La théorie d’une dévaluation délibérée du dollar américain, de plus en plus évoquée dans les milieux financiers, ne semble pas se refléter dans les tendances actuelles du marché, selon une analyse récente. Des actifs traditionnellement considérés comme des valeurs refuges en période de faiblesse monétaire ne montrent pas le comportement attendu, soulevant des questions sur la pertinence de cette explication.
Joe Weisenthal, dans un article publié sur Bloomberg, a examiné les incohérences entre la rhétorique de la dévaluation et la réalité des marchés. Il souligne que si une dépréciation de la monnaie était en cours, on s’attendrait à une forte hausse des prix des actifs tangibles, tels que l’immobilier et les métaux précieux. Or, l’indice Case-Shiller des prix des logements montre une croissance modérée, bien inférieure à celle observée au cours de la majeure partie de la dernière décennie.
« Cet actif, l’immobilier, est l’actif ‘dur’ ultime, et pourtant, les prix augmentent à peine », a noté Weisenthal.
L’analyse s’étend également aux obligations d’État américaines. Le taux d’intérêt des obligations à 10 ans a diminué, passant de 4,70 % à 4,00 % au cours de l’année, ce qui est paradoxal si une dévaluation du dollar était perçue comme imminente. Une telle situation devrait normalement entraîner une hausse des taux d’intérêt.
Weisenthal met également en évidence le comportement du marché boursier. La spéculation actuelle, notamment sur des entreprises sans bénéfices significatifs, ne correspond pas à la logique d’un investissement refuge en prévision d’une dévaluation. Il observe que les investisseurs semblent davantage motivés par des gains rapides que par une anticipation d’une baisse durable du dollar.
« Mais quand on regarde certains des noms sans bénéfices qui ont grimpé, il ne semble pas nécessairement que les investisseurs tentent d’anticiper un affaiblissement constant du dollar américain. Il semble que les commerçants de détail tentent de remporter une victoire rapide », a-t-il écrit.
L’exemple de Colgate-Palmolive, une entreprise proposant des biens de consommation courante, illustre ce décalage. Malgré la popularité de la théorie de la dévaluation, les actions de l’entreprise ont connu une baisse régulière. Les biens de première nécessité, comme les produits d’hygiène bucco-dentaire, devraient en théorie être recherchés en période d’incertitude économique.
En conclusion, Weisenthal estime que si le marché n’est pas en parfaite santé, il n’est pas certain que la dévaluation soit la clé pour comprendre les dynamiques actuelles. Il suggère que d’autres facteurs pourraient être à l’œuvre.