de défense japonaises.
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